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Charcuterie et nitrites : une trajectoire sur cinq ans

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Huit mois après la parution du rapport de l’Anses, le gouvernement vient de présenter son plan d’action pour réduire les additifs nitrités dans les charcuteries.

Drôle de calendrier. C’est par un simple communiqué, envoyé en soirée, la veille de l’examen d’une proposition de loi de l’opposition portant sur ce même sujet, que le gouvernement a décidé de dévoiler son plan sur les additifs nitrités dans la charcuterie. Cela fait pourtant de nombreux mois que l’Anses avait fait paraître son rapport sur le sujet. En juillet dernier, l’agence avait préconisé, face aux risques de cancers, « de réduire l’exposition de la population aux nitrates et nitrites par des mesures volontaristes en limitant l’exposition par voie alimentaire ». Depuis, le gouvernement se faisait attendre.

Avec son « plan d’action », le gouvernement propose une « trajectoire de baisse de l’utilisation des nitrites et nitrates dans les produits de la charcuterie ». Ce plan construit en trois étapes modifie progressivement les teneurs maximales de nitrites ajoutés, avec des seuils et des trajectoires différents selon les charcuteries. La première échéance se situe à fin avril, avec par exemple une baisse de 25 % dans le jambon cuit et de 33 % pour la chipolata. Ces taux seront mis en œuvre par « la mise à jour et la publication, sous une semaine, du Code des usages de la charcuterie », précise un communiqué commun de la Fict (charcutiers industriels) et de la CNCT (charcutiers-traiteurs). La seconde échéance intervient dans 6 à 12 mois, avec une baisse de 33 % pour le jambon cuit, et 100 % pour la chipolata. Ce délai « doit permettre d’évaluer la faisabilité théorique » des seuils avancés.

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À cinq ans, c’est une « fourchette » de réduction qui est proposée. Elle va jusqu’à la suppression des additifs nitrités (sauf pour les saucisses cuites). À long terme, le gouvernement promet de « supprimer […] là où c’est possible », mais il estime qu'« à l’heure actuelle, aucune solution de remplacement des additifs nitrés ne permet de gérer simultanément les différents risques de façon satisfaisante » (microbiologique, cancérogène, « maintien des caractéristiques organoleptiques »). Pour parvenir à supprimer complètement ces additifs, le gouvernement promet un nouveau « plan de recherche et d’innovation », sans préciser d’enveloppe budgétaire. Il doit être « mis en œuvre dès 2023 ». Des jambons cuits sans nitrites sont pourtant commercialisés en France depuis plusieurs années, par Cooperl par exemple (voir ici).

« Frilosité »

Dans un communiqué paru le 28 mars, Foodwatch, Yuka et la Ligue contre le cancer dénoncent « la frilosité » du plan, qui « ne contient pas d’engagements assez forts pour la suppression de ces additifs et repose sur les engagements volontaires de l’industrie ». À l’Assemblée débutait justement le 28 mars l’examen de la proposition de loi LFI « Bien manger ». Le texte vise plus directement à interdire les additifs nitrités, à horizon 2024 pour la charcuterie « non traitée thermiquement » et 2025 pour celle qui l’est. Il a été vidé de son contenu en commission.

Des trajectoires différentes selon les produits