Agra Industrie : Quel est votre point de vue sur le principe d’une taxe de la publicité ? Selon vous, les annonceurs préfèreront cette solution à celle d’une mention sanitaire ?
Gérard Noël : Ni le projet d’une mention sanitaire, ni celui de la contribution financière ne provoquent un grand enthousiasme de la part des annonceurs. Les industriels sont en revanche tout à fait prêts à participer à la lutte contre l’obésité, comme ils l’ont déjà prouvé. Mais ils préfèreraient qu’on leur laisse la liberté de choix des moyens de leur participation, par exemple à travers une fondation d’utilité publique qu’ils ont proposé de créer pour mener des actions notamment en partenariat avec les autorités de santé.
Le contenu de l’information sanitaire à diffuser dans les spots publicitaires demeure inconnu à ce jour.
La mention pourrait être positive, de type « mangez équilibré » ou négative, de type « ne consommez pas de produits gras et sucrés ». Il est évident que nous préfèrerions la proposition positive plus efficace en terme d’éducation et de promotion du modèle alimentaire français. Dans le cas d’une mention négative et donc dissuasive, le message de l’annonceur se trouverait affaibli, et risquerait de susciter la confusion et l’inquiétude du consommateur. N’oublions pas que la publicité est faite aussi de séduction pour convaincre.
Par ailleurs, il est évident que les entreprises n’aiment pas le principe d’une taxe. Bien sûr, des campagnes d’éducation sont nécessaires pour remettre à l’honneur les repères nécessaires à une bonne alimentation. Mais pourquoi imposer aux industriels de les financer, sans leur donner la responsabilité de participer à l’élaboration des messages ? Il est pour le moins légitime et utile qu’ils apportent leur compétence. Il faudra donc rediscuter de ces modalités. En revanche, nous sommes satisfaits du fait que le projet d’interdiction pure et simple de publicités pour les enfants à certaines heures ait été abandonné. Nous avons fait valoir que cela serait totalement inefficace, arguant que dans les quelques pays où la publicité à la télévision n’est pas autorisée, l’obésité n’a pas régressé.
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Agra Industrie : Certains annonceurs ne sont-ils pas allés trop loin dans le passé ? Existe-t-il à l’Union des Annonceurs une commission de déontologie comme celle qui est prévue à l’Ania ?
Gérard Noël : La déontologie en matière de publicité est l’affaire du Bureau de vérification de la publicité (BVP), où siège et agit l’UDA. Le BVP rassemble en effet en son sein les annonceurs, les agences et les médias et tout projet de publicité télévisée lui est systématiquement soumis. Tout le monde s’accorde à dire que les règles rigoureuses d’autodiscipline que se sont fixées les professionnels sont efficaces. Le contenu des publicités a été retravaillé, grâce à des préconisations du BVP qui ont été encore revues fin 2003 et en juin dernier. Résultat : certains messages encore utilisés il y a un an ont disparu des écrans. De l’avis de tous, y compris des pouvoirs publics, le débat ne se situe plus à ce niveau.
Agra Industrie : Pensez-vous que les pouvoirs publics assument suffisamment leur rôle de relais de l’information nutritionnelle ? Quant aux annonceurs, sont-ils dans leur rôle quand ils parlent de nutrition ?
Gérard Noël : Pour l’instant, l’Etat communique moins sur la nutrition que les industriels, c’est un fait. Mais il est vrai que les industriels sont tout à fait dans leur rôle lorsqu’ils décrivent objectivement et en détail les caractéristiques nutritionnelles de leurs produits. Ils le font surtout sur le conditionnement, et moins lors des spots publicitaires, qui, rappelons-le, ne durent que 15 ou 30 secondes. Les messages que les pouvoirs publics délivreront devront être réellement d’intérêt collectif, et en aucun cas introduire des discriminations entre catégories de produits.
Je dirais en conclusion que le texte adopté, qui d’ailleurs n’est pas définitif compte tenu de la procédure parlementaire, nécessitera d’être considérablement précisé, et surtout de faire l’objet d’un dialogue avec les industriels. Cela est nécessaire pour qu’il soit applicable et que les objectifs recherchés soient atteints.