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Nicolas Bureau (Agriculture Cellulaire France): « Dans tous les cas étudiés, c’est la viande cultivée qui gagne sur la viande conventionnelle »

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Nicolas Bureau, cofondateur de l'association Agriculture Cellulaire France Crédits : © Nicolas Bureau

La Food and Drug Administration (FDA) a annoncé le 16 novembre 2022 avoir répondu favorablement à la demande de mise sur le marché par la start-up américaine Upside Foods de ses produits à base de poulet cultivé. La FDA indique par ailleurs avoir engagé « des discussions avec plusieurs entreprises sur divers types de produits fabriqués à partir de cellules animales cultivées, y compris à partir de cellules de fruits de mer ». Autant d'annonces qui marquent un vrai tournant pour l'avenir des produits cultivés à base de cellules de viande et de poisson, préfigurant leur arrivée auprès des consommateurs. Nicolas Bureau, cofondateur de l’association Agriculture Cellulaire France répond aux questions d’Agra Innovation sur la position de l’Europe et de la France sur le marché de la viande cultivée.

La décision historique de la FDA sur la viande cultivée pourrait-elle accélérer le processus de demandes préalables en France et en Europe ?

Le feu vert de la FDA, qui devra encore être suivi de quelques démarches avant la mise sur le marché de la viande cultivée, est la principale étape que tout le monde attendait et je pense qu’elle devrait ouvrir la voie en Europe. Cette annonce est un signal très encourageant dans le sens ou même si les produits ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre, il n’y a pas de raison forte pour que l’on n’ait pas le même genre d’analyse en Europe. Si la viande cultivée est jugée sans danger aux États-Unis, elle devrait également l’être en Europe auprès de l’Efsa, dont les critères d’analyses sont assez similaires.

Cette décision montre surtout que d’un point de vue compétitivité internationale, l’Europe aurait intérêt à se lancer assez rapidement dans cette voie. Sans même parler de tous les avantages environnementaux ou sociétaux de la viande cultivée, les politiques vont se rendre à l’évidence de la nécessité d’investir sur le sujet d’un point de vue compétitivité et souveraineté alimentaire. Ils ne voudront pas se retrouver pas dans la situation du pays qui n’aura pas investi à temps pour aider ses entreprises, au risque de se retrouver à terme à devoir consommer des produits venus d’un peu partout dans le monde, ce qui finira par arriver qu’on le veuille ou non. L’argument de la souveraineté alimentaire devrait motiver la France pour aider la recherche sur la viande cultivée.   

Avec la décision de la FDA aux Etats-Unis et tout ce qui se passe à l’étranger, qu’il s’agisse de l’autorisation par Singapour de la consommation de viande poulet cultivé depuis 2020, de l’ouverture d’un gros centre de production de viande cultivée aux Pays-Bas par l’entreprise néerlandaise Mosa Meat, ou encore de la Chine qui a mis la viande cultivée au programme de son plan agricole quinquennal, la France aurait tout intérêt à s’y mettre aussi si elle ne veut pas se faire prendre de vitesse.

On se souvient des déclarations fracassantes de l’ancien ministre de l’Agriculture sur la viande in vitro. Existe-t-il des blocages sur le sujet en France et quels sont-ils ?

Typiquement en France, nous ne sommes pas assez aidés sur ces sujets par manque d’investissements publics dans la recherche, il n’est donc pas étonnant qu’elle n’ait pas pris la main dans le développement de ce type de produits. Et il ne s’agit pas que le gouvernement dise on va mettre de l’argent pour promouvoir la viande cultivée, mais plutôt qu’il alloue des budgets à la recherche publique et qu’il lance des appels à projets et voit à quel point il serait utile ensuite de mettre de l’argent pour aider les entreprises, comme il le fait pour les protéines végétales ou à base d’insectes.

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Un autre élément en France, qui explique que nous ne sommes probablement pas le pays le plus en avance sur les sujets Foodtech, c’est qu’il est compliqué de remettre en cause le système agricole en place. Il y a un fort lobbying de l’élevage intensif qui empêche d’avancer sur le sujet de la viande cultivée. Mais rien ne sert de lutter contre les lobbys. Je pense que l’on ne pourra pas développer le marché dans la viande cultivée sans le faire avec les éleveurs et les agriculteurs eux-mêmes. Aux Pays-Bas, des choses avancent dans ce sens en impliquant toutes les parties prenantes et ça fonctionne. Le développement de la viande cultivée ne doit pas se faire en concurrence avec les différentes protéines traditionnelles ou alternatives, ne serait-ce que parce qu’elle n’a pas vocation à toutes les remplacer.

Le mode de production de la viande cultivée est parfois montré du doigt d’un point de vue environnemental. N’est-ce pas contradictoire avec le but poursuivi ?

Il y a eu beaucoup de désinformation sur le sujet, en effet sur le caractère énergivore de la viande cultivée. C’est vrai que le process demande de l’énergie, mais si l’on compare la viande cultivée et la viande conventionnelle, l’avantage environnemental sera toujours en faveur de la viande cultivée. Elle nécessite beaucoup moins d’espaces agricoles, utilise beaucoup moins d’eau et émet moins de CO2. Certes les émissions varient suivant le type de viande et dépendent aussi de l’énergie utilisée. Et il est certain que l’utilisation d’une énergie renouvelable sera beaucoup plus avantageuse. Et dans tous les cas étudiés, c’est la viande cultivée qui gagne sur la viande conventionnelle. Les intérêts environnementaux sont soulignés notamment dans une étude de CE Delft ou dans le dernier rapport du Giec.

Pourquoi à votre avis aucune demande n’a-t-elle été déposée en Europe auprès de l’Efsa, quand on sait que les délais d’obtention sont assez longs ?

Je ne suis pas dans les petits secrets des entreprises, en revanche ce qu’on peut dire c’est qu’il existe différents écosystèmes culturels et économiques au monde qui font qu’il est plus facile pour certains acteurs d’aller plus vite dans le développement de la viande cultivée. C’est notamment le cas aux Etats-Unis, aux Pays-Bas et en Israël, des pays qui ont investi pas mal d’argent sur le sujet. Il était donc logique que les entreprises dans ces pays aillent plus vite.

Il se trouve qu’en Europe, on attendrait plutôt que cela vienne des Pays-Bas, un pays qui est assez en avance sur le sujet. Mais il est clair que, plus il y aura de demandes de mises sur le marché, plus les entreprises seront amenées à le faire vite si elles veulent rester compétitives.