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Agri’écoute : baisse globale des appels, pic au déconfinement

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Alors que le député Olivier Damaisin (LaREM) doit bientôt remettre son rapport sur le suicide des agriculteurs, la MSA observe une baisse de 30 % des appels à Agri’écoute entre 2018 et 2019. Sans tirer de conclusions hâtives, elle prévoit une nouvelle opération de communication sur le dispositif.

Le nombre d’affiliés à la Mutualité sociale agricole (MSA) ayant appelé le service Agri’écoute a baissé de 30 % entre 2018 et 2019, passant de 4723 à 3310 appelants, a révélé la MSA lors d’un entretien à Agra Presse le 15 septembre. Ceci alors qu’une étude de la MSA publiée l’an dernier recense environ un suicide d’agriculteur par jour (372 décès par suicide de non-salariés agricoles en 2015), un chiffre par ailleurs probablement sous-estimé par la méthode de calcul.

Interrogée sur la signification – bonne ou mauvaise – de cette diminution du nombre d’appelants, la pilote du plan national de prévention du suicide à la CCMSA Véronique Maeght Lenormand a répondu qu’il faut garder en tête cet « indice » et « faire attention à ne pas trop interpréter les chiffres ». D’après elle, cette baisse du nombre d’appelants pourrait être liée au contrecoup d’un regain de communication en 2018, après que la MSA avait changé de réseau d’écoutants en confiant le dispositif aux psychologues cliniciens de l’entreprise prestataire Psya. Auparavant, le service d’écoute créé en octobre en 2014 était assuré par les associations SOS Amitié et SOS Suicide Phénix. « En 2018 nous avons fait deux campagnes de communication, dont une en avril lors du lancement du dispositif renforcé : ce mois-là, nous avons eu plus de 1 000 appels », indique-t-elle.

Écoute neutre et indépendante

La médecin du travail référente reconnaît toutefois que nombre d’agriculteurs n’osent toujours pas décrocher leur téléphone pour confier leurs problèmes. De plus, les langues se « délient » souvent à partir du deuxième ou troisième appel au même écoutant, précise-t-elle (ndlr : un assuré MSA peut rappeler trois fois le même psychologue). « On sait que la MSA a l’étiquette ‘cotisations’, ‘contrôles’etc. Il va falloir qu’on le dise et le redise encore : ce n’est pas la MSA qui écoute mais des professionnels totalement neutres. C’est un service que la MSA paye pour ses adhérents », a-t-elle déclaré, allant ainsi dans le sens du député Olivier Damaisin (LaREM).

Dans le cadre de sa mission interministérielle sur le mal-être et le suicide des agriculteurs qui a pris fin le 20 août, et dont le rapport doit être dévoilé mi-septembre, le député du Lot-et-Garonne confiait à Agra Presse le 3 août qu’Agri’écoute n’est pas assez bien « vendu » (voir Agra Hebdo n°3755 du 31 août).

Nouvelle campagne de com’

« Nous avons prévu de faire une [nouvelle] campagne de communication prochainement », glisse Véronique Maeght Lenormand, rappelant au passage qu’Agri’écoute n’est qu’une partie du dispositif pour les personnes en détresse psychologique ou en difficulté. Le service téléphonique ouvert 24 heures sur 24 et sept jours sur sept peut en effet proposer aux appelants d’être accompagnés par la cellule pluridisciplinaire de prévention du suicide de leur MSA locale. Mais, si l’appelant souhaite conserver son anonymat vis-à-vis de la MSA, il peut aussi être orienté vers un psychologue du propre réseau de Psya « pour un rendez-vous physique dans les 48h », explique Véronique Maeght Lenormand.

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Si les données enregistrées par Psya indiquent que la majorité des appelants sont des hommes (65 % en 2019) et que la plupart ont entre 51 et 60 ans (selon les informations communiquées librement par les assurées), le bilan annuel des cellules pluridisciplinaires de la MSA permet de voir que de plus en plus de conjoints collaborateurs et d’enfants d’exploitants sont accompagnés pour mal-être. « Les ayants droit exploitants représentent 6 % du total des situations en difficulté en 2019, contre moins de 1 % en 2018 et 2 % en 2017 », indique la pilote du plan de prévention suicide à la CCMSA.

2020 : pic d’appels au déconfinement

En 2020 Agri’écoute a enregistré une baisse des appels durant le confinement, avec seulement 115 sollicitations téléphoniques en mai contre environ 250 appels mensuels en début d’année. Durant cette période atypique, rapportent les bilans de Psya, beaucoup d’appels sont « courts » (ndlr. 5 à 10 minutes) et dénotent des soucis professionnels. En revanche au moment du déconfinement, les appels passés à Agri’écoute sont montés en flèche avec 431 sollicitations téléphoniques en juin, 435 en juillet et 429 en août.

De plus, les difficultés évoquées étaient majoritairement liées à la vie personnelle et sentimentale, affirme Véronique Maeght Lenormand. « C’est une notion dont nous n’avions pas trop conscience avant 2018 : les premières raisons évoquées sont celles d’ordre personnel, apparemment plus importantes que les raisons professionnelles », assure-t-elle. Par ailleurs en 2020, 32 % des appelants présentaient des troubles anxiodépressifs, 18 % ont évoqué une détresse et 6 % ont manifesté des idées suicidaires (contre 9 % en 2019 ndlr.) « Mais l’année n’est pas finie », prévient la médecin du travail de la CCMSA.

« Ce n’est pas la MSA qui écoute mais des professionnels neutres »

« Les premières raisons évoquées sont celles d’ordre personnel »