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Portrait Jean-René Buisson, président de l’Ania

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Autre président, autre personnalité. Avec le départ choisi de Victor Scherrer, qui aura assuré pendant onze ans sa présidence, l’Association nationale des industries alimentaires va devoir s’adapter à un style qui décoiffe. Le nouveau président, Jean-René Buisson, a mené campagne « à l’américaine », dit-il, programme écrit à l’appui et l’a emporté haut la main par 24 voix pour, deux contre et autant d’abstentions. D’emblée, il a annoncé la couleur : face à des pouvoirs publics qui ont prouvé récemment leur capacité de rapidité dans la négociation sur les prix, l’organisation professionnelle doit être capable d’avoir « la même rapidité et le même jeu de jambes ».

Présence

Jean-René Buisson, 56 ans, qui vient d’abandonner ses fonctions de secrétaire général du groupe Danone après avoir organisé son départ dans un système de pré-retraite, entend donc faire acte de présence au siège du boulevard Haussmann deux jours à deux jours et demi chaque semaine.

Il annonce le recentrage de l’Ania « sur quelques dossiers-clés ». Aujourd’hui, observe-t-il, l’Association est présente dans beaucoup de domaines sans être forcément assez experte dans tous. Il lui faut donc « montrer sa capacité à représenter 10 000 entreprises… et sa valeur ajoutée » dans certaines questions prioritaires, avant d’élargir son champ d’action. Loin de s’arrêter en si bon chemin, il promet une mise à plat du fonctionnement interne de l’association, une optimisation des relations avec les fédérations et les associations régionales (Aria), afin de clarifier les missions de chacune, et une présence accrue à Bruxelles en renforçant l’influence de l’Ania au sein de la CIAA.

indépendance

Pour les esprits chagrins qui lui reprocheraient sa culture « Danone » – après tout, 25 années passées dans un groupe marquent leur homme – et le soupçonneraient de faire pencher la balance davantage du côté des grands groupes que des PME, qui constituent toute de même le gros de la troupe de l’Ania, il a réponse toute prête. Il rappelle avoir mené « une carrière de terrain », en tant que directeur d’usine au Plessis Robinson et de patron des brasseries Kronenbourg, fonctions qui l’ont sensibilisé aux préoccupations des PME. En outre, libéré désormais de toutes contraintes professionnelles, il aura, assure-t-il, « l’indépendance nécessaire ». Enfin, argument suprême, il a veillé à s’entourer d’une équipe de huit vice-présidents, dont l’un, Yves Baron de Noyer, se voit confier les relations avec les petites et moyennes entreprises et les Aria. Dont acte.

Les choses ainsi posées, Jean-René Buisson a immédiatement relevé ses manches pour s’attaquer à trois dossiers prioritaires, dictés par l’actualité. A propos de l’accord « Sarkozy », faisant valoir que les industriels financent depuis des années ce qui pourrait être une baisse des prix, et estiment donc payer deux fois, il avertit que « le dossier ne fait que commencer » et qu’il entend « prendre le temps d’une discussion de fond, technique » à l’automne. Et de rappeler que l’engagement pris récemment vaut pour quatre mois et que rien n’est signé pour 2005, hormis une modération tarifaire. Au sujet du projet de loi sur la santé publique, il préconise la tenue d’un « vrai débat » et assure que les entreprises souhaitent privilégier l’autodiscipline et l’autocontrôle. De même, concernant le projet de directive sur les allégations santé, qui aura des conséquences très lourdes pour les industries alimentaires et leurs marques, il appelle de ses voeux la mise en place d’une concertation avec Bruxelles.