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Yacine Kabeche (Circul’Egg) : « Les éleveurs doivent aussi profiter de la valorisation de la coquille d’œuf »

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Yacine Kabeche, fondateur de Cicul'Egg. Crédits : © Circul'Egg

La start-up Circul’Egg vient d’annoncer une levée de fonds de 5 millions d’euros, menée par Asterion Ventures pour financer le développement de son premier site industriel, mais aussi la R&D et des recrutements. Pour la société fondée par Yacine Kabeche, ingénieur AgroParisTech, cette opération est l’occasion de mieux faire connaître son procédé breveté de valorisation de coquilles d’œufs pour obtenir des ingrédients à haute valeur ajoutée, issus de filières aux étapes identifiées et surtout décarbonés et locaux. Mais le fondateur compte aussi mieux structurer la filière en faisant en sorte que la valorisation profite aussi à l’amont à travers les casseries et les éleveurs de poules pondeuses.

Vous annoncez une levée de fonds de 5 millions d’euros. Qui y a participé ?

Nous avons mobilisé 5 millions d’euros au total, dont 2 millions d’euros sous forme de subventions et d’avance remboursable de l’Ademe via l’appel à projet « Produits biosourcés et biotechnologies industrielles », 1 million d’euros en dette et 2 millions en capital. Le fonds Asterion Ventures a mené cette levée de fonds, à laquelle a participé également un investisseur historique, le family office Mouvement & Finance de la famille Guichard. Asterion nous a particulièrement plu car il a réuni des investisseurs qui sont aussi des spécialistes de leur domaine et qui vont nous apporter un accompagnement opérationnel dans le développement de la société.

Lire aussi : Circul’Egg lève 1 million d’euros pour valoriser les coquilles d’œufs

Comment ce montant va-t-il être utilisé ?

Les fonds vont être consacrés à notre site industriel de Janzé, en Ille-et-Vilaine, qui entre en production dans les prochains jours, au renforcement des effectifs avec 5 à 7 embauches dans les 18 prochains mois, à la recherche et développement et au besoin en fonds de roulement, notre activité étant assez capitalistique.

Comment se présente votre site industriel ?

Notre premier site industriel représente un coût de 2 millions d’euros, réparti en deux parts égales pour le bâtiment et les machines. Dans un premier temps, il sera capable de traiter 5 tonnes de matière premières par jour, en tournant 8 heures par jour. Au maximum, avec une ligne de production et en travaillant 24 heures par jour, nous pourrons aller jusqu’à 15 tonnes par jour. Et bien plus loin si nous ajoutons des lignes supplémentaires sachant que nous avons assez de place dans le bâtiment.

En quoi consiste votre process breveté permettant de valoriser la coquille d’œuf ?

Nous avons mis au point un process exclusif, qui est désormais breveté, permettant de séparer la coquille d’œuf de sa membrane, de façon mécanique en jouant notamment sur la différence de densité entre les deux parties, sans produit chimique, et en utilisant uniquement comme source d’énergie de l’électricité. Et nous récupérons en plus la chaleur fatale émise par notre tour de séchage. 

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En bref, nous collectons auprès des casseries les coquilles préalablement centrifugées et broyées par leurs soins. Nos machines séparent ensuite la coquille de la membrane. La coquille permet d’obtenir du carbonate de calcium utilisé par les industriels de la peinture, des revêtements de sols, du caoutchouc et du verre. La membrane quant à elle est une source de collagène et d’acide hyaluronique utilisés en cosmétique, en nutraceutique pour les humains et les animaux et en alimentation pour les animaux de compagnie.

Quels sont les avantages des produits qui sortent de votre usine ?

Notre procédé permet d’obtenir des produits biosourcés, issus du recyclage et décarbonés, ce qui est important pour les utilisateurs qui recherchent ces caractéristiques parmi les composants de leurs produits finis. Ce sont des alternatives durables aux produits conventionnels : pour le carbonate de calcium, celui-ci est en général extrait de carrières, avec ce que cela implique en termes d’environnement, et pour ce qui est du collagène, il provient en général de peaux de poissons en provenance d’Asie. Quant à l’acide hyaluronique, il est issu d’une synthèse bactérienne ou à partir d’œil de bovin.

Vous produits sont-ils compétitifs par rapports aux produits déjà présents sur le marché ?

Notre carbonate de calcium est environ deux fois plus cher et notre collagène et notre acide hyaluronique sont à des prix similaires. Mais nos produits présentent des caractéristiques environnementales et une traçabilité très différentes des produits conventionnels. 

Disposez-vous d’assez de ressources pour faire grandir votre activité ?

Nous avons en France une trentaine de casseries industrielles, situées dans les régions d’élevage principales que sont la Bretagne et les Pays de la Loire, d’où notre implantation à Janzé, ce qui correspond à environ 40 000 tonnes de coquilles par an. Ce gisement est aujourd’hui très mal valorisé car les casseries doivent payer pour se débarrasser des coquilles, alors que nous collectons gratuitement. Mais à terme, nous voulons renforcer la filière en amont en rémunérant les casseries et les éleveurs car ils doivent aussi profiter de la valorisation de la coquille d’œuf.

Quelles sont les prochaines étapes pour Circul’Egg ?

En parallèle de la montée en charge de notre site industriel, nous réfléchissons à la meilleure organisation pour notre production. Soit nous allons vers une giga-usine capable de traiter de grands volumes de coquilles, avec l’inconvénient de transporter les coquilles sur de longues distances, ce qui a un impact sur l'environnement, soit nous allons vers de unités plus petites et compactes qui seraient installées dans les casseries et qui pourraient traiter la matière première immédiatement, et donc sans transport. Nous devrons faire ce choix stratégique d’ici la fin 2024.