Existe-t-il des divergences d'approche sur les négociations actuellement en cours entre les IAA françaises et les IAA européennes ?
FoodDrinkEurope, la fédération européenne qui représente le secteur agroalimentaire européen, a une position globalement très favorable. Au niveau de l'Ania, nous sommes plus modérés et surtout vigilants. Nous savons que certains de nos secteurs auront beaucoup à souffrir d'une ouverture des marchés européens et souhaitons qu'ils soient pris en compte dans la négociation comme produits sensibles. Nous savons aussi que nos enjeux offensifs se situent principalement au niveau de la levée de barrières non tarifaires car les droits de douane sont globalement plus faibles aux Etats-Unis par rapport à l'Union européenne. Seule la levée de ces barrières non tarifaires permettra la matérialisation de ces enjeux offensifs. L'Ania sera très vigilante sur tous ces enjeux.
Que pensez-vous de la nouvelle réglementation sanitaire (US FSMA) signée en janvier 2011 et dont les textes d'application sont en train d'être publiés ?
Nous avons de fortes inquiétudes concernant sa mise en œuvre. Le volet Foreign Supplier Verification Program (FSVP) nous préoccupe tout particulièrement, car il impliquera des coûts élevés pour les fournisseurs étrangers, même pour ceux situés dans l'Union européenne, où il existe déjà et depuis longtemps un système de sécurité sanitaire des aliments complet, très strict et efficace. Le programme de vérification du fournisseur étranger prévu par les Etats-Unis devra être mis en place par une personne qualifiée et sera à la responsabilité de l'importateur. Si l'importateur décide de faire appel à un auditeur tiers, il répercutera sans doute ses coûts au niveau de son fournisseur. Ces coûts seront d'autant plus importants, qu'un audit sur site sera imposé. Nous souhaitons que l'Union européenne demande dans les négociations en cours la reconnaissance de l'équivalence du système européen de sécurité sanitaire, ce qui permettrait alors une exemption vis-à-vis des exigences du volet FSVP.
Quelles industries agroalimentaires françaises auront le plus à souffrir de cet accord transatlantique selon vous ?
Le secteur de la viande, notamment bovine, sera parmi ceux qui auront le plus à souffrir de cet accord. Les producteurs européens ne pourront résister à la concurrence américaine, qui pratique un système d'élevage intensif à l'extrême. A noter qu'en France, le secteur des viandes représente près de 20 % du chiffre d'affaires et des emplois dans les IAA. D'autres secteurs seront fortement menacés et en particulier, le secteur de l'amidonnerie. La différence de compétitivité liée notamment à un prix de l'énergie 3 fois plus faible aux Etats-Unis et à une taille beaucoup plus grande des entreprises donnerait un avantage considérable aux concurrents américains. Le maïs doux aura également beaucoup à perdre, les Etats-Unis, actuellement le 3e fournisseur pays tiers de l'Union européenne (après la Thaïlande et la Chine) ayant une très forte capacité de production destinée à la transformation, jusqu'à 8 fois supérieure à celle de la France. Là encore, les Etats-Unis bénéficient de coûts de production beaucoup plus faibles que dans l'Union européenne (énergie, matières premières, intrants agricoles, semences, etc.).
A l'inverse, quelles sont celles-qui auront à y gagner ?
Le secteur des produits laitiers qui a des intérêts offensifs, tout comme la boulangerie et la biscuiterie, plus généralement de l'épicerie sucrée et salée (condiments), mais aussi les produits de charcuterie notamment pourraient bénéficier de cette ouverture. Pour les produits laitiers, le principal intérêt offensif concerne les fromages, avec deux contraintes principales à lever pour augmenter les exportations françaises et européennes : éliminer les droits à l'import aux USA pour toutes les catégories de fromages et ainsi sortir du régime de contingents tarifaires pour les fromages qui y sont soumis. La France exporte un peu plus de 20 000 tonnes de fromages aux Etats-Unis annuellement, dont près de 9 000 tonnes de pâtes molles qui sont hors contingents. Ce secteur a un gros potentiel sur ce marché pour les différents produits déjà présents sur le marché américain car ils diffèrent des fabrications américaines de fromages. Pour les fromages, nos exportations françaises actuelles vers les USA se montent à 137 millions d'euros en 2012. Elles pourraient sans doute être doublées assez rapidement.
Globalement, le TTIP ne devrait-il pas favoriser les exportations des IAA françaises ?
Cela dépendra des résultats de la négociation et de la capacité des négociateurs européens à faire valoir les enjeux des secteurs européens !