Les résultats de l'Observatoire des négociations commerciales permettent à l'Ania de dresser un premier bilan sur le climat observé dans les box cette année. La Feef, de son côté, veut voir ce qui marche et ce qui peut encore être amélioré.
A peine les négociations commerciales entre fournisseurs et distributeurs achevées, que l'Ania a comme prévu publié le 7 mars les résultats de son premier « Observatoire des négociations commerciales ». Mis en place à l'automne dernier, celui-ci devait veiller au bon déroulement des joutes dans les box. Au final, elle a reçu « pas moins de 327 signalements », note l'Association, adressés par des entreprises de toutes tailles, de tous statuts et de tous secteurs sur des demandes de déflation, sur des demandes indifférenciées de remises, sur des déréférencements de produits en magasin pendant la période des négociations. Un chiffre dont l'Ania tire un enseignement principal : « la guerre des prix entre enseignes de la grande distribution s'intensifie et la spirale déflationniste se poursuit malgré tous les signaux d'alerte sur nos filières agricoles et agroalimentaires ». Des demandes surtout « en totale contradiction avec les engagements pris par les enseignes pour enrayer la guerre des prix avant les négociations commerciales », prend soin de préciser l'Ania et qui concernent toutes les centrales d'achat. « Le système devient fou ! », s'insurge Jean-Philippe Girard, le patron de l'Ania. La FCD, dont le délégué général Jacques Creyssel a vivement réagi tout au long de la semaine précédente aux critiques de l'Ania, « ne communique pas plus avant pour l'instant sur le bilan de ces négociations », nous a indiqué un porte-parole, dans l'attente d'un premier bilan d'ici une dizaine dejours environ.
DES PROGRÈS RESTENT À FAIRE
De son côté, Dominique Amirault, président de la FEEF, loin de vouloir entrer dans la polémique entre fournisseurs et distributeurs, veut au contraire « voir ce qui marche ». Et de rappeler qu' « il faut du temps pour faire évoluer les choses ». La Feef qui a signé des contrats avec les distributeurs (sauf Casino, NDLR), afin de différencier le traitement des PME de celui des multinationales, affirme que « les PME ont bénéficié cette année d'un traitement beaucoup plus différencié que les multinationales avec certaines enseignes. En moyenne, la tendance est positive, mais la différence n'est pas encore assez forte ». Du mieux donc cette année dans les box selon la Feef, pour qui des progrès restent à faire. « Je suis positif, nous sommes sur la bonne "voie, mais nous n'avons pas encore transformé l'essai. Nous allons continuer parce que nous y croyons. Cela mettra du temps, mais nous mettrons toutes les conditions pour que cela réussisse ». La Feef tiendra son séminaire annuel en mars prochain. Elle compte bien à cette occasion faire remonter l'expérience de tous afin « d'en tirer des conclu-sions sur ce qui marche et ce qui reste à améliorer ou que l'on peut rectifier », explique encore Dominique Amirault. Quant à modifier la loi, ce dernier préconise avant tout un contrôle de l'application des lois. « On fait des lois, mais personne ne vérifie ce qui sepasse » s'alarme-t-il
La DGCCRF a doublé ses contrôles
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Dans un contexte de tension accrue par la crise agricole, les contrôles menés par la DRCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), durant les négociations commerciales pour s'assurer que les conditions étaient réunies « ont plus que doublé par rapport à 2014 ». C'est ce qu'a indiqué Nathalie Homobono, sa directrice générale lors de la présentation de son bilan 2015, le 7 mars. « L'objectif est de prévenir les abus de puissances d'achats pour préserver la qualité de la relation et inciter au développement d'une logique de partenariat », a-t-elle expliqué. Les agents de la DGCCRF ont menés 12 565 vérifications auprès de 3 818 établissements (tous secteurs confondus) pour constater de l'équilibre des relations commerciales. Ceci a donné lieu à 68 décisions de justice, « un chiffre du même ordre qu'en 2014 » a précisé Nathalie Homobono, mais un montant d'amende de 3,5 millions d'euros, « supérieur à l'année précédente », a-t-elle précisé. Enfin, la Cour d'appel de Paris a sanctionné Leclerc et Carrefour à rembourser plusieurs millions d'euros à leurs fournisseurs sur des sommes indument perçues. Les relations commerciales resteront au cœur des préoccupations de la DGCCRF en 2016.
OUVERTURE D'UN DIALOGUE
Si des progrès restent donc à faire, l'Ania indique que l'observatoire a aussi permis « d'ouvrir un dialogue direct avec les enseignes », sachant que des courriers étaient envoyés aux centrales d'achat lorsque de nombreux signalements coïncidaient sur une pratique similaire. Ainsi huit courriers « visant à dénoncer les pratiques les plus graves comme des demandes de remises préalables à toute né-gociation, des retards de paiement, des déréférencements de produits comme pression en cours de négociations » ont été adressés par l'Observatoire.
Si ce dernier semble donc être une bonne chose pour faire évoluer les choses avec les distributeurs, l'Ania n'en conclut pas moins qu'il maintiendra sa vigilance tout au long de l'année sur d'éventuelles demandes post-négociations. « Au regard de ses pratiques, la grande distribution doit malheureusement être mise sous surveillance permanente », estime Jean-Philippe Girard.