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Pierre Niesner (Power the Nature) : « Nous sommes les premiers à avoir obtenu le brevet européen pour l’innovation FertiRoc »

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Jean et Pierre Niesner, les fondateurs de Power the Nature présentant un sac de FertiRoc. Crédits : © Leo Ginailhac

La start-up Power the Nature, fondée par Jean Niesner, agriculteur mosellan et son fils Pierre vient d’annoncer le lancement d’un biostimulant qu’ils ont mis au point sur leur exploitation. FertiRoc utilise la synergie entre la zéolithe, une roche volcanique, et des éléments nutritifs essentiels aux plantes. Ce biostimulant minéral 100% naturel est le premier à avoir obtenu en mai dernier la norme CE pour ses capacités d’amélioration de l’efficience de l’azote. Jean et Pierre Niesner détaillent les étapes de ce projet et les prochaines échéances.

Expliquez-nous ce qu’est la zéolithe et quels sont ses atouts ? 

Jean Niesner : La zéolithe est une roche volcanique qui a des particularités assez surprenantes dans la mesure où elle est très poreuse et surtout chargée négativement. De ce fait, elle arrive à échanger des cations, une propriété qui nous a parue intéressante. La zéolithe qui peut être utilisée dans de nombreux domaines, est aussi connue pour son utilisation d’apport au sol en tant qu’amendement dans la mesure où elle permet de retenir les ions NH4+ notamment et donc d’augmenter la capacité d’échange cationique (1) du sol. 

Cette roche avait déjà été utilisée en pulvérisation en barrière physique sur les feuilles des oliviers notamment contre la mouche de l’olivier, mais jamais en biostimulant, en tous les cas jamais sous une forme micronisée comme FertiRoc. Il n’y avait aucun brevet de zéolithe en application foliaire en Europe avant le nôtre, utilisé en tant que biostimulant. 

Pierre Niesner : Notre idée de départ était vraiment d’associer la zéolithe à des cations nutritifs essentiels aux plantes. Et nous sommes les premiers à avoir obtenu le brevet européen qui montre bien l’innovation qu’apporte ce biostimulant.

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Racontez-nous comment se sont passées les différentes étapes de validation de FertiRoc ?

PN : Dans l’ordre, nous avons d’abord fait valider l’innocuité du produit en collaboration avec l’institut Rittmo Agroenvironnement à Colmar. Ensuite, nous avons obtenu l’AMM France et l’AMM Suisse, ce qui nous a permis de réaliser des tests en collaboration avec des distributeur et des agriculteurs. 

En parallèle, nous avons cherché à faire valider nos recherches par des scientifiques, jusqu’à obtenir la certification européenne, ce qui n’a pas été simple. Dans le cadre du processus de validation, nous avons collaboré avec un institut en Suisse et un autre en Belgique. Nous avons fait trois ans de tests avec les différents instituts agricoles en France et en Suisse, un an de test en serre et deux ans en plein champs. Tous ces essais ont révélé que FertiRoc améliorait le mécanisme de photosynthèse de la plante et l’assimilation de l’azote. 

La certification européenne obtenue en mai 2024, autorise la vente en Europe avec l’allégation « améliore l’efficience de l’azote ». 

Enfin, depuis le début de cette année, FertiRoc est reconnu conforme au dispositif CEPP par la commission dédiée au sein d’INRAE pour ses capacités d’amélioration de la résistance des plantes aux pathogènes fongiques, et donc de réduction de l’utilisation de fongicides. C’est une nouvelle preuve de l’efficacité de notre biostimulant entièrement naturel pour réduire l’utilisation de produits chimiques.

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Quels sont les champs d’application de FertiRoc ?

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JN : L’AMM française de FertiRoc est toutes cultures. Pour l’instant, en Europe, nous sommes certifiés sur grandes cultures et cultures industrielles, ce qui représente la palette la plus large en agriculture. Nous n’avons pas encore fait la demande européenne pour les cultures pérennes, sachant que nous avons déjà l’homologation pour la vigne en France, qui est un gros producteur de vin. Mais nous allons certainement déposer un dossier pour obtenir également cette certification en Europe. 

Sous quelle forme se présente votre biostimulant ?

PN : Il s’agit d’une poudre mouillable dont nous maitrisons la recette. Nous avons un brevet pour l’association de la zéolithe et des éléments nutritifs. Nous faisons nous-même notre mélange sur notre exploitation, c’est-à-dire que nous associons différents minéraux et composants dans certaines proportions, puis nous sous-traitons le broyage en Allemagne. Il s’agit d’une usine de fabrication de broyeurs avec une filiale production. En 2024, pour nos premières ventes, nous avons produit pour 10 000 hectares environ, soit 25 tonnes sur l’année. 

Envisagez-vous à terme d’internaliser la production de FertiRoc ? 

PN : Nous ne souhaitons pas vendre le brevet, mais au contraire vivre de notre projet et donc, à terme, nous aimerions construire une unité de production. Contrairement aux processus de fabrication d’engrais azoté fortement émetteurs de gaz à effet de serre, une usine de broyage ne demande pas tellement d’énergie. En alimentant une future usine avec des énergies renouvelables, nous pourrions produire, de manière beaucoup moins émettrice de GES, un biostimulant qui pourrait au final réduire l’utilisation des produits existants, notamment l’azote.

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Ce projet de site nécessiterait-il une levée de fonds ?

PN : Nous n’aurions pas besoin d’ouvrir le capital pour financer ce développement industriel. Plusieurs banques sont prêtes à nous suivre et nous préférons privilégier la dette pour ce type de développement.

Quelles sont les prochaines échéances pour FertiRoc ?

PN : L’objectif est de bien assoir la distribution commerciale de notre biostimulant avec des partenaires. Nous avons conclu récemment des accords avec des distributeurs qui proposent le produit à des agriculteurs pour mener des essais en pleins champs, dont les résultats sont bien meilleurs que lors de tests sur des micro-parcelles. 

Une fois la partie commerciale assurée, nous pourrons nous concentrer sur le produit et la production, et travailler sur une autre idée en cours de recherche, pour un amendement de sols.

(1) La CEC est utilisée comme mesure de la fertilité d'un sol en indiquant la capacité de rétention des éléments nutritifs d'un sol donné.