Abonné

Hugo Valentin (Edonia) : « Notre procédé unique permet de transformer de la biomasse de microalgue en ingrédient texturé au goût umami »

- - 5 min
Hugo Valention, PDG d'Edonia. Crédits : © Edonia

Edonia annonce sa première levée de fonds de 2 millions d'euros auprès du fonds à impact Asterion Ventures, pour accélérer son développement et se rapprocher de son lancement commercial auprès des industriels de l'agroalimentaire. Grâce à une technologie exclusive, l'édonisation, permettant de transformer les microalgues en ingrédient à forte teneur en protéines et en acides aminés, Edonia entend répondre aux attente du marché pour des substituts à la viande peu impactants d'un point de vue environnemental. Le point avec Hugo Valentin, PDG d'Edonia.

En quoi consiste votre technologie exclusive de transformation des microalgues ?

Nous avons mis au point un procédé unique qui nous permet de transformer de la biomasse de microalgue en ingrédient texturé au goût umami. Les paramètres de ce procédé, que nous appelons "edonisation", sont tenus secrets, car un brevet est en cours de dépôt. Très peu de sociétés dans le monde travaillent sur ce type de transformation de microalgue. Ce que je peux dire, c’est que notre process ne relève pas de la fermentation ou de l'extrusion et que nous utilisons des équipements de production déjà utilisés d'autres industries agroalimentaires dont nous détournons l'usage. Notre process utilise très peu d’énergie et transforme la matière première en un ingrédient très performant tant d’un point de vue de son impact environnemental que d’un point de vue nutritionnel. Notre procédé ne fragmente pas la matière, nous n'avons donc pas de coproduits issus de notre process.

Quels sont les caractéristiques de votre ingrédient ?

Notre ingrédient a des propriétés nutritionnelles inédites dans la catégorie des protéines texturés (boeuf haché, émincés végétaux) puisque nous obtenons un taux de protéine de près de 30%, soit bien plus que le bœuf et les protéines végétales texturées, et une haute teneur en fer et autres minéraux et vitamines. Il peut être utilisé comme ingrédient par un industriel des plats préparés qui veut substituer le bœuf haché, il présente des qualités nutritionnelles et organoleptiques qui lui sont proches. Notre ingrédient a en plus un goût umami qui plaît aux industriels, et leur évite d’avoir recours à des arômes ou des additifs. Enfin, l’analyse du cycle de vie que nous avons réalisé montre que la production de notre ingrédient, à quantité de CO2 équivalente, émet jusqu'à 40 fois moins de CO2 que le boeuf et 3 fois moins que les hachés végétaux à base de soja, et cela grâce en grande partie au mode de culture des microalgues qui est très vertueux d’un point de vue environnemental.

A quel stade de développement en êtes-vous ?

Nous sommes capables de produire quelques kilos de notre ingrédient pour que des industriels puissent réaliser des tests sur leurs lignes de production. Mais nous sommes en train de monter en puissance cette année, grâce au montage de notre unité démonstrateur capable de produire de première tonnes et d'ainsi répondre aux attentes de nos premiers clients. Cela grâce à la première levée de fonds que nous venons de finaliser. Nos premières productions à très grande échelle (milliers de tonnes) auront ensuite lieu en 2026.

En quoi consiste cette levée de fonds ?

Il s’agit de notre première levée en pre-seed, d’un montant de 2 millions d’euros, auprès du fonds Asterion Ventures. Elle comprend une partie en capital de 1,1 million d’euros, et 900 K€ sous forme de subventions et de dettes auprès de Bpifrance et de France 2030. C’est important pour nous d’être soutenu par un fonds à impact, très investi dans sa mission et qui soutient déjà d’autres start-up de notre domaine comme Onima (ex-Yeasty) ou Circul'Egg. Depuis la création d’Edonia, en mars 2023, nous avons bénéficié du soutien financier du réseau Entreprendre sous forme d’un prêt d’honneur, de la Fondation pour les Générations futures, du programme Tiina, ainsi que de Bpifrance qui nous a accordé une subvention grâce à notre statut de start-up deeptech.

Disposez-vous d’assez de matières premières ?

La culture des microalgues est bien connue, pratiquée y compris en France et en Europe, notamment à travers les deux variétés les plus connues, et que nous utilisons : la spiruline et la chlorelle. Leur transformation sous forme de poudre est courante, mais on obtient un ingrédient difficile à consommer en raison de son goût et son odeur parfois difficile en alimentaire. D’autres industriels la transforment pour obtenir des molécules d’intérêt apportant une fonction précise. Mais notre approche est complètement différente puisque nous obtenons un ingrédient facile à mettre en œuvre et agréable à consommer, notamment en remplacement de la viande, ce qui est unique au monde. Et à l’avenir nous pourrons utiliser d’autres variétés de microalgues, qui sont très nombreuses.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.