Emmanuel Besnier et son équipe dirigeante ont échangé deux heures durant avec les députés de la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale. Les débats ont notamment tourné autour du traitement des analyses en laboratoire et du dysfonctionnement des alertes.
Le 7 juin, pour sa 23e audition, la commission d’enquête parlementaire chargée de l’affaire Lactalis a reçu les dirigeants de l’entreprise laitière. Parmi eux, le très attendu Emmanuel Besnier, président-directeur général (p.-d.g.) du groupe. Il a fait face à des députés sur les dents, déterminés à obtenir des réponses sur les dysfonctionnements à l’origine du scandale sanitaire qui a frappé le groupe cet hiver. « La salmonelle n’a pas été repérée par les contrôles, alors est-ce la faute des laboratoires ? », demande le rapporteur Grégory Besson-Moreau. Emmanuel Besnier assure qu’à aucun moment les analyses n’ont soulevé d’alertes sur les produits finis. Pourtant, « en refaisant les échantillothèques après la crise, il s’avère que certains étaient positifs, donc, oui, on se pose des questions », reprend le dirigeant de Lactalis. Il assure néanmoins qu’il n’est pas question pour lui de se « défausser sur les laboratoires », mais qu’une enquête est en cours. « C’est elle qui répondra », tranche-t-il.
Redémarrage : « Tout a été partagé avec les autorités »
Le président de la commission, Christian Hutin, rebondit sur cette défense : « La production a redémarré la semaine dernière, vous recommencez donc à produire avant que l’enquête n’ait donné ses conclusions ? » Emmanuel Besnier rappelle que le groupe a décidé de fermer définitivement la tour à l’origine de l’accident. « Nous avons aussi revu le process, le plan de maîtrise sanitaire, et le nombre d’analyses », dit-il avant d’ajouter, non sans faire allusion à la question du rapporteur, que les échantillons font l’objet d’une répartition entre deux laboratoires. « Tout a été partagé avec les autorités pour faire en sorte que ce redémarrage se passe sans aucun problème », rassure le p.-d.g.
En conclusion des deux heures d’échange, Christian Hutin insiste sur la nécessité de faire le point sur la surveillance en place dans les usines. « Cela nécessite de réfléchir aux moyens de l’État dans les contrôles réglementaires des laboratoires d’analyses départementaux en particulier », déclare-t-il. Enfin, sourire au coin des lèvres, il a expressément demandé à Emmanuel Besnier de demander à ses avocats de ne plus essayer de « torpiller cette commission d’enquête ». Grégory Besson-Moreau avait assuré dans un communiqué que les conseils de Lactalis ont adressé un courrier à la ministre de la Justice et garde des Sceaux, en vue d’une saisine du président de l’Assemblée nationale d’une demande d’interruption des travaux, au motif qu’une enquête préliminaire est encore en cours.
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Le groupe d'analyses Eurofins se défend
Début mars, à l'occasion de la présentation des comptes annuels, Gilles Martin, le p-.d.g. d'Eurofins, mis en cause dans l'affaires Lactalis avait vivement réagit aux attaques. "Dans leur stratégie de défense, ils (Lactalis, NDLR) essaient comme ils peuvent de se défausser", estimait Gilles Martin. Un "axe de défense "extrêmement malheureux" qui "risque de se retourner contre eux de manière assez brutale", avait-t-il prévenu. A l'époque déjà, Emmanuel Besnier le patron de Lactalis émettait des doutes sur la fiabilité des analyses qu'un "laboratoire extérieur de référence" avait effectuées dans son usine de Craon (Mayenne). "Nous sommes extrêmement sereins sur cette situation. Nos laboratoires concernés ont travaillé extrêmement bien, nous n'avons absolument aucune inquiétude sur la fiabilité de ces analyses", lui avait alors rétorqué le patron d'Eurofins.
Les députés frustrés par un discours « froid »
Le nez dans leurs fiches, Emmanuel Besnier et son directeur général de la division Lactalis nutrition Europe, Arnaud Boinard, ont, dès la première demi-heure d’échanges, impatienté certains des députés de la commission, notamment Richard Ramos. « C’est insupportable de vous entendre », lâche le bouillant Richard Ramos (Mouvement démocrate et apparentés) qui n’en peut plus de voir les deux hommes lire leurs « notes faites par des juristes et des communicants ». Le député dénonce un discours incohérent, accusant Lactalis de n’avoir pas pris contact avec les familles des victimes qui ont écrit « à maintes reprises » au groupe. « Il y a un décalage entre votre discrétion et votre rôle de chef d’entreprise, insiste Richard Ramos, faisant allusion à la réputation d’homme discret du p.-d.g. N’importe qui serait allé voir les victimes. Ne répondez pas froidement mais en tant qu’humain. » Aux députés qui veulent savoir pourquoi la direction de Lactalis n’a pas reçu les familles des victimes, Emmanuel Besnier répond simplement : « L’association nous a attaqués en justice, il est donc assez difficile de les rencontrer. »