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Ariane Voyatzakis (Bpifrance) : « Pour financer les entreprises de l’AgTech et de la FoodTech, les moyens publics mobilisés en France sont considérables »

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Ariane Voyatzakis (Bpifrance) Crédits : © Bpifrance

Ariane Voyatzakis, responsable du secteur agroalimentaire à la direction de l’innovation de Bpifrance, fait le point sur le financement des entreprises de l’agriculture et de l’agroalimentaire par l’Etat. Après avoir soutenu 4 100 entreprises du secteur agroalimentaire en 2021, pour un montant de près de 1,7 milliard d’euros, soit une croissance de 20% par rapport à 2020, Bpifrance va poursuivre son effort cette année, notamment grâce aux moyens mobilisés dans le cadre du plan France 2030. L’innovation a profité de plus de 200 millions d’euros de financement l’année dernière, sous l’effet du Plan de relance pour la souveraineté alimentaire et industrielle de la France.  

Pouvez-vous nous donner des chiffres récents sur les financements à l’innovation accordés par Bpifrance au secteur agroalimentaire et agricole ?

En 2021, nous avons largement dépassé les réalisations des années précédentes, en délivrant 202 millions d’euros de financement à l’innovation, dont une grande partie, environ ¾, dans le cadre du Plan de Relance, un plan de mesures totalement exceptionnelles, lancé après la crise de la Covid-19, pour soutenir la souveraineté industrielle et alimentaire de la France. Le total des financements a plus que doublé par rapport à celui de 2020

Nous avons trois appels à projets importants sur l’année 2022, l’un concerne l’industrie agroalimentaire, un autre l’AgTech et une troisième porte sur les préséries des agroéquipements. Il s’agit dans ce dernier cas de permettre aux constructeurs d’équipements agricoles pour l’élevage et les cultures, qui sont en phase avancée de R&D, de faire tester leur prototype par des agriculteurs pour valider leur adéquation avec leurs besoins et améliorer l’équipement avant d’entamer la phase de commercialisation.

Ces trois appels à projet totalisent une enveloppe de 225 millions d’euros. Les appels à projets industrie alimentaire et agroécologie seront clos en juin 2022 et les préséries en octobre.

A qui s’adressent ces appels à projet agroécologie et besoins alimentaires de demain ?

Ils s’adressent aux entreprises de toutes tailles, soit pour des projets mono partenaires, soit pour des projets collaboratifs dans des consortiums de recherches qui associent d’autres entreprises ou des instituts de recherche. Les grandes entreprises sont également éligibles à ces appels à projet, avec une incitation forte à s’associer à d’autres partenaires, dont des PME.

Combien de projets pourront bénéficier de cette enveloppe de 225 millions d’euros ?

Il est encore trop tôt pour le dire. Nous avons déjà fait une ou deux relèves de ces appels à projets et les dernières sont prévues en juin ou en octobre. Nous pourrons connaitre le nombre de bénéficiaires une fois que tout ceci sera achevé mais l’enveloppe est loin d’être limitative et constitue une excellente opportunité de financement, en subvention et en avance récupérable, pour les entreprises.

Quelles sont les autres mesures d’accompagnement de Bpifrance proposées aux entreprises ?

Nous avons une convention avec le ministère de l’Agriculture d’un montant de 13 millions d’euros au total, qui cible différentes mesures : un accélérateur pour l’accompagnement de la croissance des entreprises de l’agroalimentaire et de l’agrofourniture, des missions à l’étranger comme prochainement sur les biointrants au Brésil, un accompagnement réglementaire sur le biocontrôle, et prochainement un dispositif équivalent sur le novel food. Ce type d’aides est très intéressant pour les PME et les ETI. Ce ne sont pas des appels à projets, mais des procédures beaucoup plus simples et moins sélectives, qui visent un grand nombre d’entreprises.

Nous venons de lancer le 21 mars, un appel à manifestation d’intérêt (AMI) visant à réduire la dépendance de l’industrie française aux importations d’intrants et de matières premières nécessaires aux secteurs agricole et agroalimentaire en provenance de la Russie, de la Biélorussie et de l’Ukraine. L’objectif est de financer l’investissement productif en France pour réduire notre dépendance. Les projets attendus concernent aussi bien des investissements dans de nouvelles unités de production d’intrants et de produits chimiques, que des investissements d’agrandissement et de modernisation de sites existants, mais aussi la mise en œuvre à l’échelle industrielle de procédés technologiques innovants.

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Et pour 2022, de quels montants dispose Bpifrance pour le soutien à l’innovation voulu par l’Etat ?

Comme annoncé par le Président de la République, les appels à projet France 2030 comprennent une enveloppe de 2 milliards d’euros pour l’agriculture et l’alimentaire afin de renforcer la souveraineté alimentaire de la France et Bpifrance sera l’un des opérateurs pour mettre en œuvre ce plan ambitieux. Le premier appel à projets, ouvert tout récemment, « Résilience et Capacités Agroalimentaires 2030 » finance les projets d’industrialisation et de structuration des filières agro-alimentaires, dans une logique de souveraineté alimentaire et de résilience. Le financement des investissements se fera sous forme de subventions et/ou d’avances remboursables.

La tendance est clairement à l’accroissement des dotations pour l’innovation et pour l’industrialisation. Comparativement à ce qui se fait en Europe, les moyens publics mobilisés en France pour le financement des entreprises de l’AgTech et de la FoodTech sont considérables.

De quels autres soutiens peuvent bénéficier les entreprises auprès de Bpifrance, via des fonds notamment ?

Il existe différents fonds au niveau de la direction de l’innovation de Bpifrance. Un fonds Ecotechnologies qui s’adresse aux start-up, notamment de l’AgTech qui est le plus grand domaine d’intervention du fonds. Il intervient lors du 1er tour de de table. Le fonds Large Venture est le fonds de venture growth de Bpifrance. Il intervient auprès des sociétés technologiques à très fort potentiel, sur des levées de fonds plus significatives (plus de 20 M€) avec un ticket minimum de 10 millions d’euros. Nous avons aussi le fonds Sociétés de Projets Industriels dédié aux projets industriels qui intervient sur des phases d’industrialisation.

Enfin, le fonds French Tech Seed, géré pour le compte de l’Etat par Bpifrance, vise à soutenir les levées des start-up et TPE innovantes de moins de 3 ans portant une innovation à forte intensité technologique.  

Par ailleurs, nous sommes souscripteurs et partenaires de fonds d’investissement privés : Demeter, Cap Agro Innovation, Seventure, Astanor, Five Seasons Ventures, Sofinnova Industrial Biotech, French Food Capital, Agri Impact, etc.

Grâce à nos 50 implantations sur tout le territoire, Bpifrance est au plus près des entrepreneurs.  Nous pouvons investir en fonds propres au profit des PME et ETI. Nous avons également des fonds d’investissements dédiés aux plus opérations stratégiques industrielles pour lesquelles le ticket d’entrée est plus élevé.  

Combien d’entreprises avez-vous financé l’an dernier et pour quels montants ?

En 2021, nous avons soutenu 4 100 entreprises du secteur agroalimentaire, pour un montant de près de 1,7 milliard d’euros, soit une croissance de 20% par rapport à 2020. Nous finançons les entreprises en crédit bancaire, en partenariat avec les banques privées. L’idée est d’avoir un effet d’entrainement pour palier une insuffisance de financement ou des failles de marché. Et lorsqu’il s’agit d’un investissement en fonds propres, nous intervenons toujours de façon minoritaire.