Extrêmement chaude et longue, la canicule a surpris les éleveurs par sa précocité et son intensité. La mortalité est importante, surtout en poulet. Le manque d’équipement peut être fatal.
La canicule de ce mois de juin 2026, du fait de températures jamais atteintes pendant plusieurs jours d’affilée, entraîne « une surmortalité sans distinction de mode d’élevage », rapporte à Agra Presse le directeur de l’interprofession des volailles de chair (Anvol), Yann Nédelec. Par exemple, la cellule de crise réunie depuis le lundi 22 juin autour du préfet du Morbihan fait état, à date du 24 juin, de près de 80 élevages avicoles sinistrés d’après le communiqué préfectoral.
En conséquence, la préfecture du Morbihan a annoncé des dispositions pour suppléer aux services d’équarrissage. Ainsi, l’autorisation d’enfouir est accélérée (l’analyse hydrogéologique pouvant se faire en visio, est-il précisé) et « les moyens départementaux ont été renforcés par des effectifs de la zone de défense et de sécurité Ouest ». « Les services de l’État sont pleinement mobilisés pour encadrer l’enfouissement des volailles en assurant à la fois la salubrité publique et la protection de la ressource en eau potable », assure-t-elle.
Autre site d’équarrissage en surchauffe, celui de St-Langis-Lès-Mortagne (groupe Akiolis) dans l’Orne, fait face à une mortalité multipliée par dix en volaille et par deux en porc, en comparaison de l’an dernier à la même époque, selon le témoignage du DG d’Akiolis, Gilles Cogny, obtenu par le journal Les Marchés. Il explique la saturation des cuiseurs par le ralentissement de la cadence du fait d’une importante proportion de volaille. Il estime que les élevages devraient s’adapter aux risques de canicule, donnant en exemple l’Espagne où l’on réduit les densités.
L’hécatombe touche davantage le poulet
Quels élevages avicoles sont les plus touchés ? Selon les informations recueillies par Agra Presse, la mortalité touche davantage le poulet que d’autres productions et survient plus particulièrement dans des bâtiments vétustes ou/et dans lesquels la ventilation est statique (par des trappes). Les poules pondeuses le sont beaucoup moins, selon le président de l’interprofession des œufs (CNPO) Yves-Marie Beaudet qui s’est renseigné auprès d’un équarrisseur du Morbihan. Il se l’explique par les modes d’élevage permettant une meilleure répartition dans les bâtiments. Mais il confie son impression qu’ « on arrive en limite de nos capacités techniques ». Hors mortalité, les différentes dispositions prises permettent de limiter la baisse de production à environ 5 %, estime-t-il, sans échapper toutefois à une moindre qualité (coquilles plus fragiles).
Le gavage des canards, contrairement aux attentes, supporte les conditions extrêmes, assure-t-on au Cifog (interprofession), du fait de l’équipement en systèmes de cooling (sur les parois) ou de brumisation. Les transports de canetons et de canards prêts à gaver se font la nuit. Toutefois, les canards consomment moins. Agra Presse n’a pas obtenu d’information de l’interprofession du canard de chair, mais a appris de celle de la pintade que cette volaille, d’origine africaine, supporte plutôt bien les hautes températures. Il en serait de même pour la dinde. L’élevage de volailles en plein air, enfin, supporte les chaleurs extrêmes à condition que les parcours soient ombragés et que la température des bâtiments soit maîtrisée. Quant au lapin, l’interprofession considère que la plupart des éleveurs ont équipé leurs bâtiments de cooling.
Nombreuses sont aussi les pratiques permettant aux petits animaux de résister : densité réduite, eau de boisson enrichie, diffusion d’huiles essentielles favorisant la respiration, nourrissage la nuit ou le matin… Les chambres d’agriculture rappellent aux éleveurs, par un communiqué du 24 juin, que leur plateforme ClimatBat les alerte et mettent à leur disposition des conseils et recommandations pratiques en cas de canicule.