L’Agence bio confirme la reprise de la consommation et le recul de la capacité de production française en 2025, tout en notant un début de redémarrage dans certaines filières début 2026. Des premiers signes encore trop fragiles aux yeux de l’amont.
Lors d’une conférence de presse le 16 juin, l’Agence bio a confirmé le recul de 1,1 % des surfaces bio en 2025, à 2,69 Mha (-30 737 ha). Un niveau en ligne avec la baisse pressentie en début d’année, alors que l’Agence ne disposait pas encore des chiffres consolidés transmis par les certificateurs. Malgré cette troisième année de baisse consécutive, la surface en bio « se maintient à 10 % de la surface agricole française ». Pour la première fois, le nombre d’exploitations engagées en bio diminue lui aussi, de 1,3 %, à 61 159 fermes ; un rythme toutefois moins appuyé que l’ensemble de la ferme France (-3,6 %). Les fermes bio représentent 17 % des exploitations françaises, une part en légère progression. Quant aux entreprises de l’aval (y compris distribution), elles connaissent un recul comparable à l’amont (-1,6 %, à 24 679 entreprises), selon les données de l’Agence bio.
Des signaux plus récents dessinent un rebond à venir dans les prochains mois. En 2025, les surfaces en première année de conversion repartent à la hausse en grandes cultures (+ 24 %) et en légumes frais (+ 44 %). Des signaux à interpréter avec prudence, selon Laurence Hohn, directrice adjointe de l’Agence : « La surface totale en conversion n’a pas augmenté en 2025 par rapport à 2024, on observe juste une moindre baisse ». Pour cette année, les dernières déclarations Pac, réalisées en mai, font apparaître que « de nouvelles fermes s’engagent dans la conversion », observe le président de l’Agence bio, Bruno Martel, qui se dit « optimiste pour des filières qui avaient baissé en 2025 », comme le lait ou les bovins viande.
Reprise confirmée de la demande
Quant à la consommation, sa reprise est confirmée, dans tous les circuits de distribution, avec une croissance de 3,6 % en un an (à 12,6 Md€), largement supérieure à celle du marché alimentaire global (+ 2 %). Une croissance dont les deux tiers (en valeur) sont à mettre au crédit des magasins spécialisés, lesquels comptent pour 30 % du total. Débouché majoritaire (46 % de la consommation), la grande distribution progresse plus timidement (+ 1,2 %) ; une première hausse depuis 2021. La restauration commerciale connaît un niveau de croissance comparable, quand la restauration collective affiche une performance notable (+ 6,9 %). Malgré « un léger effet prix », la consommation des produits bio est surtout « tirée par l’augmentation des volumes », analyse Bruno Martel. Selon lui, le ralentissement de l’inflation en 2025 a joué en leur faveur. Avec un corollaire loin d’être rassurant : le bilan 2026 reste plus qu’incertain, au vu des aléas géopolitiques.
Le même jour, plusieurs organisations de l’amont ont réagi, faisant part de leurs inquiétudes. Dans un communiqué de presse, la Fnab (producteurs) estime que « la bio française [est] menacée à moyen terme ». « Si pour le moment le taux d’importations de produits bio n’augmente pas, il faut que la reprise du marché se fasse au profit des filières françaises », prévient le syndicat. Et de souligner que « l’incitation économique à produire en bio n’a jamais été aussi faible », car les trois piliers économiques de la bio « se sont dégradés » depuis 2022 : réduction des charges, prix « plus rémunérateurs qu’en conventionnel » et aides « incitatives ». La Fnab rappelle trois de ses demandes pour pérenniser le secteur : augmenter l’éco-régime bio avec les reliquats de l’aide à la conversion non utilisés ; maintenir le financement des campagnes de communication ; et « une vraie application d’Egalim dans les filières biologiques ».
Tensions en œufs, beurre et viande bovine
De son côté, Forebio alerte, dans un communiqué, sur le risque d’une « crise structurelle » pour la bio. « La France a perdu durablement du potentiel de production bio », déplore la fédération, qui regroupe 18 organisations de producteurs 100 % bio. « Après trois années de manque de débouchés, certaines filières 100 % bio craignent désormais de devoir gérer, à court ou moyen terme, un manque de volumes », avec des « tensions » sur l’approvisionnement « en œufs, beurre et viande bovine ».
Malgré la reprise de la consommation, le vice-président de Forebio Clément Aribaud estime que « les frémissements de reprise du marché ne suffiront pas ». Face à la « bombe à retardement démographique », il appelle à « un vrai rebond de la consommation pour redonner confiance aux producteurs et rendre la bio encore plus attractive ». Afin de « sécuriser l’avenir des filières bio », Forebio avance des propositions dans cinq thèmes : installation (prioriser la bio) ; rémunération des services environnementaux ; structuration des filières ; rémunération juste ; dynamiser la consommation.
YG