C'est le branle-bas de combat dans toutes les instances internationales pour faire face au « tsunami silencieux » que constitue la crise alimentaire mondiale. La prise de conscience n'est pas principalement chez nous : c'est le Japon qui parle de saisir le G8 et l'OMC de la question ; c'est à Londres que le Premier ministre britannique accueille lors d'un mini-sommet les responsables du Programme alimentaire mondial (PAM) ; à Strasbourg, le Parlement européen a entamé un débat exceptionnel sur l'aide au développement ; dans les enceintes de la FAO, bien sûr, mais aussi de la Cnuced, de la Banque Mondiale et du FMI, les déclarations se multiplient.
L'urgence est telle que chacun annonce des déblocages de fonds. Le PAM a besoin de près de 500 millions d'euros supplémentaires pour faire face à une inflation des prix alimentaires de 55 % en neuf mois. La Commission européenne rallonge de 117 M EUR son aide alimentaire, la France entend donner l'exemple et donne un coup de pouce de 60 millions.
Mais à ces actions immédiates doit s'ajouter un nouvel engagement de la communauté internationale sur le moyen terme. Et là il est difficile de ne pas remettre en cause les choix du passé, ceux de la Pac qui sont devenus malthusiens et ceux de la Banque Mondiale qui a trop privilégié l'investissement dans d'autres secteurs que l'agriculture. Mais les débats seront rudes car dès que la France, par la voix de Michel Barnier, prône une politique de croissance de la production, de réorientation de l'aide au développement et de fermeté à l'OMC, Peter Mandelson et Pascal Lamy sortent déjà leurs griffes. La conclusion rapide du cycle de Doha rentre dans les possibles mais pas forcément dans le souhaitable.