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Sucres/Nutrition La bataille autour des glucides a gagné les medias

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Le ministre de la Santé Xavier Bertrand chausse les souliers de Philippe Douste-Blazy et ce n’est pas pour plaire aux industriels de l’alimentation. Avant la fin de l’année, assure-t-il, sera signé le décret d’application de la Loi de santé publique due à son prédécesseur imposant soit une taxe soit la diffusion de messages nutritionnels sur les publicités alimentaires. Et ces jours-ci paraissent sur les écrans les premiers spots télévisés invitant les consommateurs à consommer « moins gras et moins sucré ». Mis au point par l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé), les films qui vont se succéder jusqu’à la fin décembre vont-ils fatiguer le public ou faire évoluer ses comportements ? Bien difficile d’en préjuger. Toujours est-il que la profession agroalimentaire, à travers l’Ania, a un peu baissé les bras après avoir tout tenté pour amender le dispositif et le contenu de la campagne des autorités sanitaires. Biscuitiers et fabricants de jus de fruits ou de confiserie ont déjà perdu la bataille des distributeurs automatiques dans les écoles et ils ne se sont pas outre mesure mobilisés pour faire contre-feu comme le fait l’industrie sucrière qui lance une contre-offensive médiatique à coup de spots et de publicités impertinentes signés de la Collective du sucre.

La Collective du sucre tente de contrer les excès du PNNS

Le Cedus (Centre d’étude et de documentation du sucre) mène en effet une grande campagne de publicité pour défendre le sucre, exactement au moment-même où le gouvernement français part à l’assaut en faveur d’« aliments moins sucrés et d’une meilleure alimentation » dans le cadre du Programme national nutrition santé (PNNS).

Sur une pleine page de publicité parue dans des quotidiens et magazines, des pâtissiers en toque, enfermés dans un fourgon cellullaire, s’interrogent : « Qui voudrait d’un monde interdit au sucre ? » Financée par la Collective du sucre, émanation du Cedus et donc des seuls fabricants de sucre, cette campagne a commencé en fait fin juin dans le but de « participer au débat » sur le problème de l’obésité, mais en défendant aussi la « liberté » du consommateur.

Cet appel voulait répondre par avance à la campagne du ministère de la Santé invitant à « manger moins souvent des produits gras et sucrés », préconisant une réduction de la consommation de produits sucrés (boissons ou desserts sucrés, confiseries...) et encourageant la consommation de féculents.

« Nous ne nions pas le problème de la prévalence de l’obésité en France, qui est moins important en France que dans d’autres pays», indique Claude Risac, directeur général du Cedus, dont la campagne veut souligner le « modèle » d’alimentation des Français qu’il faut «promouvoir» : les repas ne sont pas déstructurés, la famille déjeune à table, ensemble, tout le monde partageant le même menu.

Prévenir plutôt que stigmatiser

La prévention est nécessaire, selon Claude Risac, « mais nous assistons à une stigmatisation des aliments qui engendre la peur chez les gens. Jusqu’où peut-on aller dans le gouvernement des comportements alimentaires ? la santé ne justifie pas tout», insiste-t-il.

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Pour lui, plutôt que « d’affoler les gens, de leur demander d’être experts en nutrition, mieux vaudrait leur conseiller de varier leur alimentation, de ne pas grignoter, de surveiller le volume ingéré et de pratiquer des activités physiques », estime-t-il. Gare également aux restrictions toujours plus nombreuses qui peuvent aboutir à des frustrations amenant parfois à « craquer ». Rien ne sert selon lui de diaboliser le sucre, qui est nécessaire à l’organisme.

« Une consommation raisonnable, sans excès, dans des quantités modérées, manger ou boire moins sucré, permet d’éviter toute dérive et de se faire plaisir», souligne une nutritionniste.

Si la campagne gouvernementale est « centrée sur un conseil de modération, elle est pertinente» mais pas si elle conduit à diaboliser certains aliments, commente Jean-Paul Jamet, directeur du Cniel (Centre national interprofessionnel de l’économie laitière), pour qui « le conseil nutritionnel majeur demeure la variété de la prise alimentaire ».

Le naturel dans les aliments industriels

Les Français réclament de plus en plus de produits naturels, souligne également Claude Risac. « Si nous retirons le sucre des produits, il faut le remplacer par des graisses, des produits issus de la chimie ou des édulcorants».

En réalité, l’industrie alimentaire propose des produits « allégés » en teneur en sucre, mais elle doit faire de nombreux efforts en matière d’innovation, car on observe qu’après avoir essayé ces produits, les consommateurs s’en lassent très vite et reviennent aux produits traditionnels.

La consommation de sucre en France est estimée par le CEDUS à 25 kilos par an et par habitant, une consommation « stable depuis 30 ans », malgré la vogue des produits aux édulcorants de synthèse. Mais le sucre est bien moins visible qu’avant: il y a 30 ans, sa consommation se répartissait moitié en sucre seul (poudre, morceaux...) et moitié par le biais des produits alimentaires préparés, alors qu’aujourd’hui 80% du sucre consommé provient des aliments industriels contre 20% seulement pour le sucre seul.