Abonné

Budget 2027 : ce qu’il faut retenir pour l’agriculture

- - 6 min

Le gouvernement propose de baisser légèrement l’enveloppe du ministère de l’Agriculture en 2027, tout comme les budgets agricoles alloués aux régions. Deux nouvelles taxes sont mises sur la table : l’une pour favoriser les carburants aéronautiques durables, l’autre pour baisser la consommation de sucres ajoutés et additifs.

Le projet de budget de 2027 présenté le 1er octobre entend mettre à contribution les Français, notamment les retraités, et les entreprises pour tenir un déficit public à 5 %. Du côté des dépenses, les Armées verront leur budget augmenter de 6,4 Md€, pour porter la mission « Défense » à 63,4 Md€ en 2027. De même, les budgets de la Justice et de l’Intérieur bénéficieront respectivement de + 0,4 Md€ et + 1,0 Md€.

Ce ne sera pas le cas de l’Agriculture, malgré la sécheresse et les canicules qu’a traversées la Ferme France en 2026.

Un budget en légère baisse proposé pour 2027

En ajoutant crédits budgétaires et taxe affectées, le budget du ministère de l’Agriculture proposé dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 sera de 3,94 milliards d’euros, contre 4 Md€ l’an passé. En crédits de paiements, il passe de 3,5 Md€ à 3,3 Md€. Cette légère baisse intervient après deux ans de baisse, qui suivaient une forte hausse, de plus de 1 Md€ pour le budget 2024, à 5,37 Md€ d’autorisations d’engagements. Comme annoncé par M. Lecornu à la rentrée, le budget prévoit un « suramortissement » des investissements pour les « projets d’avenir » entre 2027 et 2030. Selon l’AFP, le « TO-DE » (travailleurs saisonniers) passe de 449 M à « près de 600 M€ ». Le FNGRA (gestion des risques) est « renforcé » de 100 M€ (hausse de la taxe affectée et subvention), retrouvant son niveau de 2025.

Le budget de l’Inao (origine et qualité) est augmenté (subvention et taxe rehaussées), tout comme celui de l’ASP (agence de service et de paiement), de 18 M€. Selon l’AFP, la mission « sécurité et qualité sanitaires de l’alimentation » perd une centaine de millions d’euros, mais 4 M€ de nouveaux crédits sont consacrés au suivi des PFAS dans l’alimentation, et les moyens de l’Anses sont rehaussés.

Le gouvernement veut retirer 100 M€ aux régions

La coupe la plus franche concerne en fait les régions. Dans le cadre du Comité des finances locales, le 30 septembre, le gouvernement a annoncé qu’il proposera, dans son PLF, que soit supprimée la dotation annuelle de 100 millions d’euros (M€) que l’État verse aux conseils régionaux depuis 2023 pour les aider à cofinancer les aides à l’investissement et à l’installation. Dans le cadre de la programmation Pac 2022-2027, le gouvernement avait décidé de confier la pleine gestion des aides non-surfaciques aux régions, et de transférer les budgets afférents d’aide d’État (100 M€) et de personnel (385 équivalents temps-plein). Depuis, les conseils régionaux gèrent environ 700 M€ d’aides Feader chaque année, qu’elles cofinancent pour un montant situé autour de 400 à 500 M€.

Régions de France dénonce dans un communiqué un « choix incompréhensible » qui va « pénaliser directement la profession agricole ». Les régions espèrent que les débats parlementaires permettront d’effacer cette mesure du PLF. Si elle est maintenue, cette coupe – dont un projet de ventilation a été présenté aux régions – irait de 594 000 € pour la Guyane à 17,09 M€ pour l’Auvergne-Rhône Alpes. Dans un communiqué, l’Occitanie indique que la coupe de 15 M€ la concernant menace le cofinancement de 30 M€ de fonds européens.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Une taxe sur les sucres ajoutés et les additifs

Côté recette, peu de changements, mais notables. Comme attendu, le gouvernement instaure une nouvelle taxe sur les produits « transformés, emballés », contenant des sucres ajoutés et des additifs, pour lutter contre l’obésité et la progression des maladies chroniques. Le barème de cette taxe sera « croissant selon la teneur en sucres ». Serge Papin, longtemps dirigeant du groupement de distribution Système U avant d’entrer au gouvernement en octobre 2025, a argué la veille sur LCI d’un « enjeu » sanitaire, car « il y a trop d’obésité » et de « diabète » : « Aujourd’hui, un gamin de 9 ans a mangé autant de sucres […] que son grand-père qui a vécu toute une vie », a illustré le ministre.

Selon Les Echos, le gouvernement en attendrait 200 millions d’euros de recettes, montant déjà avancé par des députés dans des amendements déposés à l’automne 2025. Le gouvernement s’était alors opposé à une telle taxe après l’adoption en commission à l’Assemblée d’un amendement de députés du camp présidentiel taxant de 4 à 35 euros par quintal les produits transformés sucrés. La ministre de la Santé Stéphanie Rist avait rendu un avis défavorable, considérant que d’autres leviers pouvaient permettre d’atteindre les objectifs sanitaires, comme des accords avec les industriels.

Une taxe kérosène pour les carburants aéronautiques durables

Une taxe frappant les fournisseurs de kérosène est aussi prévue dans le PLF, afin de financer le développement de projets dans les carburants durables (non fossiles) pour l’aviation. Cette « contribution » est prévue parmi les mesures de « renforcement des incitations environnementales dans le secteur des transports ». Elle concernerait les fournisseurs de carburants sur « le territoire métropolitain », et serait calculée « au prorata des volumes de kérosène fossile mis à la consommation », précise le texte.

La France tâche de se conformer à ses obligations européennes, qui prévoient la montée d’une offre de carburants d’aviation non fossiles, actuellement difficiles à trouver. Le règlement européen RefuelEU Aviation prévoit ainsi une part de carburants non fossiles de 6 % minimum à partir de 2030 dans les réservoirs des avions décollant depuis l’UE, contre 2 % aujourd’hui. La « contribution » est prévue pour financer un système permettant aux compagnies aériennes de se fournir, elles qui sont très critiques face aux prix très élevés et au peu de disponibilité de tels carburants non fossiles.

MR