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Claire Chastrusse (Carbonloop) : « Nous espérons pouvoir annoncer la signature d’un partenariat avec une coopérative agricole début 2023 »

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Claire Chastrusse, directrice générale de Carbonloop Crédits : © carbonloop

Carbonloop propose des solutions complètes à destination des industriels soucieux d’atteindre leurs engagements environnementaux, c’est-à-dire permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre par la production d’énergie renouvelable sur site et tout en séquestrant du carbone localement et durablement grâce au biochar. La start-up vient de signer son premier partenariat dans le domaine viticole avec la Maison de cognac Boinaud. Claire Chastrusse, directrice générale, fait le point sur les projets de développement de Carbonloop et notamment les discussions en cours avec des coopératives céréalières et laitières en vue d’un prochain accord.

Pouvez-vous nous présenter Carbonloop ?

Carbonloop est née en 2021 de la volonté de la société d’investissement Kouros, à la fois investisseur et créateur d’entreprises, de faire émerger des solutions innovantes alliant décarbonation et production d’énergie à destination des industriels en recherche de solutions pour pouvoir atteindre leurs engagements environnementaux. La solution de Carbonloop et qui en fait sa particularité est qu’elle est complète : elle permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) par la production d’énergie renouvelable sur site et en même temps, de séquestrer du carbone localement et durablement grâce au biochar. L’industriel n’a donc pas besoin d’aller acheter des crédits carbone à l’autre bout de la planète.

Carbonloop porte l’investissement initial de l’installation de l’équipement sur site et exploite l’unité de production, et en contrepartie, il est lié à long terme par un contrat de vente d’énergie avec le client, permettant à ce dernier de sécuriser son approvisionnement énergétique et d’avoir une visibilité à long terme sur son budget énergie.

Comment fonctionne concrètement la solution que vous proposez ?

Carbonloop utilise un équipement de la famille de la pyrogazéification, qui a comme particularité de chauffer de la biomasse à haute température, environ à 500 degrés. Cette montée en température provoque deux réactions, l’échappement de gaz en lien avec cette réaction thermochimique et un résidu de cette pyrolyse, le biochar. Celui-ci est reconnu par le Giec comme un puits de carbone, puisqu’il piège la majorité du Co2 contenu dans la biomasse durablement, avec en plus des bénéfices notables en agriculture puisqu’il permet de réduire la consommation d’eau et de fertilisants, mais aussi d’aérer les sols, de recréer de la micro-biologie et au final d’améliorer les rendements. Cet amendement peut être utilisé en agriculture, en maraîchage, en viticulture et en sylviculture pour améliorer l’état des sols tout en piégeant le carbone durablement, générant ainsi des crédits carbone de qualité.

Quant au gaz de synthèse obtenu grâce à cette réaction thermochimique et après différentes étapes, il peut être consommé directement sur le site industriel à la place du gaz naturel. Ceci revient donc à substituer une énergie fossile par une énergie renouvelable et ainsi permettre la réduction des émissions de GES.

Vous venez d’annoncer un partenariat avec la Maison de cognac Boinaud, il s’agit du premier en agriculture ?

C’est notre premier projet en viticulture, qui est pour nous idéal. Nous allons pouvoir valoriser les résidus de bois de la Maison Boinaud et notamment les copeaux de cœur de chêne utilisés pour la fabrication d’arômes, ainsi que les résidus issus de la taille et de l’entretien du domaine viticole, afin de produire du gaz renouvelable. Et Boinaud va également utiliser le coproduit de cette énergie propre, le biochar, pour capter et maintenir plus longtemps l’eau dans les vignes et ainsi diminuer le stress hydrique. Les crédits carbone liés à la valorisation du biochar leur permettront d’améliorer leur bilan carbone dans le but d’atteindre la neutralité carbone.

N'auriez-vous pas intérêt à proposer votre solution uniquement à des agriculteurs, qui ont à la fois la biomasse et sont intéressés par le biochar ?

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Pour nous, je dois dire que ça serait la solution idéale. Nous discutons d’ailleurs avec des coopératives agricoles disposant d’unités de production, céréalières et laitière notamment, qui ont à la fois la matière première à valoriser et qui seraient intéressées par le biochar pour leurs adhérents agriculteurs pour leurs sols. Dans ces cas-là, nous sommes vraiment dans une logique de circuit court parfaite. Nous espérons pouvoir annoncer la signature d’un partenariat avec une coopérative agricole début 2023.

Mais notre solution s’adresse à tous types d’industries qui consomment du gaz naturel et qui cherchent des solutions durables. L’important pour nos potentiels clients est de respecter les contraintes d’installation de l’équipement. Le premier critère est de connaitre la disponibilité de l’approvisionnement en biomasse, soit sur place comme dans le cas de Maison Boinaud, soit dans un périmètre de 100 km maximum auprès d’agriculteurs ou d’exploitants forestiers. La seconde contrainte porte sur l’emplacement requis pour construire notre petite usine de production d’énergie, qui comprend toutes les étapes du process sur environ 1000 m2 au sol, le tout adossé au site. Enfin, les besoins en énergie du site représentent le troisième critère. Il faut en effet que le minimum de la consommation du client corresponde au minimum de la capacité nominale d’une installation de production d’énergie.

Nous ne sommes pas équipementier, mais développeur de projet et producteur d’énergie. Et surtout nous nous chargeons de tout pour le client. Un fois le site opérationnel, nous gérons l’approvisionnement en biomasse et la valorisation du biochar et nous nous occupons également de la mise en place de la certification carbone, qui est un processus assez long et complexe.

Quels sont vos objectifs à moyen terme ?

Nous ne communiquons pas sur notre chiffre d’affaires, mais plutôt sur nos objectifs en termes de nombre de sites. En 2030, nous visons l’équipement d’une centaine de sites en France, mais aussi en Europe où nous comptons nous développer à partir de 2025. Le processus d’installation d’une unité de production d’énergie est assez long. Une fois toutes les pré-études réalisées et l’accord signé, un projet met entre 12 à 18 mois pour sortir de terre.

En tant qu’unique actionnaire de Carbonloop, c’est le fonds Kouros qui soutient vos besoins en financement ?

Kouros nous soutient en effet actuellement, mais ne pourra pas répondre seul aux ambitions de développement de Carbonloop, dont le business model est gourmand en investissement. Pour financer notre développement, Carbonloop devra donc aller chercher des financements supplémentaires en 2023.