Le groupe JBS s’apprête à mettre son premier pied en Europe. Le brésilien et numéro un mondial du secteur prend une participation de 50% au sein de la société italienne Inalca, filiale de Cremonini. Le montage financier permet de doubler le capital des deux branches de production de viande de l’italien. Et les appétits des deux groupes ne s’arrêteront pas là puisqu’ils ont déjà programmé le développement d’Inalca par croissance externe.
Les craintes européennes sur les importations brésiliennes viennent de prendre leur véritable sens. Le leader mondial de la viande bovine, le brésilien JBS-Friboi vient d’acquérir 50% des actions de la société italienne Inalca, filiale de Cremonini et met ainsi un pied en Europe. Le montage financier adopté permet de doubler le capital des deux branches de production de Cremonini, Montana et Inalca, à hauteur de 220 millions d’euros. Cremonini va transférer 100 % de Montana, spécialisée dans les produits élaborés, au sein d’Inalca pour 70 millions d’euros. JBS, de son côté, va prendre 50 % d’Inalca pour 225 millions d’euros, dont 46,4 % à travers une augmentation de capital de 210 millions d’euros et 3,6 % à travers un achat direct d’actions de Cremonini pour 15 millions d’euros. Après ces opérations, JBS et Cremonini possèderont chacun 50 % d’Inalca. La transaction, finalisée en janvier 2008 mais encore soumise à l’approbation des autorités de la concurrence, valorise l’activité production de Cremonini à 600 millions d’euros. L’ensemble de ce pôle réalise un chiffre d’affaires de 1,04 milliard d’euros, dont 33 % à l’export. Inalca abat 3 500 bovins par jour et produit annuellement 260 000 tonnes de viande, dont 50 000 de hamburgers. Cette opération permet à JBS d’entrer sur le continent européen au travers des six usines en Italie et des neuf plate-formes en Europe, en Russie et en Afrique d’Inalca.
« Une politique planifiée d’acquisitions »
Avec un chiffre d’affaires de 2,88 milliards d’euros, le brésilien est surtout présent dans les Amériques. Il possède 23 usines, dont neuf au Brésil, six en Argentine, huit aux Etats-Unis et quatre en Australie. JBS abat 51 800 bovins et 47 900 porcs par jour. En mai 2006, il avait déjà pris une nouvelle ampleur en s’offrant l’américain Swift Foods Company dont le chiffre d’affaires était quatre fois supérieur au sien Cf Agra alimentation n°1976 du 31/05/2007 page 32. Il avait ainsi doublé sa capacité d’abattage et s’était hissé au rang de numéro un mondial devant Tyson Foods et Cargill. Le brésilien s’attaque désormais à l’Europe. JBS et Cremonini veulent par ce montage financier « développer la croissance d’Inalca par une politique planifiée d’acquisitions » aussi bien en Europe que dans le reste du monde.
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Même si la Commission européenne s’apprête à annoncer des mesures de restriction concernant les importations dans l’Union européenne de bœuf brésilien, en raison d’inquiétudes sur le respect des exigences sanitaires européennes, ce « coup de tonnerre » n’est pas pour rassurer la filière bovine française qui lors de l’assemblée générale du Sniv avait déjà émis des inquiétudes face à la montée des importations brésiliennes Cf Agra alimentation n°1988 du 28/09/2007 page 11. Son président, Jean-Paul Bigard, avait notamment déclaré : « En quelques années à peine, des poids lourds de l’industrie des viandes, européens et mondiaux, se sont imposés sur les marchés. Quant aux pays que l’on disait émergents, force est d’admettre qu’ils ont aujourd’hui émergé et qu’ils affichent une ambition redoutable dans les productions animales ». Il avait ajouté vouloir une « une vraie politique industrielle pour la filière bovine. Une politique qui intègre totalement la dimension agroalimentaire ». Et les propos de Philippe Ducroquet, directeur général d’Unigrains, résonnent d’autant plus fort aujourd’hui : « La rationalisation du secteur est indispensable car les surcapacités laminent les résultats des entreprises françaises. Il faut consolider ce secteur majeur des IAA et surtout s’approprier la culture du profit, condition indispensable pour rester acteurs de référence en Europe ».