Les industriels ne sont pas descendus dans la rue pour faire la « manif’ » envisagée aux côtés des agriculteurs. Leur hostilité de départ à la négociabilité pure et dure inscrite dans le projet LME avait été désamorcée par le rapporteur de la loi : Jean-Paul Charié, qui se fait fort d’imposer par amendement la notion d’obligations réciproques chère aux fournisseurs, a juste été encouragé dans son combat en recevant, à la veille du débat, plus de 7500 signataires d’une pétition conçue par 7 fédérations de fournisseurs. Mais, entorse au scénario prévu, deux d’entre elles, la CGPME et la FEEF, ont boudé le pavé de la place du Palais-Bourbon lors de cette remise. Les divergences portent beaucoup sur la forme, mais pas seulement. Le rapporteur a en tout cas bien mobilisé le groupe UMP autour de ses idées, mais il lui reste à canaliser les débats qui, se réjouit-il, dépassent les clivages droite-gauche, et surtout à se prémunir, au final, contre tout arbitrage élyséen en sens contraire. Le risque n’est pas mince, d’autant que la pression médiatique des distributeurs reprend : pour eux, si l’on s’écarte de la rédaction initiale, on annulera l’effet escompté sur la baisse des prix et donc sur le pouvoir d’achat. Un argument quasi irrésistible pour ce gouvernement qui sait qu’il froisse déjà assez les grandes enseignes en ouvrant les vannes à de nouveaux hard-discounters. Comme quoi la LME est un édifice trop complexe pour que l’on sache où se situera son équilibre ni s’il ne sera pas trop fragile.