Depuis les accords Sarkozy (en 2004 !), la méthode est toujours la même : tous les ténors de la chaîne alimentaire sont convoqués pour parapher avec l’Etat une paix des braves qui, comme d’autres, sera vite tenue pour chiffon de papier. Les organisations signataires ne sont même pas toutes concernées par le sujet traité : ainsi la Fnsea, naguère, pour traiter des marges arrière ou des plans d’affaires que doivent nouer les industriels de produits de grande consommation avec les enseignes, et aujourd’hui le représentant de l’Ania quand on aborde les marges de la distribution sur les fruits et légumes frais en cas de crise de surproduction. En revanche, les consommateurs peuvent s’indigner de n’avoir pas été de la fête… En tout cas, l’ampleur de la crise agricole ne mérite-t-elle pas mieux qu’un accord de modération sur les seuls fruits et légumes ? Et est-ce même une réponse à l’opinion à qui l’UFC, par exemple, ressert à l’envi que le lait, la volaille, le porc ou le bœuf n’ont cessé d’augmenter dans les rayons depuis que ces produits sont en baisse au stade producteur ?
On pressent l’émotion de quelque parlementaire qui tentera, lors du débat sur le projet de loi de modernisation agricole, d’imposer un coefficient multiplicateur à tous ces produits peu transformés. Le gouvernement lui-même va amender son texte sur les bases de l’accord du 17 mai et, poussant le bouchon plus loin, il annonce un amendement rendant obligatoire la mention d’origine : pour inciter le consommateur à privilégier l’agriculture nationale, les étiquettes de tous les produits comprendront obligatoirement une information sur leur provenance française dès lors que plus de 50% des ingrédients seront issus du territoire. Un beau casse-tête pour les fabricants de charcuterie ou de plats cuisinés, entre autres !