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Distribution/Alliance Contre-offensive de Casino suite aux hostilités lancées par Carrefour au Brésil

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Carrefour et Casino ferraillent toujours autour de leurs activités au Brésil et ils se sont affrontés ces jours-ci par communiqués interposés, le premier démentant toute hostilité et le deuxième dénonçant « des discussions secrètes » depuis des mois. Le schéma conçu par Carrefour et le groupe Diniz pouvant déboucher sur une entrée en force des intérêts brésiliens dans le capital de Carrefour (devant même le fonds américain Colony Capital et Groupe Arnault), maintes questions commencent à se poser plus ou moins ouvertement dans l’agroalimentaire français. D’où l’analyse que nous publions ci-après.

Les groupes Carrefour et Casino, qui se disputent le contrôle du brésilien CBD Pao de Açucar (1), ont continué cette semaine de s’affronter par communiqués interposés, le premier démentant toute hostilité et le deuxième dénonçant « des discussions secrètes » depuis des mois. Les accords – publics – liant Casino et le groupe brésilien Diniz, relatifs à la société CBD et la holding de contrôle Wilkes ne contiennent à notre connaissance aucune stipulation interdisant des discussions ou des négociations et Casino à ce jour n’a invoqué aucune clause spécifique au soutien de ses informations» , selon Carrefour. Carrefour a également assuré ne pas avoir « d’intention hostile à l’encontre de Casino », une affirmation récusée peu après par son concurrent.
Quant à Abilio Diniz, pour l’heure associé de Casino au sein de CDB Pao de Açucar, il s’est dit persuadé qu’il réussira à convaincre le groupe stéphanois du bien fondé de l’opération.
Bien que Casino ait déjà lancé plusieurs procédures contre lui pour tenter de faire respecter le pacte d’actionnaires qui les lie, il « ne croit pas que Jean-Charles Naouri ira contre ce projet, qui est bon pour tout le monde », a déclaré Abilio Diniz au Figaro.
« Le caractère hostile de l’attitude de Carrefour est établi par le fait que Carrefour conduit depuis des mois des discussions secrètes qui visent à s’approprier le contrôle de la société brésilienne CBD », a indiqué le groupe Casino, qui détient 43,1% de CBD, dans un communiqué. « Si Carrefour n’avait pas eu d’intention hostile », il l’aurait « à l’évidence informé de son projet Casino, en sa qualité de premier actionnaire de CBD exerçant le co-contrôle de cette société », fait-il valoir. Pour étayer le caractère selon lui illicite de discussions menées par Carrefour, Casino invoque des extraits, non pas du pacte d’actionnaires qui le lie au groupe brésilien Diniz, mais d’une ordonnance du président du tribunal de commerce de Nanterre du 24 juin 2011. « Carrefour, déjà présent au Brésil depuis des années, connaissait les liens entre Casino et le groupe Diniz et savait qu’ils supposaient une loyauté réciproque », cite ainsi Casino. La direction de « Carrefour était susceptible en entreprenant des négociations qui pouvaient la rendre complice d’une éventuelle violation d’accords contractuels dont elle avait parfaitement connaissance d’engager sa responsabilité délictuelle à l’égard de Casino », ajoute le groupe, citant toujours l’ordonnance.
La proposition, jugée hostile et illégale par Casino, mais approuvée désormais, après plusieurs réunions, par une majorité au sein du conseil d’administration de Carrefour, est de créer une coentreprise entre ses propres activités brésiliennes et le numéro un local de la distribution CBD Pao de Açucar, sous réserve de l’approbation de ce dernier.
Casino a réagi aussi en lançant le même jour devant la Chambre de commerce internationale (CCI) une seconde procédure d’arbitrage à l’encontre de Diniz, afin de faire respecter leur pacte d’actionnaires. Le PDG de Casino Jean-Charles Naouri a même pris l’avion pour le Brésil, où il a rencontré à huis clos le président de la banque publique brésilienne BNDES, Luciano Coutinho.
Cette banque, l’équivalent de la Caisse des dépôts en France a un rôle clé dans l’opération mais elle dit qu’elle n’apportera son soutien au projet de fusion que si celle-ci est « amicale », a déclaré à l’AFP une source proche des négociations. Rappelons que la BNDES devait apporter jusqu’à 2 milliards d’euros à la fusion des actifs brésiliens de Carrefour et CBD.
Par ailleurs, le cabinet de conseil aux actionnaires Deminor vient d’accuser Carrefour « de ne pas avoir informé le marché de l’existence de discussions avancées avec le groupe Diniz » au Brésil, et a demandé à l’AMF d’enquêter.

(1) Cf Agra alimentation n° 2162 du 30.06.2011 p.24