La publication des résultats annuels de Danone a été plutôt bien accueillie par les investisseurs. Même si quelques difficultés subsistent et si les prévisions pour 2016 restent très prudentes, ces chiffres témoignent de plusieurs éléments positifs et notamment le redressement des marges sous pression depuis 2011, grâce à l'amélioration dans les produits laitiers frais.
Supérieurs aux attentes, les résultats 2015 Danone ont révélé des éléments encourageants, dans les produits laitiers frais notamment. Ces chiffres qui s'inscrivent parfaitement dans l'agenda xé à l'horizon 2020 par les dirigeants visant à générer une croissance forte, rentable et durable, sont « le re et de deux réalités », selon Emmanuel Faber, à la tête de l'entreprise depuis 18 mois, « trois métiers sur quatre ont délivré une croissance organique supérieure à 7 % et les produits laitiers frais ont retrouvé une croissance positive sur le deuxième semestre ». Les chiffres 2015 marquent surtout « une amélioration des marges, sous pression depuis 2011 », a encore souligné ce dernier.
De fait, le groupe a annoncé pour 2015 une croissance de ses ventes de 4,4 % à données comparables à 22,41 milliards d'euros et un résultat opérationnel courant de 2,89 milliards d'euros en hausse de 8,7% en données publiées et de 5,7% en données comparables. La marge opérationnelle courante s'inscrit donc à 12,9%, contre 12,6% en 2014, soit une amélioration de 17 points de base en comparables. Le béné ce net est quant à lui en progression de 7,4 % en comparables, à 1,28 milliard d'euros. Fort de ces bons résultats, il sera proposé à l'assemblée le versement d'un dividende de 1,60 euro (+6,7%). En n, la dette nette est stable par rapport à 2014 et s'établit à 7 799 millions d'euros au 31 décembre 2015.
DU MIEUX DANS LES PLF
Par pôle d'activité, les produits laitiers frais (PLF), première activité du groupe en termes de chiffre d'affaires, ont donc béné cié d'une accélération de l'activité aux Etats-Unis. Ce marché est considéré comme émergent pour Danone sur les PLF, compte tenu du faible niveau de consommation des Américains. Aux Etats-Unis en effet, la consommation de PLF par personne est comprise entre 7 et 8 kilos en moyenne par an quand elle est de plus de 30 kilos sur les marchés développés. Danone, dont les ventes ont con rmé le retour à la croissance sur le quatrième trimestre 2015, indique avoir creusé l'écart par rapport au numéro deux en s'appuyant sur des nouveautés. Sur le segment de la gamme enfant, il a même le leadership depuis octobre grâce à l'extension de sa gamme. À noter qu'au global, le groupe consacre 9 % de son chiffre d'affaires en frais de recherche et développement.
La tendance observée au dernier trimestre de 2015 sur les PLF « devrait faire des Etats-Unis et plus généralement de l'Amérique du Nord un vrai moteur de croissance en 2016 », a estimé Emmanuel Faber. En Europe, le groupe poursuit ses efforts afin de renouer avec une croissance rentable, mais la situation reste tendue notamment en Russie qui « reste un sujet d'attention » pour le groupe. Pour autant, si les choses s'améliorent, ce pôle d'activité n'a enregistré qu'une croissance de 0,6 % de ses ventes en comparables en 2015 et sa marge, bien qu'elle gagne 24 points de base par rapport à 2014, reste à 9,95 %, soit la plus faible des quatre secteurs de Danone. A terme, la priorité de Danone consiste à continuer à créer de la croissance compte tenu du prix du lait en se concentrant sur les produits à valeur ajoutée.
L'AFRIQUE, AU CŒUR DU DÉVELOPPEMENT
Dans la nutrition infantile, le pôle qui a affiché en 2015 une croissance forte de ses ventes (+6 % en comparables) et la meilleure marge du groupe à 19,32 %, la Chine continue de croître au-delà des estimations des dirigeants, avec des disparités fortes suivant les créneaux de distribution. Enfin, le groupe a bon espoir « dans le cadre du rapprochement de Dumex et Yashili actuellement en cours, de participer à la construction d'une plate-forme de marques locales fortes dans un marché à fort potentiel », ont souligné les dirigeants.
Géographiquement, Emmanuel Faber a confirmé sa volonté de développement en Afrique, en investissant dans ses capacités de production et en renforçant ses réseaux de distribution, comme le groupe l'avait fait en Asie il y a quelques années, afin de saisir les opportunités de croissance. Bien implanté au nord du continent africain, ainsi qu'en Afrique du Sud et en Afrique subsaharienne maintenant avec Fan Milk, Danone veut désormais « construire son développement sur l'Afrique occidentale », a précisé Emmanuel Faber. Cette politique sur ce continent s'est d'ailleurs accompagnée d'un renforcement de certaines de ses participations ces derniers mois, avec notamment une montée en puissance dans Centrale Danone (plus de 95 % du capital) et dans Fan Milk (51 % du capital) avec lequel « des synergies de marques et de portefeuille vont être mises en œuvre », a précisé Emmanuel Faber. Enfin, le 18 février, Danone a annoncé l'acquisition de la société égyptienne Halayeb for Dairy Products and Juice. Cette société spécialisée dans le fromage frais, « un des segments les plus dynamiques de la ca-tégorie des produits laitiers dans ce pays », dispose de capacités industrielles en ordre de marche dans lesquelles Danone va pouvoir placer de nouvelles lignes de produits. Au total, le groupe a réalisé pour 2,5 milliards d'euros d'acquisitions en 2015 tous pays confondus.
PRÉVISIONS PRUDENTES
Pour 2016, les dirigeants partent de l'hypothèse « que le contexte macro-économique restera globalement volatil et incertain, avec des tendances de consommation fragiles voire déflationnistes en Europe, des marchés émergents pénalisés par la volatilité des devises, et enfin des difficultés contextuelles spécifiques dans quelques marchés importants, notamment la CEI, la Chine et le Brésil ». En conséquence, leurs estimations sont prudentes. Danone vise une croissance de son chiffre d'affaires de 3% à 5 % en comparables et une progression « solide de la marge opérationnelle courante ». Une estimation jugée encourageante par Nomura qui rappelle qu'au titre de 2015, Danone n'attendait qu'une « légère » augmentation de la rentabilité opérationnelle. Le bureau d'études table cette année sur une amélioration de la marge de 50 points de base du groupe, soit un peu plus que le consensus (+ 45 points). Le spécialiste qui salue par ailleurs le retour de la croissance des produits laitiers aux Etats-Unis et salue la reprise des marges, estime que Danone est davantage exposé que nombre de ses concurrents à des marchés dont la croissance est plus forte à long terme. De quoi justifier le maintien de sa recommandation à l'achat. Même son de cloche pour le broker Bryan Garnier qui indique percevoir « davantage d'éléments positifs que négatifs » dans ces résultats annuels et même si l'objectif de chiffre d'affaires pour 2016 de Danone est inférieur au consensus qui était à 4% /5% et à sa propre estimation à 4,5%. Bryan Garnier indique enfin que « le titre se traite 19,1 fois le BPA (bénéfice par action) attendu pour 2016 et 17,2 fois celui pour 2017 (sur la base des cours du 22 février 2016), des multiples représentant des décotes de 6% et 9% respectivement par rapport à son groupe de pairs ».
Autant d'annonces qui ont été plébiscitées par les investisseurs. Contrastant avec le reste du marché parisien, le titre Danone a en effet terminé la séance du 23 février sur un gain de 4,04% à 63,37 euros, prenant la tête du CAC 40 qui ne comptait il est vrai que trois valeurs dans le vert et qui a quant à lui terminé la séance sur un recul de 1,40%.
Le géant suisse de l'alimentation a annoncé des résultats pour l'exercice écoulé inférieurs aux attentes, affectés par la vigueur du franc suisse et le rappel des nouilles instantanées Maggi en Inde. En 2015, pour la troisième année consécutive, Nestlé n'a pas atteint son objectif de croissance organique sur le long terme, compris entre 5 et 6 %. Son chiffre d'affaires à 88,8 milliards de francs suisses (CHF), (81,5 Mrd€) affiche une croissance organique de 4,2 %, inférieur même à l'objectif revu à la baisse en octobre dernier pour tenir compte des coûts liés au retrait des rayons de ses nouilles instantanées Maggi. La vigueur du franc suisse a pénalisé le chiffre d'affaires global à hauteur de 7,4% et pesé sur la marge opérationnelle qui a perdu 20 points de base, à 15,1%. Son bénéfice net s'inscrit à 9,1 milliards CHF (8,2 milliards d'euros), en baisse de 39%, là aussi inférieur aux attentes des analystes. Ce repli s'explique par une base de comparaison élevée avec 2014, qui englobait notamment une plus-value exceptionnelle liée à la cession d'une partie de sa participation dans L'Oréal. Il n'empêche, que le conseil d'administration proposera le versement d'un dividende de 2,25 CHF par action (contre 2,20 CHF un an auparavant). Et la prudence reste de mise pour 2016. Le groupe suisse qui fête cette année ses 150 ans ne donne pas de prévisions chiffrées et prévoit néanmoins une croissance organique « en ligne » avec 2015 et une amélioration des marges et du bénéfice par action à taux de change constants. Avec une baisse de près de 4 % le jour de l'annonce des résultats, Nestlé, poids lourd de la Bourse de Zurich, a pesé sur la tendance.