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Bernard Magrez : « Nous travaillons avec les start-up pour trouver des solutions face au changement climatique »

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Bernard Magrez a créé deux incubateurs dédiés au vin et à la vigne. Crédits : © Maison Bernard Magrez

Réduction des produits phytosanitaires, résistance au stress hydrique, variétés adaptées au changement climatique, surveillance des ravageurs et des maladies de la vigne, amélioration de la vinification, valorisation du vin et de ses coproduits, etc. Sur tous ces thèmes d’actualité, Bernard Magrez (PDG de Bernard Magrez Grands Vignobles), l’un des principaux entrepreneurs du secteur viti-vinicole français, prend la parole et explique pourquoi il a décidé de soutenir les start-up de son secteur en créant deux incubateurs. Objectif :  répondre aux changements en cours pour pérenniser la production de vins de qualité adaptés aux goûts d’aujourd’hui.

Les innovations technologiques seront-elles la solution pour continuer à produire de bons vins en dépit du changement climatique ? Quel rôle doivent jouer les nouveaux outils de surveillance du vignoble et de prédiction des récoltes ? Quelle est la meilleure façon pour identifier puis accompagner les entrepreneurs de la WineTech de demain ? Comment rester à l’écoute des consommateurs, anticiper leurs attentes et toujours les surprendre sans compromettre la qualité ? Autant de questions que tous les professionnels de la filière viti-vinicole se posent dès lors qu’il faut penser à l’avenir, au premier rang desquels Bernard Magrez, à la tête de 42 domaines viticoles dans le monde. Très au fait des solutions dernier cri pour produire mieux et pour longtemps, féru d’actualité sur son domaine de prédilection, l’entrepreneur de 87 ans a créé ces dernières années deux incubateurs de start-up dédiées aux innovations pour l’avenir de la vigne et du vin. Il n’hésite pas à épauler financièrement des jeunes startupers qui ont la volonté chevillée au corps et la passion d’y arriver, comme récemment avec la start-up Mondin, inventeur du cuir végétal Nisiar à base de marc de raisin.

« Jamais renoncer » est en quelque sorte sa ligne de conduite, au point d’avoir nommé ainsi l’un de ses châteaux bordelais, illustrant au passage son goût pour créer des noms de domaines à la fois originaux, poétiques, mystérieux et élégants :  Si mon père savait, En silence, Félicité, Mes songes, Pérennité, Prospérité, Comme une évidence, Mon seul rêve, Passion d’une vie, etc. L’homme a une certaine expérience, il est vrai, en la matière. Il est à l’origine des marques iconiques telles que le bordeaux Malesan, le whisky William Peel ou le porto Pitters, revendues depuis pour se consacrer exclusivement à l’univers du vin (en faisant l’acquisition de 4 grands crus classés de Bordeaux, dont le château Pape-Clément, en AOC Pessac-Léognan) au sens large : oenotourisme, gastronomie, art contemporain, etc.

Pourquoi avoir lancé des incubateurs de start-up dédiés à la vigne et au vin ?

J’ai eu l’idée de créer BM Start-up Win car je ne supporte pas l’injustice. Il faut aider tous ceux qui ont la volonté de réussir, qui font des sacrifices pour atteindre leur but et qui ont du talent mais pas le réseau, les contacts ou les moyens financiers pour aller jusqu’à la réussite. Savez-vous qu’il y a de jeunes entrepreneurs qui hypothèquent leur maison ou renoncent tout simplement à une situation confortable pour prendre des risques et pour y arriver ? C’est à ceux-là que je veux m’adresser avec les deux incubateurs que j’ai ouvert près de Bordeaux et de Strasbourg. Bien sûr, nous les aidons d’abord dans notre métier en leur apportant un réseau d’entreprises avec lesquelles nous travaillons et qui est très important. Mais nous les mettons aussi en contact avec des cabinets pour réaliser leur plan d’affaires, des conseilleurs fiscaux, des notaires, des juristes, et c’est essentiel au démarrage d’une aventure entrepreneuriale. Et enfin, les start-up réunies au sein de l’incubateur échangent entre elles et cela créé de l’émulation.

Je crois aussi beaucoup au partage d’expérience. Nous mettons ainsi à leur disposition une bibliothèque de biographies et d’autobiographies d’entrepreneurs qui ont réussi, et qui ont aussi parfois rencontré des échecs, et dont ils peuvent s’inspirer. Dans une vie, on rencontre toujours des obstacles mais ce qui est important est de savoir qu’on peut toujours d’en sortir.

Comment sélectionnez-vous les entrepreneurs ?

C’est toujours très difficile de savoir si une bonne idée, même une idée disruptive, va se traduire par une réussite ou pas. Un projet peut valoir le coup a priori, mais ensuite il y a une multitude de facteurs qui entrent en jeu. Comment savoir si un autre entrepreneur n’a pas aussi la même idée et va la mettre en œuvre différemment ? Ce qui me décide, c’est le comportement du porteur de projet : a-t-il la volonté pour durer un ou deux ans, ou bien est-il prêt à persévérer bien plus longtemps pour transformer son idée en entreprise viable ?

Sur quels thèmes importants les start-up incubées travaillent-elles ?

Parmi les sujets importants, je pense aux solutions pour continuer à produire de bons vins en dépit du changement climatique. C’est le grand défi que nous vivons tous les jours dans nos vignobles, avec des précipitations, des orages, de la grêle, du gel ou des fortes chaleurs qui surviennent de façon de plus en plus inattendue, et parfois dans des proportions surprenantes. Il nous faut trouver des solutions face au manque d’eau et au degré alcoolique de plus en plus élevé des vins en travaillant sur les cépages, les portes greffes, la taille ou le moment pour vendanger.

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Quelles innovations technologiques mettez-vous en place sur vos domaines ?

Nous mobilisons des moyens très importants pour tester, et éventuellement adopter, certaines solutions dernier cri. Nous avons pour cela quatre châteaux Grands Crus Classés à Bordeaux, et donc un panel de terroirs et de cépages différents. L’objectif est de limiter l’utilisation des produits phytosanitaire par la viticulture de précision, éliminer les intrants comme les sulfites, améliorer le travail su sol, intégrer la robotique dans les vignobles et bien sûr, comme je l’indiquais, trouver des solutions pour faire face au changement climatique. Nous travaillons pour cela avec de nombreuses start-up et sociétés innovantes avec qui nous faisons des tests. D’ores et déjà, nous avons adopté certaines solutions comme les robots viticoles, la traction électrique, les drones pour surveiller l’apparition des maladies et ravageurs et les barriques connectées pour suivre l’évolution du vin. Nous avons surtout une collection unique de 75 cépages au Château Latour Carnet pour identifier les cépages de demain qui pourraient être adaptés aux futurs aléas climatiques.

L’innovation passe-t-elle aussi par le produit fini et son adéquation avec les attentes des consommateurs ?

Oui, il est essentiel que l’innovation dans notre domaine aille de pair avec la qualité. Il faut toujours allier les deux. C’est par exemple le cas avec l’adaptation au goût des consommateurs. Certains recherchent des vins à 9°, mais l’enjeu est d’éviter toute dénaturation du vin pour garder un vin bien équilibré tout en apportant de la fraîcheur. On peut travailler sur la vinification, tout en évitant tout additif et en restant le plus naturel, mais aussi sur les cépages. Il faudrait trouver des cépages qui arrivent à une bonne maturité et avec moins de degré d’alcool. Plaisir et qualité sont vraiment les maîtres mots si l’on veut innover dans le vin.

Comment innover dans la façon de consommer le vin ?

Il faut être toujours à l’écoute de toutes les tendances, et surtout décrypter toutes les études sur la façon de voir le vin, de l’appréhender, de l’acheter et de le déguster. D’un pays à l’autre, en fonction du profil de chaque consommateur, les choses changent beaucoup. Et tout cela évolue dans le temps. Des amateurs de vin peuvent affirmer qu’un vin liquoreux est délicieux, qu’ils aiment en boire, mais si vous observez bien leur comportement, vous constatez qu’ils n’en achètent pas toujours. Car ils peuvent les considérer comme trop sucrées, trop lourds. C’est pourquoi je regarde toujours de très près les nouvelles façons de consommer, comme par exemple utiliser un vin blanc, rouge ou rosé en cocktail. C’est très intéressant et cela ouvre de belles perspectives, mais à condition là aussi de savoir s’adapter aux consommateurs. Il y a aujourd’hui un goût pour les cocktails sans alcool, il faut savoir y répondre. Or il ne faut jamais oublier un chose : les gens aiment l’innovation, la nouveauté, ils sont curieux et aiment être surpris par de nouvelles sensations. Il faut seulement savoir y répondre en proposant toujours de la qualité.

Comment se distinguer face à une offre de vin surabondante et venant du monde entier ?

Rien que dans un rayon de supermarché, et seulement si on regarde les vins français, il y a des centaines de domaines, d’appellations et de terroirs différents. C’est impossible de s’y retrouver pour un Français, et c’est encore pire pour un étranger. Il faut donc se distinguer en innovant sur la présentation car le consommateur ne peut pas goûter avant d’acheter et son premier critère de choix est ce qu’il voit : la bouteille, l’étiquette, son esthétique, et les informations qu’on lui donne. Sur mes bouteilles, il y a mon nom, cela créé un repère pour le consommateur qui a l’assurance d’un vin de qualité, élégant, qui ne le décevra pas lorsqu’il le dégustera et qu’il peut offrir en confiance. J’engage mon nom et ma réputation, et quel que soit le prix qu’il y mettra, la qualité et la fidélité au vin seront toujours au rendez-vous. Il ne faut pas oublier que le vin est un produit qui confère un statut, donc très différent des autres produits alimentaires : il faut que celui qui achète ou qui reçoit en cadeau un vin Bernard Magrez puisse ressentir une certaine fierté.