Des industriels – Danone, McCain et Fleury Michon – et des distributeurs au titre de leurs MDD – Auchan, Leclerc et Intermarché – ont adopté le Nutri-Score et commencent à déployer ce système d’étiquetage sur leurs produits. Ils y trouvent un moyen supplémentaire pour rassurer leurs clients et prouver qu’ils font des efforts réels pour améliorer le profil nutritionnel de leurs produits.
Des industriels – Danone, McCain et Fleury Michon – et des distributeurs au titre de leurs MDD – Auchan, Leclerc et Intermarché – ont adopté le Nutri-Score et commencent à déployer ce système d’étiquetage sur leurs produits. Ils y trouvent un moyen supplémentaire pour rassurer leurs clients et prouver qu’ils font des efforts réels pour améliorer le profil nutritionnel de leurs produits.
La démarche reste limitée à de grands industriels impliqués dans une démarche d’amélioration de la nutrition pour des produits du quotidien, dotés des moyens permettant de déployer le logo à grande échelle.
Toutefois, ils sont encore peu nombreux à l’avoir adopté. Recommandé par les pouvoirs publics, mais sans caractère obligatoire, le Nutri-score a encore du chemin à parcourir pour convaincre. À l’occasion de la signature de l’arrêté en faveur du logo, plusieurs syndicats professionnels ont rappelé leur préférence pour d’autres dispositifs d’information des consommateurs.
Le 31 octobre dernier, le ministère de l'Agriculture a réuni les distributeurs et les industriels pour la signature de l’arrêté portant sur le Nutri-score après la confirmation par Bruxelles de sa conformité à la législation européenne. Ce nouveau logo nutritionnel destiné à orner l’ensemble des produits alimentaires de grande consommation est désormais en vigueur, même s’il reste optionnel. Auchan, Leclerc, Intermarché, Fleury Michon, Danone et McCain, qui s’étaient déclarés en faveur de l’adoption, ont d’ores et déjà commencé, depuis le printemps, à plancher sur les modalités de déploiement du logo et le calendrier à venir. D’autres s’y mettent et s’apprêtent à prendre leur décision à l’image de William Saurin, plutôt satisfait des tests réalisés sur plusieurs de ses plats appertisés.
Il y a quelques mois, Santé Publique France a mis à disposition des intéressés le calculateur, ce qui a permis aux industriels de commencer à tester leurs produits. « En utilisant le calculateur de Santé Publique France, nous avons pu évaluer nos produits et voir à quelle catégorie du Nutri-score ils se classaient », explique Pierre Gondé, directeur des affaires scientifiques et publiques pour l’Europe continentale chez McCain. « Nous avons été plutôt satisfaits du résultat puisque la plupart obtiennent un A ou un B, et seuls quelques produits festifs sont classés en C », poursuit-il.
Fleury Michon a pu lui aussi vérifier que ses produits étaient plutôt bien notés. D’après ses analyses, 30 % de son offre actuelle obtient le A ou le B. Mais la marque s’est fixée pour objectif d’arriver à un taux bien supérieur, soit 65 % de son portefeuille de recettes d’ici 2022.
Pour y arriver, les marques devront naturellement continuer de travailler sur leurs recettes pour présenter dans les rayons le plus de produits affichant les notes vertes, A ou B. Chez Fleury Michon et McCain, on tient à mettre en avant que le Nutri-score s’inscrit dans une démarche de long terme. Les deux entreprises avaient d’ailleurs déjà signé avec le ministère des engagements dans le cadre des derniers PNNS, notamment en matière de réduction du sel dans les produits. « Nous prenons désormais le Nutri-score comme guide nutritionnel pour les recettes de nos produits », explique Pierre Gondé. McCain tient notamment à continuer de réduire le sel dans ses produits d’ici 2020.
Retravailler des recettes et en élaborer de nouvelles, de manière à obtenir les meilleures notes demande un travail de long terme, et d’être doté des moyens en interne capable de mener ce chantier, même si des prestataires extérieurs peuvent être sollicités. « Il y a un développement en interne qui reste modéré, notamment parce que nous avions déjà acquis une expérience en la matière avec le Nutripass que nous utilisons pour nos produits à marque propre », souligne Jean-Marc L'Huillier, président de la direction du développement durable des Mousquetaires. L’utilisation du Nutri-score nécessite de faire une déclaration d’utilisation auprès de Santé Publique France pour chaque famille de produits. Pour les industriels ayant déjà une longueur d’avance en nutrition, la démarche est sûrement plus simple que pour un petit faiseur qui n’est pas doté des moyens nécessaires. L’utilité du logo est aussi plus pertinente pour des produits consommés au quotidien, mais elle l’est moins pour des produits consommés de façon exceptionnelle, comme les produits festifs, pour lesquels le consommateur privilégiera avant tout le plaisir.
Des produits avec le logo déjà en rayons
Les premiers produits ont commencé à porter le logo multicolore commencent à apparaître dans les rayons. Auchan a décidé de déployer le Nutri-score d’abord sur les fiches-produits de son site Auchan Drive, sans attendre que les emballages reçoivent le logo. Plus de 200 produits sont présentés sur le site avec le logo, et « près de 100 % des 6 000 références à marque Auchan commercialisées sur le site porteront le Nutri-score d’ici la fin 2017 », s’est engagé Auchan le 31 octobre. Intermarché a opté pour la même démarche : une soixantaine de produits à marque propre vendus via son drive portent le logo depuis le mois d’août.
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Sur les emballages, les industriels ont décidé de déployer le logo au fil du renouvellement des emballages, ce qui évite les surcoûts et laisse le temps de tester, voire de faire évoluer les recettes existantes pour obtenir une meilleure note. Une démarche rendue possible grâce au délai de deux ans qui est donné à chaque industriel pour adopter le Nutri-score. Chez Agromousquetaires, 30 salades traiteur de la marque propre Monique Ranoux sont déjà en rayons avec le nouveau logo, et seront suivies par 30 plats cuisinés à partir de janvier prochain.
Fleury Michon a décidé d’aller plus vite puisqu’il s’engage à présenter le logo sur 100 % de sa gamme d’ici la fin 2018 grâce à l’avance qu’il a pris sur ce dossier. Depuis septembre, 60 produits Fleury Michon arborent le logo coloré.
Dans les points de vente Auchan, les premiers produits à marque propre arrivent en décembre 2017, avec l’objectif d’avoir converti toutes les références à la fin de l’année 2019. Chez McCain, tous les produits à base de pommes de terre seront étiquetés au premier trimestre 2018, et toutes les références d’ici deux ans. Quant à Danone, plutôt discret sur le sujet, il se contente d’indiquer que le logo sera déployé à partir de 2018 avec un objectif fixé à 100 % pour la fin de 2019.
Un enjeu d’engagement et d’image
Comment vont réagir les clients à l’arrivée des premiers produits étiquetés ? Il est encore trop tôt pour le savoir. Le test grandeur nature lancé il y a un an, qui avait mis en compétition plusieurs logos, avait montré une préférence pour le Nutri-score, car plus accessible et qu’il permettait de modifier le profil nutritionnel du panier d’achats. Fleury Michon n’a pas remarqué d’incidence à la hausse ou à la baisse des ventes de ses produits avec le logo. Chez Agromousquetaires, le Nutripass n’avait pas eu d’incidence particulière sur les ventes. « C’est un point de différenciation par rapport à la concurrence », explique Barbara Bidan, directrice santé et alimentation durable de l’entreprise, qui se dit « optimiste » vis-à-vis de l’accueil que vont réserver les clients.
Car l’enjeu est aussi en termes d’image. En adoptant le Nutri-score, les marques espèrent prouver leur implication pour le « manger mieux » cher à Fleury Michon. « Le Nutri-score permet de réhabiliter la frite », assure Pierre Gondé, de McCain, et les « bonnes notes » obtenues aident le produit, selon l’industriel.
Toutefois, certains industriels qui ont adopté le Nutri-score pointent en même temps ses limites. Barbara Bidan estime ainsi qu’« il faut aller plus loin pour mieux informer le consommateur ». Le Nutri-score est qualifié de « première étape ». Mais, regrette-t-elle, « il ne prend pas en compte l’exigence de naturalité des consommateurs ». Les additifs alimentaires, les antibiotiques, les OGM, le bien-être animal, la répartition de la valeur en faveur des agriculteurs ne sont pas pris en compte par un Nutri-score focalisé sur la question nutritionnelle. Et même sur cette question, le logo n’intègre pas la fréquence de consommation ainsi que la taille des portions. Les promoteurs du Nutri-score, s’ils veulent qu’il se généralise, doivent encore convaincre l’ensemble des fabricants, des distributeurs et des fédérations professionnelles de s’y mettre.
Les organisations professionnelles toujours réticentes
La signature de l’arrêté marquant l’entrée en vigueur du Nutri-score le 31 octobre a donné l’occasion aux organisations professionnelles de rappeler leur position sur cette question. « L’Ania accompagnera les entreprises, PME, ETI et grands groupes, qui décident de s’engager dans la mise en place d’un système d’information nutritionnel simplifié complémentaire », indique-t-elle, estimant que la démarche consistant à simplifier l’étiquetage nutritionnel des produits, y compris par le biais du système Nutri-score, va dans le bon sens. Toutefois, l’Ania reste attachée à un système unique en vigueur en Europe. L’Alliance 7 (épicerie et nutrition spécialisée) est sur la même ligne, privilégiant un système unique à l’échelle de l’UE. « En utilisant le système Nutri-couleurs (un des quatre systèmes alternatifs expérimenté en décembre 2016, ndlr), elles (les entreprises) fournissent au consommateur une information précise sur la composition de leurs produits et améliorent leurs recettes », indique-t-elle, sans même mentionner l’entrée en vigueur du Nutri-score. Enfin, le Cniel s’interroge sur un système d’étiquetage réduit à un logo susceptible de stigmatiser certains aliments. Et reproche au Nutri-score de ne pas « restituer la contribution à un régime alimentaire équilibré de chaque aliment pris dans sa globalité. » Selon le Cniel, « la filière s’engage à contribuer au développement d’un dispositif global et pédagogique pour informer les consommateurs. »