Un aperçu en cinq questions des débats qui ont traversé la conférence Agrifutur, le 7 novembre, organisée par le think tank Renaissance numérique.
L’agriculteur va-t-il améliorer son revenu grâce au numérique ?
Deux points ont fait consensus lors des débats : le numérique aidera les agriculteurs à diminuer l’usage des intrants et il aura un effet positif sur les rendements. C’est déjà une réalité aujourd’hui ; le spécialiste du conseil agronomique par drone Airinov a annoncé le 7 novembre que ses services de modulation de l’azote ont permis de réaliser 12 % d’économie et d’augmenter de 4 % le rendement sur blé et colza. L’imagerie d’Airinov permet de connaître ses champs à l’échelle intra-parcellaire, et mieux utiliser l'engrais. « En moyenne, cette variabilité intra-parcellaire est de 70 unités d’azote par hectare, d’après Airinov. Si les différences sont moins visibles au nord de la France, elles peuvent dépasser les 82 unités d’azote par hectare dans les Pays de la Loire, en Aquitaine et en Franche-Comté. »
Mais ces services numériques ont un coût : amélioreront-ils les revenus des agriculteurs ? Airinov (drones), Farmstar (satellites), Wezr (stations météo), à chaque service correspond son rapport coût/bénéfice, pas toujours très transparent. Un spécialiste du numérique chez Arvalis notait récemment que les fournisseurs d’outils d’aides à la décision (OAD) étaient réticents à faire évaluer leurs services par un tiers. Le bonus venu du numérique dépendra également de chaque agriculteur – de sa formation, de sa capacité à utiliser et acheter ces nouveaux outils. Il dépendra également de chaque région agricole comme le montre Airinov.
L’organisation économique pourrait être déterminante. Faut-il que les agriculteurs et leurs coopératives fournissent eux-mêmes des services numériques, ou négocient un prix pour la fourniture des données à des sociétés privées ? Pour Jérémie Wainstain, fondateur de la société spécialisée dans les données, The Green Data, « la data doit s’organiser au niveau régional. Il faut construire des banques régionales de données. Certaines initiatives existent déjà en céréales ».
Le cadre juridique pèsera aussi sur la capacité des agriculteurs à négocier un prix pour leurs données. Pour l’avocat spécialiste des nouvelles technologies, Étienne Drouard, le droit actuel ne fixe pas de cadre suffisant. Actuellement, le lien entre le producteur de données numériques et le créateur de valeur sur ces données « est contractuel et pas suffisamment contraint », a-t-il constaté.
L’activité agricole peut-elle être complètement numérisée ?
Analyses de la composition du sol, du lait ou des céréales. Séquençage du génome des plantes, des animaux ou des micro-organismes. Capteurs placés sur les machines, les plantes ou les animaux. Images fournies par des drones, des satellites ou bientôt par des constellations de nano-satellites. A voir le numérique s’immiscer à tous les étages de l’exploitation agricole, certains intervenants imaginent une exploitation entièrement numérisée, où le pilotage peut s’effectuer depuis un ordinateur, voire par un ordinateur.
Le spécialiste de la donnée, Jérémie Wainstain n’y croit pas. « C’est très difficile de collecter, identifier les comportements des gens en agriculture. C’est plus compliqué que pour les consommateurs. Il y a trop de paramètres qui échappent à la notion de capteur ». Pour lui, « la ferme est un environnement très incertain et artisanal. Une ferme est très difficile à modéliser ». Le polytechnicien revient d’un séjour aux Etats-Unis, où il a pu rencontrer un leader de la gestion de la donnée agricole, Farmers Business Network (FBN), a-t-il expliqué. « Eux-mêmes admettent qu’ils ont une vision très parcellaire de ce qu’est l’agriculture. »
Étienne Drouard n’est pas du même avis. « La voiture la plus connectée, ce n’est pas la Tesla, c’est une moissonneuse-batteuse », a répondu l’avocat. Pour l’ancien directeur de l’Ecole d’agriculture d’Angers (ESA), Bruno Parmentier, le numérique va considérablement améliorer la connaissance de l’exploitation agricole, et celle du vivant en général. « Le chimique est un aveu d’impuissance en agriculture, a-t-il expliqué. On ne connaît rien au vivant. Avec le numérique, on va peut-être résoudre notre problème d’ignorance. La vraie révolution c’est celle du vivant, pas de l’informatique. Dans quelques années, on parlera de l’informatique comme d’une technologie qui a permis de comprendre le vivant. »
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Google ou Bayer capteront-ils toutes les données des agriculteurs ?
Mises en données, les exploitations pourraient-elles être surveillées ou contrôlées, ou simplement privées de leur valeur par des grands groupes de la chimie ou du numérique ? Ce scénario digne est revenu plusieurs fois dans les débats. « Qui connaîtra le mieux ma terre ? Les Américains ou nos coopératives ? », s’est interrogé Bruno Parmentier. « Avec les données, il n’y a pas de risque technologique comme avec les OGM, mais un risque social et économique, analyse Véronique Bellon-Maurel, directrice du département Ecotechnologie à l'Irstea. Le risque qu’un petit nombre d’acteurs concentre la connaissance. C’est une question de souveraineté alimentaire pour les États ».
La chercheuse plaide pour que l’on trouve « des moyens de s’opposer à une construction monopolistique ». Et de prendre l’exemple de l’entreprise Microsoft, face à laquelle « s’est développé un réseau de développeurs ». Pour Bruno Parmentier, les coopératives auront du mal à trouver une place dans ce marché : « Le salaire des salariés des coopératives est financé sur la vente de produits. Il sera difficile pour eux de passer d’une économie de produits à une économie de service. Les coopératives seront-elles complémentaires ou seront-elles ringardisées par les nouveaux réseaux ? Rien n’est sûr. Vis-à-vis du changement climatique, toutes les entreprises sont au pied du mur ».
Jérémie Wainstain ne croit pas à ce scénario. « Je ne crois pas qu’un acteur dominant comme Google récupérera toutes les données des agriculteurs pour son compte », a-t-il déclaré lors des débats. Pour lui, le secteur de la donnée agricole n’a pas encore décollé. « Il y a eu la bulle Monsanto, qui a racheté Climate Corporation pour 1 milliard de dollars en 2013. C’est un flop, ça n’a pas marché… » Pour Jérémie Wainstain, les données agricoles n’ont souvent de sens que « localement. Les données du lait de Bretagne ont peu de sens en Savoie ».
Un projet de ferme verticale à Paris pour le troisième trimestre 2017
La société La Ferme verticale a annoncé qu’elle allait construire une ferme verticale dans le sud de Paris, d’ici la fin du troisième trimestre 2017, a annoncé l’un des deux associés Gilles Dreyfus, lors de la journée Agrifutur, le 8 novembre. Il s’agit d’un projet de ferme de six étages, sur 250 mètres carrés, sur un modèle « eau, air et lumière » contrôlés, de culture hydroponique avec éclairage LED. Un pilote est en cours de construction au Portugal dont la réalisation va coûter 700 000 euros. « Ce qui me motive c’est le goût et la qualité nutritive, a expliqué Gilles Dreyfus, qui a travaillé pendant dix ans dans la finance auparavant. Il va falloir traiter les problèmes d’eau et d’alimentation de la planète, plaide-t-il. En France aussi, il y a des problèmes de qualité de terre, d’eau et de qualité nutritive des aliments. »
Seulement 21 à 35 % du territoire français couvert par la 4G
Selon Sébastien Soriano, président de l’Autorité de régulation des communications électroniques (Arcep), le réseau mobile 2G couvre 95-98 % du territoire français (en surface), 80-92 % pour la 3G et 21-35 % pour la 4G. Lors de la journée Agrifutur, le 7 novembre, iI a pointé les faiblesses du réseau mobile en zone rurale. L’Arcep estime que la France entre dans une phase de relance de l’investissement en infrastructures de communications mobiles, après un trou d’air causé par l’arrivée d’un nouvel opérateur (Free). « Mais les champs ne seront jamais couverts » par ces réseaux, prédit Sébastien Soriano. Des solutions alternatives existent pour les champs, comme les réseaux bas débit longue portée, comme Sigfox ou Lora. Pour le mobile, l’Arcep travaille sur des comparateurs de couverture, pour que chaque utilisateur puisse choisir son opérateur en fonction de la couverture de son propre espace de vie.