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Betterave : sécurisée par l'arrêté « néonicotinoïdes », la sole à -5 %

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Le retour des néonicotinoïdes, acquis via un arrêté au Journal officiel le 6 février, préserve les surfaces de betteraves en 2021, d’après les estimations du secteur. Autre bonne nouvelle, l’indemnisation des producteurs touchés par la jaunisse doit démarrer en mars. Seule ombre au tableau, l'arrêté laisse encore un flou sur la place du maïs et du colza dans les rotations, ce qui inquiète la filière oléagineuse.

« L’objectif de sauvegarde de la filière va être atteint », selon le ministère de l’Agriculture : « les professionnels ont annoncé des prévisions de sole betteravière 2021 dont l’évolution reste similaire à celles connues depuis 2018, garantissant ainsi la pérennité de la filière sur le territoire national en 2021 », a-t-il souligné dans un communiqué le 5 février.

À l’issue d’une réunion avec la filière betterave-sucre, le cabinet de Julien Denormandie a assuré lors d’un briefing à la presse que les estimations de surfaces sont de -5 % par rapport à l’an passé. Une nouvelle « rassurante » alors que les premières prévisions tablaient sur un risque de baisse d’assolement de l’ordre de 20 à 25 % pour la betterave. Le ministère rappelle l’impact de la crise de la jaunisse, qui a fragilisé l’ensemble du secteur sucrier engendrant le « risque d’un abandon massif » de la betterave en 2021 par les agriculteurs.

Une indemnisation de la jaunisse à partir de mars

Par ailleurs, le ministère annonce que les indemnisations promises dans le cadre de la crise de la jaunisse seront mises en œuvre à partir de mars 2021 « pour les agriculteurs ayant subi des pertes importantes ». Une différenciation sera faite selon que les producteurs étaient assurés ou non car une « double indemnisation ne saurait exister ». Dans un communiqué du 5 février, la CGB (planteurs) « se félicite de la mise en œuvre prochaine du dispositif d’indemnisation », lequel prévoit le déclenchement d’une indemnisation pour des pertes supérieures à 30 % du rendement historique pour les exploitations bénéficiant d’une assurance climatique et 35 % pour les exploitations non assurées. « Cette indemnisation permettra de répondre pour partie aux difficultés économiques rencontrées par les betteraviers », d’après le syndicat.

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L’arrêté autorisant les semences enrobées aux néonicotinoïdes pour la culture de betteraves sucrières a été publié au Journal officiel du 6 février. Seront ainsi autorisées dès le 7 février et pour une durée de 120 jours « la mise sur le marché et l’utilisation de semences de betteraves sucrières traitées avec des produits phytopharmaceutiques contenant les substances actives imidaclopride ou thiamethoxam ». L’arrêté précise les successions culturales possibles pour les trois années suivant la culture de betteraves dont les semences ont été traités aux néonicotinoïdes. Avoine, blé, choux, cultures fourragères non attractives, cultures légumières non attractives, endive, semences de fétuque, moha, oignon, orge, ray-grass, seigle pourront être semés dès 2022 quand il faudra attendre 2023 pour implanter du chanvre, du maïs, du pavot ou des pommes de terre et 2024 pour le colza, les cultures fourragères mellifères, les cultures légumières mellifères, la féverole, le lin fibre, la luzerne, la moutarde tardive, la phacélie, le pois, le radis, le tournesol, le trèfle, ou encore la vesce.

Mesures d’atténuation et de compensation

Le nouvel arrêté détaille également les mesures d’atténuation et de compensation pour le maïs et le colza : leur « mise en œuvre peut permettre d’anticiper le semis, la plantation ou la replantation » de cultures postérieures à la betterave, « sous réserve d’assurer un niveau équivalent de protection des pollinisateurs et de la biodiversité ». Concernant le maïs, il s’agit de l’utilisation, sur une largeur définie, de semences non traitées sur le pourtour des parcelles traitées avec des néonicotinoïdes ; l’implantation de surfaces mellifères à raison de 2 % des surfaces traitées. Pour le colza, c’est l’implantation d’un mélange composé d’au moins 50 % d’une variété précoce à floraison de type Es Alicia, sur au moins 10 % de la sole de colza de l’exploitation concernée et sur laquelle n’ont pas été cultivées des betteraves traitées au cours des trois années précédentes. Les modalités d’anticipation concernant ces mesures doivent encore être précisées par un nouvel arrêté après « avis de l’Anses confirmant le niveau de protection ».

La CGB se félicite de la parution de l’arrêté, mais « déplore les fortes restrictions imposées sur les cultures suivantes qui impacteront les bonnes pratiques agronomiques ». « Cette dérogation était très attendue par les betteraviers qui en avaient un besoin impérieux pour protéger leurs betteraves et maintenir leurs surfaces », déclare le président Franck Sander, cité dans le communiqué. De leur côté, la Fop (producteurs d’oléoprotéagineux, FNSEA) et Terres Inovia (institut technique) ont souligné le 9 février que le colza, « première grande culture mellifère », est « essentiel » dans l’assolement. La place de l’oléagineux, « dans l’apiculture comme dans le système de culture de l’exploitation », est telle qu’il faut « permettre la culture de colza en année N + 2, après une betterave » enrobée, affirme dans un communiqué commun le président de Terres Inovia Gilles Robillard. Appelant à « consolider l’avancée obtenue », le président de la Fop Arnaud Rousseau déclare : « Toutes les filières, qu’elles soient agricoles ou apicoles, doivent agir de concert » pour cela. Le colza est « la première grande culture mellifère française en termes de surfaces », représentant 9 % de la production nationale de miel, d’après le communiqué.

Un arrêté précise les successions culturales possibles