Attention à ne pas se gargariser trop vite d’avoir pu affirmer avant la crise que l’agriculture était un secteur stratégique. En soi, une telle affirmation n’a rien de particulièrement visionnaire, car qui d'entre nous avait prévu la nature de ce phénomène, son ampleur ? Qui donc d'entre nous avait proposé des politiques propres à en protéger les filières agroalimentaires, aussi stratégiques que nous aurions pu les considérer. L’énergie doit être plutôt consacrée à imaginer, soupeser, financer de nouvelles politiques. L’une d’entre elles devra porter sur la main-d’œuvre saisonnière, dont on a pu observer à quel point elle était dépendante de l’ouverture des frontières. Cette même situation est en train de se multiplier à travers le monde, en Italie, en Espagne, aux États-Unis, en Australie. Dans tous ces pays, les gouvernements conservateurs sont placés face au dilemme suivant : leur grille de lecture politique les rend très réticents à l’idée de stabiliser la situation des occasionnels étrangers (d’Amérique latine, d’Océanie, du Maghreb). Pourtant, ces travailleurs semblent la clé du maintien du tissu économique de certaines zones rurales, dont les conservateurs passent souvent pour être de fervents défenseurs. L’alternative - la robotisation de la récolte en arboriculture - offre de bien piètres perspectives de vitalité aux zones rurales. À ce titre, la future politique du gouvernement nous éclairera peut-être sur son caractère conservateur.
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