Les prix des grains ont connu une forte volatilité cette semaine sur Euronext et Chicago. Des espoirs d’accalmie en mer Noire et au Moyen-Orient ont pesé sur les cours, mais la situation logistique reste difficile. D’importantes ventes techniques sont survenues.
Après avoir connu un plus haut depuis deux ans et plus, atteignant respectivement 244,25 €/t et 259 €/t en spot sur Euronext le 22 juillet, les prix du blé tendre et du maïs ont chuté par la suite, tombant à respectivement 227,75 €/t et 251 €/t le 28 juillet. Une des raisons essentielles : des rumeurs datant du 24 juillet ont fait état de possibles négociations entre l’Ukraine et la Russie au sujet de la reprise du trafic maritime des grains via la mer Noire et la mer d’Azov. Mais selon divers analystes privés, les blocages logistiques y persistent. Autre élément baissier : de bonnes récoltes sont attendues dans plusieurs pays importateurs.
Retour sur une semaine agitée.
Importantes ventes techniques à Chicago
De manière assez surprenante, des rumeurs de possibles négociations entre les deux protagonistes auraient suffi à faire refluer les prix massivement ces derniers jours. Le 27 juillet, le cabinet d’analyse Argus Media (ex-Agritel) rapportait d’importantes ventes techniques de la part des fonds sur les contrats à terme adossés aux grains à Chicago lors de la séance du 24 juillet, se répercutant sur les contrats à terme européens.
De traditionnelles prises de profits de fin de mois, après la nette hausse observée des cours quelques jours auparavant, sont également évoquées comme autre source potentielle de repli des valeurs, a expliqué à l’AFP Sébastien Poncelet, analyste d’Argus Media.
Mais la situation réelle en mer Noire ne s’est guère améliorée sur le terrain, ajoute le cabinet d’analyse. Matt Ammermann, analyste du cabinet StoneX, confirme à Agra Presse les informations d’Argus Media. Il pointe le fait, que, en plus d’être une possible « fake news », la proposition de négociation viendrait de l’Ukraine, faisant que les chances que « la Russie l’accepte sont donc de toute façon faibles ».
Le 28 juillet, le média Reuters (article payant) a rapporté que la Russie avait attaqué des navires dans la mer Noire ainsi que le port de Mykolaiv, autre porte de sortie des grains ukrainiens. « Les tensions géopolitiques et les blocages logistiques persistent donc », indique Argus Media dans sa note du 29 juillet.
Au Moyen-Orient, après une accalmie depuis le 24 juillet, les combats ont repris le 28 juillet, douchant là aussi les espoirs d’accalmie. Les cours du pétrole avaient fortement reculé, mais ont rebondi. Les prix de l’énergie influencent naturellement le niveau des cours des engrais et donc ceux des matières premières agricoles.
L’Inde a ouvert des quotas d’exportation en mai
Mais de bonnes récoltes sont attendues dans certains pays importateurs, participant à la baisse des valeurs. « Le Maroc a prolongé sa taxe à l’importation du blé. En Turquie la récolte va être magnifique », indique à l’AFP Damien Vercambre, courtier d’Inter-Courtage. L’Inde a, de son côté, ouvert des quotas d’exportation en mai. Le courtier ajoute qu’une fois que le « problème logistique » de la mer Noire sera réglé, la Russie et l’Ukraine auront beaucoup de marchandises à écouler, risquant une nouvelle détente des cours.
Reste à savoir si les blocages logistiques persisteront encore, que ce soit en zone mer Noire ou au niveau du détroit d’Ormuz. Nul doute que si la situation s’éternise voire empire, les prix remonteront, et inversement si les choses s’améliorent.
Dans leurs derniers rapports de juillet, le CIC (Conseil international des céréales) et l’USDA tablaient sur des disponibilités mondiales de grains en baisse entre 2025-2026 et 2026-2027, mais qui resteraient confortables. Il s’agira néanmoins de suivre l’état des cultures dans divers bassins de production, notamment la situation du maïs aux USA.
Récolte magnifique en Turquie, rapporte Damien Vercambre d’Intercourtage à l’AFP
KC