La coopérative de Castelnaudary, qui se renforce comme groupe agroalimentaire depuis plusieurs années, structure les entreprises récemment acquises. Son pôle agroalimentaire est une source de satisfaction et permet d’assurer une rentabilité alors que les activités agricoles sont en petite forme. Arterris lance cette année une marque grand public pour valoriser les productions végétales des adhérents.
Heureusement qu’Arterris s’est renforcé ces dernières années dans l’agroalimentaire : voilà une des conclusions qui peuvent être tirées de la lecture du rapport annuel de l’exercice 2018/2019, (clos le 30 juin). L’Ebitda est en fort recul, passant de 24,3 millions d’euros à 17,4 millions d’euros, et le chiffre d’affaires baisse légèrement à 998,4 millions d’euros (voir ci-dessous). C’est le pôle agricole qui est surtout le responsable de ce résultat décevant, avec un Ebitda presque divisé par trois (de 17,1 à 6,7), tandis qu'il passe de 6,5 millions d’euros à 10,7 millions pour le pôle agroalimentaire. Cette rentabilité est même « supérieure à nos attentes », note la coopérative, et c’est le « reflet de notre stratégie de croissance externe ». Les entreprises acquises par la coopérative au cours des trois derniers exercices ont généré 10 millions d’euros d’Ebitda en 201/2019, soit presque la totalité de l’Ebitda du pôle agroalimentaire.
Ce bon Ebitda vient conforter la direction dans sa stratégie de croissance externe pour cette division, qu’elle qualifie de « pertinente », et qui a représenté 60,9 millions d’euros de dépenses sur trois ans. Au total, le pôle agroalimentaire représente ainsi 363 millions de chiffre d’affaires en 2018/2019, contre 324 millions d’euros au cours de l’exercice précédent. C’est plus d’un tiers du volume d’affaires total de la coopérative. Pour autant, la coopérative voit son résultat net virer au rouge, avec une perte nette de 6,01 millions d'euros, (contre un bénéfice net de 338 000 euros lors de l'exercice 2017/2018).
Des acquisitions pour renforcer le pôle agroalimentaire
Ces dernières années, Arterris a en effet réalisé plusieurs opérations de croissance externe, comme Ovimpex fin 2016 (101,3 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018/2019), puis fin 2017 la reprise de la Conserverie du Languedoc (marque La Belle Chaurienne) et la Conserverie coopérative agricole (marque Les Bories), issues du démantèlement de la Financière Turenne Lafayette. Ces deux dernières sociétés, qui représentent lors du dernier exercice respectivement 26 et 14 millions d’euros de chiffre d’affaires, ont été des prises fécondes dans leur capacité à générer un Ebitda bienvenu, face aux contre-performances du pôle agricole.
« Nous devons aujourd’hui consolider les acquisitions et accompagner les marques dans leur déploiement », indique Leïla Veillon, directrice marketing des marques agroalimentaire de la coopérative. Signe de cette nécessité de structurer et d’organiser l’ensemble des nouvelles activités gastronomiques, son poste a été créé en septembre 2019, et sa titulaire siège au comité exécutif d’Arterris. Depuis l’arrivée de cette ancienne de Comtesse du Barry et de Delpeyrat, la direction marketing s’est organisée en quatre pôles : la Belle Chaurienne (gastronomie), les marques du terroir, les circuits de distribution et les cadeaux (paniers de fin d’année, cadeaux d’entreprise).
« La gestion des marques des produits alimentaires est un facteur capital pour créer de la valeur », déclare Jacques Logie, directeur général d’Arterris et de son pôle agroalimentaire, dans le rapport annuel de la coopérative. Selon lui, si Arterris maîtrise la production et les filières, il faut désormais compléter cela avec un savoir-faire marketing. « C’est la différence entre être sous-traitant et porter des marques afin de générer plus de résultat », poursuit-il.
Créer une marque alimentaire de toutes pièces
Première illustration de cette stratégie de marques : De Vous à nous », une création du service marketing d’Arterris, dévoilée le 23 janvier. « De Vous à nous permet de valoriser la dimension locale des productions qui sont issues exclusivement des adhérents de la coopérative », souligne Leïla Veillon. La gamme d’épicerie sèche propose du riz long étuvé et du riz blanc cultivé en Camargue par 50 riziculteurs adhérents, des lentilles de la plaine du Lauragais et des pâtes (penne rigate et fusilli) fabriquées par un sous-traitant en France à partir de blé dur dont Arterris s’est fait une spécialité en tant que premier collecteur en France de cette céréale. Arterris se refuse pour l’instant à se fixer des objectifs à court terme pour sa nouvelle marque, avouant toutefois viser 1 million d’euros de chiffre d’affaires en 2021. « C’est un test que nous menons à l’échelle de nos magasins régionaux Fermiers occitans, Larroque et Gamm Vert, mais nous comptons aller plus loin », poursuit-elle. De nouvelles références pourraient rejoindre la marque d’ici la fin de l’année, notamment en creusant le sillon des légumineuses dont la demande est en croissance. La distribution à l’échelle nationale est aussi envisagée, par exemple en GMS. L’avenir dépendra aussi des adhérents et de leur volonté de se consacrer à des cultures nouvelles ou produites pour l’instant à petite échelle.
La politique offensive de croissance externe a marqué le pas en 2018/2019 avec un montant de 6,9 millions d’euros au cours de l’exercice, sur un total de 13,5 millions d’euros d’investissements (contre 32 millions d’euros un an avant), ceci pour "contrebalancer la baisse de l’Ebitda et contenir notre niveau de dette financière nette", est-il souligné dans le rapport annuel. L’heure est à la consolidation de l’édifice. Les filières font partie de ce projet. « Nous allons continuer à développer de nouvelles filières porteuses d’avenir pour nos agriculteurs », explique Jacques Logie. Les légumes secs et le maraîchage en particulier.
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Arterris en 2018/2019 : chiffres clés
- chiffre d’affaires : 998,4 M€ (1003,3 M€ en 2017/2018)
- Ebitda : 17,4 M€ (24,3 M€ en 2017/2018)
- Résutat net : -6,013 M€ (338 000 € en 2017/2018)
- dette financière nette : 47,3 M€ (69,6 M€ en 2017/2018)
- fonds propres : 195,5 M€ (203,6 M€ en 2017/2018)
- investissements : 13,5 M€ (32 M€ en 2017/2018)
(source Arterris)