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Négociations commerciales  L'avenir s'éclaircit pour le prix du lait

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Les enseignes de grande distribution semblent avoir consenti à des hausses de prix des produits laitiers payés aux industriels, lors de la dernière semaine de négociation commerciale entre les deux parties. Pour les éleveurs, cela pourrait ouvrir la voie a un prix du lait payé autour de 365 euros les mille litres en 2014.

LA FÉDÉRATION nationale des producteurs de lait (FNPL) ne voit « aucune raison objective à ne pas payer le prix du lait aux producteurs à sa juste valeur ». C'est la conclusion qu'elle tire après s'être « invitée » aux négociations entre industriels et distributeurs, entre le 25 et le 27 février. « Les négociateurs ont intégré l'objectif de valorisation de la matière première laitière dans leur discussion », a constaté la FNPL. Selon André Bonnard, trésorier, « tout le monde était satisfait de discuter avec nous pour savoir ce que l'on attendait ».

Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), abonde : « Nous avons observé depuis le début de la semaine une détente dans la position des distributeurs, qui ont bien pris conscience de la nécessité d'augmenter le prix du lait et de restaurer la capacité économique des entreprises de transformation », explique-t-il. Il précise toutefois que les négociations « restent difficiles, avec un refus de monter le prix du lait au niveau de l'environnement économique européen ».

Mercredi 26 février, l'organisation des producteurs de lait (OPL) de la Coordination rurale a été reçue par le médiateur délégué des relations commerciales agricoles. « Il s'est montré très attentif aux revendications et aux inquiétudes des producteurs présents et s'est voulu optimiste quant à l'issue des négociations », a affirmé l'OPL.

Changement de ton des distributeurs

Dès le 24 février sur son blog, Michel-Edouard Leclerc, patron du groupe de distribution, assurait que « E.Leclerc achète à la hausse par rapport à 2013, tant pour le lait de vache que pour le lait de chèvre (…). Quand je parle d'achat à la hausse, c'est y compris par rapport aux prix issus de la médiation l'an dernier ». Michel-Edouard Leclerc affirmait que si les négociations sur le prix du lait « ne sont pas simples », elles sont « même dures avec les gros industriels privés car les hausses qu'ils exigent sont totalement déconnectées de la réalité économique. » En revanche, dit-il, « cela se passe mieux avec les coopératives qui ont des exigences tarifaires élevées mais plus proches de la réalité. » Et le patron des centres Leclerc de déclarer : « Toutes les hausses acceptées par E.Leclerc ne retombent visiblement pas dans la poche des éleveurs ».

Le lendemain, la FNCL répondait via un communiqué que leurs demandes étaient «  d'un niveau d'exigence identique aux requêtes des autres acteurs privés ».

Le 25 février, c'est Intermarché qui s'engageait via un communiqué à «  soutenir la filière lait ». L'enseigne, qui est aussi transformateur à travers sa Laiterie Saint Père, « a décidé d'appliquer dès le 1er mars les tarifs des industriels intégrant une revalorisation du prix du lait payé aux producteurs sur la base de 365 euros les 1 000 litres ». Le distributeur répercutera ce qu'il estime être une « aide à la production laitière » dans les prix publics. Il en appelle « à la responsabilité de tous les distributeurs pour suivre cette voie et demande à l'ensemble des industriels que cette hausse accordée soit intégralement reversée aux éleveurs ». Cette annonce a débloqué la situation, et le chiffre de 365 euros les mille litres semble avoir été retenu par tous.

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Un objectif de 380 euros les mille litres en 2014

Le président de la FNPL Thierry Roquefeuil avait demandé, compte tenu des éléments actuels, un prix moyen de 380 euros les mille litres en 2014. Un chiffre au dessus des 365 euros qui semblent s'être imposés lors des négociations. Mais les coopératives comme les entreprises privées exportent une partie de leurs produits sur le marché mondial, aujourd'hui très rémunérateur. Ce qui doit leur permettre, au final, de rémunérer les éleveurs à hauteur de 380 euros les mille litres, veut croire la FNPL. « Tout le monde veut éviter une crise », explique André Bonnard. Les distributeurs semblent également être prêts à une augmentation des prix des produits laitiers à la consommation.

Les négociations commerciales entre industriels et distributeurs devaient se terminer vendredi 28 février. Ensuite, chaque organisation de producteurs négociera avec son collecteur le prix du lait payé aux éleveurs. L'enjeu est de répercuter les hausses obtenues par les industriels aux producteurs. La FNPL espère désormais de la « lisibilité » et de la « transparence » lors de ces négociations.

Produire un litre de lait en France coûte 45 centimes, selon European Milk Board

EN 2013, produire un litre de lait en France coûtait 45 centimes en moyenne, selon une étude réalisée par European Milk Board (EMB), une association de producteurs européens, et présentée jeudi 27 février au Salon de l'agriculture. « C'est une étude fondamentale pour enfin obtenir un prix du lait qui couvre nos coûts de production », a expliqué Paul de Montvalon, président de France Milk Board (FMB), qui regroupe plusieurs organisations de producteurs régionales.

L'étude montre de grosses disparités régionales : si le grand Ouest produit un litre de lait pour 34 centimes, le Sud-Est le fait pour 49 centimes. « Les coûts inférieurs dans l'Ouest s'expliquent par des outils vieillissants et un manque d'investissement », selon Véronique le Floc'h, présidente de l'organisation des producteurs de lait (OPL) de la Coordination rurale. « On vit bien tant qu'on investit pas, on fait avec ce qu'on a », analyse-telle. D'autant que l'étude ne montre pas de différences énormes de coûts de productions selon la taille des ateliers.

Cette étude est basée sur les données du réseau d'information comptable agricole (RICA) actualisées grâce aux indices de prix de l'INSEE, et prend en compte un salaire pour les éleveurs comme coût de production. Elle a été réalisée par un organisme allemand, le BAL (bureau pour la sociologie agricole), qui avait publié une étude similaire sur les coûts de production allemands. « En Allemagne et à la Commission européenne, notre méthode de calcul a été reconnue », affirme Romuald Shaber, président de EMB.

Au vu de ces chiffres, Paul de Montvalon a jugé « insuffisante » la demande de la FNPL de payer le lait aux éleveurs 380 euros les mille litres en 2014. « Les gens qui demandent ça prévoient qu'il n'y aura plus que 30 000 producteurs en 2020. Alors qu'ils sont à la tête des coopératives, dans les conseils d'administrations, ils ont les moyens de faire changer les choses mais ne le font pas », a-t-il lancé.