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Guillaume Meulle (XAnge) : « Pour le moment, l’agritech ne crée pas assez de valeur »

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Guillaume Meulle, directeur général de XAnge. Crédits : © XAnge

XAnge, fonds d’investissement du groupe Siparex, vient de dévoiler son mapping 2024 des start-up agritech françaises. Pour Guillaume Meulle, directeur général de ce fonds détenant 650 millions d’euros sous gestion, les jeunes sociétés du secteur agricole proposent des innovations, mais celles-ci ne sont pas assez disruptives pour véritablement changer la donne et améliorer de façon décisive la rémunération des agriculteurs. Parmi les solutions avancées, la mise en avant des innovations d’un point de vue du changement climatique et de la santé des hommes pourrait améliorer le financement de ces start-up.

A l’occasion de la parution mapping 2024 XAnge des start-up agritech françaises, vous remarquez une baisse des investissements dans ce secteur. Quel est votre constat ?

Nous avons remarqué que le secteur des start-up agritech françaises a mobilisé moins de fonds en 2023 qu’en 2022, de l’ordre de 28% en moins avec 340 millions d’euros levés. Le secteur reste actif en termes de levées et de créations, mais beaucoup de start-up ne survivent pas.

Nous avons repéré 203 start-up dans le secteur agritech en 2023, soit le même nombre que l’année précédente, mais avec un taux de turn-over important de l’ordre de 15%.

Par ailleurs, le secteur agritech reste très éclaté, comptant un grand nombre de petites entités, et surtout aucune licorne. Les financements sont bien présents, mais ils sont souvent répartis sur un grand nombre de start-up.

Lire aussi : Matthieu Vincent (DigitalFoodLab) : « 2024 sera une année particulière pour le financement des start-up de la foodtech »

Comme expliquez-vous cette situation ?

L’agritech reste très complexe en termes de chaîne de valeur. Il y a beaucoup de strates comme les coopératives, les négoces qui ne permettent pas de toucher directement les agriculteurs qui sont aussi très nombreux et à la tête d’exploitations de tailles très diverses. Le coût d’accès à ce marché est donc assez élevé, et le temps nécessaire pour accéder à ce marché est relativement long.

Selon vous, les start-up agritech n’apportent pas d’innovation radicale capable de changer ce secteur en profondeur.

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Oui, on ne trouve pas d’innovations vraiment disruptives capables de complètement changer la donne. Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’innovation, mais celles que l’on peut voir n’apportent pas cette radicalité qui pourrait attirer massivement les financements. Les innovations apportent des améliorations, mais elles sont trop souvent marginales. Pour le moment, l’agritech ne crée pas assez de valeur.

Or le souci principal est l’amélioration des revenus des agriculteurs, non pas à la marge, mais de façon décisive.

Toutefois, il y a des start-up qui sont porteuses d’un modèle capable d’impacter l’ensemble de la chaîne de valeur en prenant en compte tous les maillons de l’agriculteur au consommateur. Les sociétés qui innovent à partir de l’agriculture régénératrice comme Omie, dans laquelle nous avons investi, en font partie.

Comment les start-up agritech, même sans apporter de rupture radicale dans leur secteur, peuvent-elle mieux se financer ?

On remarque que de très nombreuses start-up agritech apportent des bénéfices directs pour la santé des hommes et pour le climat en agissant sur l’agriculture. Les sociétés qui se positionnent principalement sur ces questions de santé et d’environnement arrivent à mobiliser des fonds importants. L’agriculture est un secteur fondamental, et il faut un changement de pied de la part de ces acteurs pour qu’ils mettent encore davantage l’accent sur les solutions qu’ils sont en mesure d’apporter pas seulement pour les agriculteurs mais aussi pour l’ensemble de la société. Par exemple, les start-up qui développent des solutions à partir de capteurs dans les champs comme Sencrop ou Weenat apportent des réponses au changement climatique en économisant la ressource en eau et en utilisant moins de produits phytosanitaires.

Dans quels profils de start-up le fonds XAnge investit-il ?

Nous investissons dans les start-up dès la phase d’amorçage avec des montant entre 500 K€ et 1 M€, à l’échelle européenne puisque nous sommes implantés à Paris, Berlin et Munich. Nous sommes intéressés par les sujets technologiques, nous regardons donc tous les dossiers en lien avec la deeptech, la santé, la fintech, le e-commerce et les logiciels (software as a service). Par exemple en France, nous avons investi dans La Ruche qui dit oui et dans Omie, et en Allemagne, dans Pina Earth, une plateforme pour les forestiers qui veulent mesurer leur captation de carbone pour commercialiser ensuite des crédits carbone.