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Matthieu Vincent (DigitalFoodLab) : « 2024 sera une année particulière pour le financement des start-up de la foodtech »

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Matthieu Vincent, cofondateur de DigitalFoodLab, cabinet de conseil en stratégie et en analyse dans le domaine de la technologie alimentaire. Crédits : © DigitalFoodLab

DigitalFoodLab vient de publier la quatrième édition de son rapport sur les tendances qui façonnent l'avenir de l'alimentation. L’occasion de faire le point avec Matthieu Vincent, cofondateur du cabinet européen de conseil en stratégie et en analyse dans le domaine de la technologie alimentaire, sur la situation des start-up début 2024. Celui-ci explique ce qui va changer en 2024, notamment sur les financements après des années de vaches grasses, ce qui semble se mettre en place pour arriver à un nouveau modèle alimentaire, les tendances les plus prometteuses, mais aussi les obstacles qu’il faudra franchir. 

Dans le dernier rapport de DigitalFoodLab, vous parlez de déception, de désillusion, vous dites que 2024 sera une année très particulière, pourquoi un tel constat ?

Le premier sujet est financier, il y a moins d’argent dans l’écosystème global des start-up, avec entre 3 et 4 fois moins que ce qu’il y avait en 2021/2022. Nous sommes même revenus, à dollar constant et compte tenu de l’inflation actuelle, à des niveaux de 2017/2018.  Un vrai retour en arrière sur le financement des start-up et ce mouvement à la baisse ne semble pas s’inverser.

Toutes les entreprises qui ont été financées, il y a maintenant deux ans à des niveaux de valorisation très élevés, cherchent à nouveau des fonds. Mais compte tenu de la conjoncture, tout est plus compliqué actuellement et pas uniquement dans la foodtech. En témoigne le nombre de faillites ou de levées de fonds à des valorisations moins élevées, et de licornes qui n’en sont plus. En plus d’être compliqué, cela créé une ambiance négative. 

Pourtant les fonds d’investissements ont toujours de l’argent.

Oui en effet, mais certains constatant qu’ils ont eux-mêmes des difficultés à relever de l’argent, préfèrent jouer la prudence. Ils gardent donc leurs fonds pour se concentrer sur les start-up qu’ils ont déjà en portefeuille et soutenir leur développement. 

Un point positif cependant à cette situation, c’est que plutôt que d’aller vers du financement de série A ou B comme c’était le cas jusqu’alors, ces fonds préfèrent aujourd’hui financer des start-up au démarrage, en se disant qu’elles seront matures quand les choses iront mieux au plan économique. 

En résumé, si on regarde les chiffres, c’est désespérant parce qu’il y a beaucoup moins de levées de fonds moyennes ou grosses, mais il y en a autant, voire plus, en early stage. Donc, ce qu’il faut retenir, c’est qu’en effet 2024 sera une année particulière, mais qu’il existe toujours un fort appétit de la part des investisseurs pour l’innovation.

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Cela ne veut donc pas dire que les start-up sont en panne d’idées ?

Absolument. Quand nous parlons de désillusion, c’est qu’en effet beaucoup d’intervenants dans la foodtech s’étaient imaginés que plus ils mettraient d’argent, plus ça irait vite. Le fait est qu’autant du côté des processus technologiques que réglementaires et même de l’acceptation des consommateurs, les choses prennent plus de temps que souhaité. 

Mais nous ne sommes pas arrivés à la fin de l’innovation dans la foodtech. Il y a encore beaucoup à faire dans différents domaines, notamment dans la nutrition santé, où nous constatons un fort intérêt autour des aliments fonctionnels, qui est un moyen de se différencier tout en répondant à la problématique d’une population vieillissante.

J’ai globalement la conviction que nous sommes en train de passer d’un ancien modèle à un nouveau modèle alimentaire. Toutes les briques sont en place, chacune évoluant à son rythme. Reste maintenant à savoir à quelle vitesse tout ceci va se mettre en place.

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A propos des protéines alternatives qui ont attiré de nombreux investisseurs et des milliards d’euros, vous évoquez dans votre rapport deux défis à relever aujourd’hui : l’échelle et l’acceptabilité. Comment les surmonter ?

D’un discours au départ très B to C, avec la création d’une marque et de produits comme de pures alternatives aux protéines conventionnelles, on assiste à un mouvement vers le B to B, avec la fourniture d’ingrédients de spécialité à plus forte valeur ajoutée. Une manière pour les start-up de contourner l’acceptabilité.

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Et qu’en est-il du passage à l’échelle ? Votre étude met l’accent sur la difficulté de passer de la preuve du concept à l’industrialisation dans certains secteurs. Est-ce un stade normal ou cela révèle-t-il un problème plus profond ?

Passer de la preuve du concept à l’industrialisation ne sera pas chose facile pour certains. Notamment dans la production via des fermenteurs qui n’a jamais vraiment été faite à grande échelle. Il faut construire des usines avec de nouveaux procédés et finalement le modèle de financement adéquate n’existe pas. La question se pose notamment pour de gros fermenteurs, qu’on ne sait pas où construire et qui auront tout de même un impact environnemental. En fait, cela concentre beaucoup de questions de prix, d’enjeu économique et d’influence.

Qu’entendez-vous par influence ?

La situation en Ukraine nous a montré à quel point l’alimentation était un enjeu d’influence politique et que l’on ne peut exclure un renversement de l’impact et de ces enjeux. A la fois avec l’émergence de producteurs qui ne l’étaient pas jusqu’alors mais qui maitriseront cette technologie et d’autre part avec la possibilité que ces technologies soient beaucoup plus proches du digital dans leur fonctionnement que de l’alimentation aujourd’hui, c’est-à-dire que la valeur ne sera plus au pays qui a un champs, mais à celui qui maitrisera la technologie. 

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Ne pensez-vous pas que le niveau élevé de réglementation en Europe soit un frein au développement de ces nouvelles technologies ?  

Je ne pense pas que cela soit un problème. Cette réglementation permet d’éclaircir le cadre, ce qui est rassurant. Si les autorités réglementaires respectent le calendrier de mise sur le marché et qu’elles approuvent ces produits après des études réglementaires, tout le monde sera gagnant. 

Ce n’est pas le régulateur qui pose problème à mon sens, mais plutôt le politique. On a vu récemment l’opposition affichée de 12 pays européens, dont la France pour la viande cultivée. Pourquoi ne pas imaginer qu’une start-up ayant bénéficié de crédit impôt recherche en France, choisisse finalement d’implanter son usine dans un pays plus accueillant ?