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Laetitia Fourié (Afaïa) : « Il y a une vraie prise de conscience collective sur l’utilisation d’intrants plus locaux ou issus du reyclage ».

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Laetita Fourié est présidente d'Afaïa Crédits : © Afaïa

Laetitia Fourié est présidente de l’Afaïa, le syndicat professionnel des fabricants de biostimulants et améliorants organiques depuis septembre 2021 pour une durée de trois ans. Son mandat est renouvelable une fois. Elle est également responsable des affaires réglementaires chez Hello Nature. Créé en 1986, l’Afaïa compte une centaine de sociétés adhérentes, des start-up, TPE et PME présentes sur les matières fertilisantes et intrants innovants des cultures végétales durables. Laetitia Fourié fait le point sur le marché des fertilisants organiques et l’évolution de la réglementation en Europe. Elle met aussi l’accent sur les différents points sur lesquels la législation doit encore avancer pour permettre à l’innovation d’aller encore plus loin dans sa recherche de produits durables pour les agriculteurs.

Comment se porte le marché des fertilisants organiques ?

Comme tous les autres secteurs, nous avons globalement été touchés par les différentes crises, Covid puis guerre en Ukraine. Une période un peu difficile, mais nous constatons néanmoins un intérêt grandissant pour nos produits d’origine organique. Avec le changement climatique, il est nécessaire pour les agriculteurs de revoir leurs pratiques culturales. Nous sommes de plus en plus sollicités pour les biostimulants, ce qui est d’autant plus vrai pour les cultures spécialisées à très forte valeur ajoutée. Dans les grandes cultures, le changement est plus long à mettre en œuvre, en raison des cours du blé qui sont liés à un marché international et ne laisse pas beaucoup de latitude financière aux agriculteurs. Mais il y a une vraie dynamique, parallèlement à une prise de conscience collective sur l’utilisation d’intrants plus locaux ou issus du recyclage par exemple.

Là où il n’y avait que du minéral avant, on arrive de plus en plus à des combinaisons de produits. Il serait utopique de penser qu’on pourra remplacer le minéral dans sa totalité, parce qu’aujourd’hui on arrive difficilement aux mêmes teneurs avec de l’organique et que dans certains cas, pour certaines cultures, on a de toute façon besoin de leur apporter des éléments minéraux.

Il faut trouver un juste milieu, il y a des complémentarités à trouver pour arriver à des pratiques raisonnées.

Qu’en est-il de la législation des matières fertilisantes en France et en Europe ?

Il y a eu de gros changement en termes de législation concernant la totalité des matières fertilisantes en France, avec l’entrée en application du règlement européen 2019-1009 en juillet 2022 et pour lequel les industriels se mettent en ordre de marche. Ce règlement a le gros avantage de permettre la mise sur le marché au niveau européen de produits d’origine organique et des biostimulants, ce qui est une vrai avancée pour les industriels. Avec un seul dossier, une société peut aller commercialiser ses produits dans 26 pays.

L’avantage de ce règlement, c’est qu’avant de pouvoir mettre un biostimulant sur le marché, il faut prouver son efficacité. C’est un gros point positif. L’agriculteur qui achète un produit sous marquage CE a ainsi la garantie que des essais ont été faits et que l’efficacité a été prouvée, ce qui n’était pas forcément le cas avant, même via des procédures d’autorisations de mise sur le marché (AMM, ndlr).

Mais ça reste un règlement à trous, puisqu’un certain nombre de produits ne figurent pas dans la liste des ingrédients possibles. Nous attendons des actes délégués qui viseront à le modifier.

Expliquez-nous ce que vous entendez par un règlement « à trous » ?

Pas mal de produits, à la fois les engrais organiques, les organo-minéraux, les amendements organiques et aussi certains biostimulants sont issus de sous-produits animaux. Or si ce nouveau règlement prévoit l’utilisation de ce type de matière, aucun sous-produit animal n’est aujourd’hui autorisé. Les sous-produits animaux concernent notamment les farines de viande ou les plumes, les poils… Des sous-produits très riches en éléments nutritifs pour les plantes, notamment en azote, qui s’inscrivent dans les concepts d’économie circulaire. Des travaux sont en cours pour combler ces trous, mais c’est long et compliqué.

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Où en est-on concrètement ?

Le règlement sur les sous-produits animaux est réalisé par la DG Santé, celui sur les fertilisants par la DG Grow, et l’un dépend de l’autre. La première étape était que la DG Santé évalue quels sous-produits animaux pouvaient entrer dans la composition des fertilisants en ne présentant aucun risque ni pour l’homme, ni pour l’environnement. C’est maintenant chose faite, la DG Santé ayant modifié son règlement disant que certains sous-produits animaux peuvent être utilisés de façon sûre. C’est donc au tour de la DG Grow de faire un certain nombre d’évaluations avant de rédiger un texte complémentaire qui viendra compléter l’actuel règlement.

On sait que des changements vont arriver, mais pas tout de suite, le temps réglementaire est long. Certaines prévisions parlent de fin 2024. Pour rappel, la première version du texte est sortie en mars 2016.

Le fait que tout cela ne soit pas acté au niveau européen est-il un frein à l’innovation ?

Potentiellement oui. En effet, une société telle qu’une start-up qui va chercher un sous-produit particulier pour lui appliquer un process particulier et donc investir en innovation, ne pourra pas forcément mettre en marché selon ce règlement et viser un marché européen.

En revanche, le règlement tel qu’il est n’est pas un frein pour une entreprise qui ne se développe qu’en France.

Quelles sont les prochaines échéances de l'Afaïa ?

Nous sommes très impliqués depuis le départ sur le Grand Défi « biocontrôle et biostimulation », une initiative lancée en début d’année dans le cadre de France 2030, pour mettre en avant des solutions permettant la réduction des intrants chimiques. Le projet est en train de se mettre en place et je ne peux pas vous en dire plus à date, mais une communication est prévue à l’automne pour faire un point d’étape sur ce Grand Défi. 

Et le syndicat continue aussi de travailler sur le dossier agriculture biologique, au regard de la bonne interprétation du règlement avec notamment des actions sur la définition de l’élevage industriel ou la lutte contre la mise en marché de produits dont la conformité aux principes de l’agriculture biologique n’est pas évidente.