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En direct avec Pierre Deloffre, directeur général du groupe Bonduelle

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Quel est l’objectif recherché par Bonduelle dans ce regroupement industriel ?

Le but essentiel est de diminuer les charges indirectes de production afin de renforcer la compétitivité de nos produits sur nos marchés internes et à l’export face aux nouveaux entrants. Nous allons ainsi opérer de manière plus efficace sur un nombre réduit de sites tout en ayant une situation plus simple à gérer au sein d’une seule société. Bonduelle en possèdera au final moins de 50 % des parts , mais en terme décisionnaire il détiendra la moitié des droits de vote.

Que cela change-t-il pour la filière ?

C’est la première fois que ces trois coopératives concurrentes construisent un projet en commun. Elles ont fait une analyse commune de la situation et ont dépassé leurs concurrences habituelles sur d’autres métiers. Or ce n’était pas gagné d’avance, vu la complexité des partenariats antérieurs qui nous liaient à elles. Nous avons dû respecter les répartitions historiques de production de chacune. Nous sommes aujourd’hui à la fois surpris et heureux d’avoir concrétisé ce projet pour pouvoir lutter plus efficacement dans la situation de concurrence actuelle. Est-ce que ça pourrait constituer un signe avant-coureur pour les autres coopératives ? Je ne sais pas, mais si cela pouvait avoir l’effet d’un catalyseur pour une démarche de plus grande ampleur, tant mieux.

Parmi les quatre sites que compte le groupe, celui du Haut-Mauco, issu du partenariat avec Maïsadour au sein de Bonmaïs, va être fermé. Pourquoi ce choix ?

C’est un site performant mais il n’offre aucune possibilité d’évolution future. De plus sa capacité correspondait à peu près aux rééquilibrages que l’on souhaitait opérer au sein du nouvel ensemble. Car, dès cette année, les tonnages de maïs en conserve vont être diminués de 10 %. Mais rien n’empêche dans le futur, si la situation le permet à nouveau, de retrouver le niveau de production actuel et de le dépasser.

Cette situation est-elle nouvelle ?

C’est la première fois que l’on réduit la production de maïs doux en Europe de l’Ouest depuis 30 ans que la production existe. Il faut savoir qu’en l’espace de quatre ans, le Sud-Ouest de la France a perdu un hectare sur 4 de cette production et ce alors que le marché continue de progresser. Le maïs doux est en effet le seul produit non-exotique pour lequel l’Union Européenne est autant pénétrée par des produits d’importation. A titre d’exemple, avant l’élargissement, 1 boîte de maïs doux sur 3 et 1 kilogramme de surgelé sur 2 n’étaient pas produits dans l’Union. Les concurrents historiques ont été le Canada et les Etats-Unis. Puis nous avons vu arriver la Hongrie. Aujourd’hui c’est la Thaïlande.

Comment évolue la production de ce pays ?

La Thaïlande croît à un rythme de + 30 % par an environ. Ses produits avaient de toutes petites positions en Europe dans les années 90 mais ils ont connu une ascension fulgurante depuis 2000. Ils progressent fortement en volume tout en dégradant fortement les niveaux de prix.

Outre ce regroupement industriel, comment la filière peut-elle se défendre contre les produits thaïlandais ?

L’Association européenne de transformateurs de maïs doux (AETMD), dont je suis le président, est en train de monter un dossier de demande de clause de sauvegarde à l’encontre de la Thaïlande. Il s’agit d’une disposition communautaire qui permet à l’Europe, en accord avec l’OMC, d’enclencher un mécanisme de protection douanière.

Craignez-vous l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché ?

Il existe des intervenants potentiellement plus dangereux encore que la Thaïlande, dont le Brésil. Le pays bénéficie des mêmes conditions climatiques que la Thaïlande tout en ayant un niveau d’industrialisation beaucoup plus avancé. En tant que pays consommateur de maïs doux où une industrie de transformation existe déjà, c’est donc un concurrent potentiel dangereux. Bien sûr il y en a d’autres, comme le Sud de la Chine, et tous les pays se trouvant sous les mêmes latitudes.