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Vient de paraître Alain Minc contre l’autre pensée unique

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Il y a la pensée unique que tout le monde connaît, celle qui prône l’ouverture des marchés et la dérégulation. Et puis il y a l’autre pensée unique, celle que fustige Alain Minc dans son dernier ouvrage, Epître à nos nouveaux maîtres. C’est celle « des rentiers de l’antimondialisme », des « zélotes des ONG » (Organisations non gouvernementales) ou encore « des névrosés de l’anti-américanisme » selon ses propres termes. Un nouveau politiquement correct qui envahit les médias et les faiseurs d’opinion, prenant le pas, souvent, sur la première pensée unique. L’auteur de La Mondialisation heureuse, dans un ouvrage écrit avec fougue et, souvent, avec talent, met en garde son lecteur devant ce nouveau conformisme.

Alain Minc se déchaîne. Le polémiste fait sauter le couvercle d’une marmite où l’on sentait bouillir un grand ras-le-bol contre la nouvelle pensée dominante dans les médias et têtes pensantes, sinon dans les faits. Après avoir été l’un des défenseurs d’une pensée unique tempérée, sociale-démocrate, prônant un libéralisme tempéré, le voici qui s’attaque à la pensée unique adverse.

Idées archaïques, démarches contemporaines

Prenons l’exemple des « rentiers de l’antimondialisme» inspirés par le couple bien français Bourdieu-Bové et qui constitue le chapitre central de son ouvrage tonique. D’abord il leur tire un coup de chapeau, face à l’efficacité de leur stratégie : « Les diatribes antimondialisation constituent chez nous, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, une sorte de volapük national que chacun, à un moment ou à un autre, se doit d’entonner ». Autre succès, celui des « batailles » de Seattle, Gênes, Göteborg, Barcelone devenues le lieu d’expression des antimondialistes de tous poils et contraignant les dirigeants du monde à se réunir dans des nids d’aigle inaccessibles comme l’an dernier au Canada. « Archaïques dans vos idées, vous êtes exceptionnellement contemporains dans votre démarche », reconnaît Alain Minc. De fait, c’est bien « d’affligeant archaïsme » qu’il s’agit quant au fond de ce qu’ils défendent, selon l’auteur. Et de souligner les différentes « postures » dont s’entourent ces nouveaux contestataires : le thème du complot mondial qui serait organisé en secret par un capitalisme pourtant bien lisible ; le thème du remède miracle (la fameuse taxe Tobin, au grand dam de son propre auteur) ; le thème du rejet de la science qui se cristallise sur les arrachages d’essais d’OGM ; et enfin le thème des prophètes qui s’incarnent en un Bourdieu intellectuel et un Bové Astérix national. Minc n’en oublie pas un cinquième, le thème de la démocratie directe qui est bien souvent le recours « du populisme le plus classique ».

Dans un autre chapitre, sur « les névrosés de l’antiaméricanisme », il fustige également ceux qui mettent toute l’Amérique dans un bloc, n’étant pas capables de distinguer entre les errements politiques d’un Bush et la culture des Américains eux-mêmes. Il y a plus de différence entre Clinton et Bush, dit-il en substance, qu’entre Jospin et Chirac.

Alain Minc se garde bien, pourtant, de faire des antimondialistes de nouveaux révolutionnaires car il ne voit chez eux aucun contenu sérieux qui serait capable de fonder un nouvel ordre des choses. C’est bien ce qui inquiète le plus l’auteur car, pour lui, cette efficacité, sur la base « d’un fonds de sauce médiatique », témoigne plus de la « mollesse » des pro-mondialisation que de la force et de la richesse de pensée de leurs adversaires.

Alain Minc, Epître à nos nouveaux maîtres, Grasset, 266 pages, 17 euros