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En direct avec Jean-Marc Spanghero, directeur général de Spanghero La famille Spanghero n’est plus l’actionnaire majoritaire de l’entreprise. Cette décision a été difficile à prendre?

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Cette décision n’a pas été facile à prendre pour la famille, mais il fallait faire ce choix. Notre entreprise était trop complexe, il fallait que nous nous spécialisions. Cette décision est issue d’une réflexion de longue date. Le marché se concentre fortement et nous n’avions pas la taille critique pour résister. Nous ne sommes pas dans une zone géographique de production, donc nous ne pouvions pas nous consolider autour de l’activité de première transformation. Désormais, grâce à cet accord, nous fabriquons donc uniquement des produits élaborés.

Du point de vue financier, il nous fallait de nouveaux apports, car entre 2006 et 2008 nous avons investi 12 millions d’euros pour un agrandissement de 8000 m 2 de notre unité de production de produits élaborés, pour la fabrication de saucisses. Cette augmentation de capital était donc nécessaire pour supporter un total de 14,5 millions d’euros investis depuis 2006. Le débat était de toute manière tranché depuis plus d’un an. Le secteur doit se consolider et nous n’avions pas la solidité suffisante pour être le consolidateur. Nous savions depuis longtemps que Lur Berri allait prendre une part importante du capital de Spanghero ; elle aurait pu être plus faible, mais finalement cette part atteint aujourd’hui 90 %. Cela dit, notre entreprise garde son essence : je reste directeur général, et nous conservons notre stratégie. Depuis novembre, nous avions cédé à Arcadie notre commerce de la découpe de viande, désormais cette entreprise s’occupe également de la production.

L’année dernière a été difficile pour Spanghero? On parle de pertes de 3,5 millions d’euros ; vous confirmez ?

C’est dans cet ordre d’idée. L’année dernière n’a pas été mauvaise, nos volumes n’ont pas baissé et nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 95 millions d’euros, en baisse de 0,8 %. Nos problèmes sont davantage liés à la forte hausse des matières premières et aux difficultés de négociation avec notre client unique, la GMS. Les frais de transports et de personnels ont également augmenté. Je suis modérément optimiste pour cette année, qui va être très compliquée sur le plan de la consommation. Nous sommes actuellement dans une position d’attente et ne prévoyons donc pas de nouveaux investissements.

Comment expliquez-vous la forte chute de la consommation de viande l’année dernière ?

La consommation de viande baisse depuis de nombreuses années. Ce n’est pas un phénomène nouveau, même si cette baisse s’est accentuée l’année dernière. Cette baisse a plusieurs causes. Les prix sont élevés, ce qui peut dissuader certains consommateurs. De plus, petit à petit, l’offre s’est appauvrie en GMS au profit de produits basiques. J’ajoute que les nombreux discours nutritionnels sont néfastes pour notre marché. De plus, le secteur est encore peu rentable et atomisé. Les gens se serrent la ceinture, et reviennent aux produits basiques. Il faut que le secteur de la viande trouve des éléments nouveaux pour sa croissance, par exemple en habituant le consommateur à acheter une plus grande variété de morceaux de viande. Il faut avoir une politique d’offre et non pas se contenter de jouer sur les prix et les volumes globaux. Si la proportion des produits basiques continue à s’agrandir au détriment des produits élaborés, cela va devenir un problème pour nous.

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Pensez-vous que le secteur de la viande va continuer à se concentrer dans les mois et les années à venir?

Le regroupement des acteurs sur le marché de la viande va continuer ; la production va s’industrialiser de plus en plus et se concentrer pour que les acteurs réalisent des gains de productivité. Comme vous le constatez, je vote par l’exemple. Le rayon boucherie est de moins en moins rentable, il faut donc se regrouper, mais pas non plus prendre une posture défensive. Par exemple, l’arrivée de grands groupes étrangers n’est pas un problème à mes yeux. S’ils viennent s’implanter en France, ils auront intérêt à vendre de la viande française et non à importer leurs produits. Il n’y a donc aucun risque pour la production française. Le hollandais Sobeval s’est implanté en France, mais il vend de la viande française. De toute manière, l’industrie française a les capacités de bien résister, car elle a plusieurs atouts. En France, nous avons notamment de bons outils industriels et des marques fortes. A l’étranger, il n’y a pas d’équivalent à Charal ou Valtero, par exemple.

L’export et l’innovation pourraient être des sources de croissance pour Spanghero cette année ?

L’export représente 1,5 % de notre activité. Nous ne nous sommes pas fixés d’objectifs à court terme dans ce domaine, mais il est clair qu’il ne faut pas que nous nous limitions au territoire national. Pour le moment, nous allons surtout digérer les investissements réalisés ces dernières années. Nous ne pouvons pas nous permettre d’innover pour le moment, nous allons nous concentrer sur la reprise de l’activité produits élaborés d’Arcadie « Bordeaux Viandes », que nous avons acquise fin 2008.