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Arnaud Rousseau, président d’Avril : « L'innovation doit répondre aux besoins des agriculteurs et leur permettre d’améliorer leurs revenus »

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Arnaud Rousseau, Président d'Avril Crédits : © Arnaud Février

Arnaud Rousseau, agriculteur et président du Groupe Avril, livre sa vision de l’agriculture de demain, détaille les enjeux que devront relever les agriculteurs dans les prochaines années et comment ils peuvent s’y préparer. Selon lui, les innovations apportées par la recherche, la sciences et les progrès technologiques doivent toujours répondre aux besoins réels des agriculteurs, leur permettre de s’adapter aux changements à l’œuvre et leur apporter des revenus supplémentaires afin de pérenniser leur activité.

Quels sont selon vous les principaux enjeux de l’agriculture de demain ?

Je vois quatre grands enjeux pour les dix prochaines années. Le premier d’entre eux est celui du revenu des agriculteurs. La rentabilité des capitaux employés en agriculture est très faible, de l’ordre de 1 à 2%, ce qui empêche trop souvent les agriculteurs de vivre décemment de leur travail. Autre enjeu, le renouvellement des générations : sur 400 000 exploitants agricoles professionnels lors du dernier recensement, ce qui est peu, 100 000 vont partir à la retraite dans les 5 à 7 prochaines années. La question de l’attractivité du métier est donc posée, et ce d’autant que la transmission des exploitations se fait de plus en plus hors du cadre familial. Le troisième enjeu est celui de la souveraineté alimentaire, lié à la fois au contexte géopolitique international et au changement climatique. Les craintes de pénuries alimentaires, oubliées de longue date dans nos géographies, redeviennent d’actualité. Enfin, dernier enjeu, le dérèglement climatique et la perte de la biodiversité, qui, je le constate depuis plusieurs années déjà en tant qu’agriculteur, sont clairement à l’œuvre. Nous, agriculteurs, avons une conscience aigüe de la menace que font porter sur notre activité et notre avenir ces aléas climatiques de plus en plus intenses et récurrents. Nous devons absolument trouver des solutions pour y faire face et nous adapter, comme nous avons déjà commencé à le faire ces dernières années.

Quelles réponses sont les plus adaptées à ces défis posés aux agriculteurs ?

Elles sont variées. Globalement, ce sont celles qui s’appuient sur la science pour faire émerger l’innovation. Pour être efficace, cette innovation doit être la plus applicable possible, avec des réponses basées sur les problèmes concrets que rencontrent les agriculteurs au quotidien sur le terrain. Elle doit aussi rester accessible. Ces innovations n’ont de sens que si elles contribuent à améliorer le revenu des agriculteurs et à les accompagner dans la dynamique des transitions.  C’est ce que nous faisons chez Avril avec des solutions nouvelles comme OleoZE, qui valorise les pratiques culturales et les graines plus durables.  

Au moment où les modèles agricoles sont challengés, j’ai la conviction que l’agriculture sera innovante ou ne sera pas. Pour réussir, elle aura besoin de la science, de l’accompagnement des pouvoirs publics, des agriculteurs eux-mêmes et de tous ceux qui croient dans cette nouvelle révolution agricole.

Quel rôle joue le groupe Avril dans le développement de l’innovation au service du monde agricole?

Nous disposons de plusieurs leviers pour encourager le développement de l’innovation. Dans notre métier d’opérateur industriel, l’innovation est centrale. Elle est intrinsèque à l’histoire du groupe Avril. Nous avons été pionniers dans le développement des biocarburants en inventant le biodiesel. Nous avons ensuite investi dans la chimie des corps gras, l’oléochimie, nous en sommes aujourd’hui le leader européen avec notre filiale Oleon. L’innovation au sein d’Avril passe aussi par notre filiale d’investissement, Sofiprotéol, à travers la prise de participations minoritaires au capital d’entreprises qui elles-mêmes innovent. 70 sont concernées à ce jour par ces financements moyen terme. Nous avons également mis en place au sein de la filière des huiles et protéines végétales, un fonds interprofessionnel dédié à l’innovation, le FASO. Doté d’un budget annuel de 5 millions d’euros, il finance des travaux de recherche et des études pour explorer la robustesse puis valider des solutions. Nous suivons une trentaine de projets dont 15 nouveaux chaque année. Nous nous appuyons également sur Terres Inovia, l’institut technique de la filière, qui regroupe à la fois des équipes de recherche et d’expérimentation sur le terrain.  Ces différents outils nous permettent d’avoir une vision globale de l’innovation , de repérer les solutions les plus adaptées et de faire des choix éclairés, en gardant toujours à l’esprit d’être au service des agriculteurs.

Avez-vous des exemples de solutions issues de la recherche et qui se sont concrétisés pour les agriculteurs ?

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Parmi les plus récentes, je citerai notre projet industriel à Dieppe. Prolein, société filiale d’Avril, a noué un partenariat avec DSM, le leader néerlandais des ingrédients pour extraire la protéine de colza, un ingrédient fonctionnel qui entre par exemple dans la composition de compléments alimentaires pour les sportifs. Cette extraction est une première mondiale, fruit de notre R&D. Elle permet de se positionner comme alternative à la protéine de pois ou de féverole. Toujours chez Prolein, la pulpe de colza obtenue après l’extraction de la protéine est utilisée comme intrant pour la méthanisation.

Un autre exemple : grâce à la protéine de colza, nous disposons à présent d’une alternative végétale et sans risque pour la santé humaine aux colles utilisées pour les panneaux de bois aggloméré. Cette solution innovante est le fruit des recherches d’une jeune pousse, Evertree, développée dans notre incubateur Avril Développement. Il s’agit d’une technologie d’extraction exclusive protégée par des brevets.

Selon vous, quelles innovations sont le plus appropriées pour répondre aux attentes des agriculteurs ?

Les nouvelles semences issues de la mutagénèse ciblée ou cisgenèse sont très attendues par les agriculteurs car elles peuvent apporter des réponses plus adaptées aux situations de stress hydrique, amenées à se multiplier, mais aussi au gel ou aux attaques de champignons ou d’insectes. Le cadre légal pour les NBT, que l’Union européenne doit délivrer en 2023, devrait nous permettre de concrétiser ces réponses pour lutter contre le dérèglement climatique.

Pour l’eau, des solutions technologiques existent pour une utilisation plus efficace de l’eau en fonction des besoins des plantes, grâce par exemple à des sondes capacitives qui aident à mettre la bonne dose au bon moment. Des technologies permettant de dépolluer les eaux saumâtres pour irriguer les cultures seraient aussi très utiles aux agriculteurs.

L’énergie est un autre sujet très important, nous devons développer toutes les solutions qui rendent l’exploitation autonome et décarbonée. Un exemple me vient à l’esprit avec Ok Wind, une start-up dans laquelle Sofiprotéol vient d’investir et qui a mis au point des panneaux solaires mobiles qui suivent la course du soleil et captent mieux les rayonnements qu’un panneau fixe.

Face aux défis à relever, il n’y aura pas d’agriculture durable sans innovation.