Le Crédit agricole a lancé 1,5 milliard d’euros de prêts à taux préférentiels pour les agriculteurs touchés par la sécheresse. Après plusieurs semaines de négociation, l’État n’interviendra pas dans le dispositif.
Le Crédit agricole a annoncé le 16 septembre, lors d’un point avec la presse, qu’il débloquera, dès ce jour, une enveloppe d’1,5 milliard d’euros de prêts de court terme (2 à 4 ans) à taux préférentiel (2,4 % pour le prêt de deux ans) et report possible des premières échéances, pour les agriculteurs touchés par la sécheresse. Cette enveloppe sera distribuée « à marges négatives » pour l’établissement bancaire. La banque estime qu’une quinzaine de pourcents des agriculteurs auront besoin d’un prêt à court terme cet automne. L’éligibilité des dossiers sera à la main des caisses régionales, avec des « cas de conscience » à venir pour les situations les plus difficiles, et une vigilance à ne pas créer « d’effet d’aubaine » pour les exploitations les mieux loties, a expliqué le président de la Fédération nationale du Crédit agricole (FNCA), Éric Vial. Et de conclure : « Le groupe Crédit agricole croit en la ferme France ».
Après plusieurs semaines de négociation avec le gouvernement, le taux résiduel ne sera finalement pas pris en charge par l’État, qui devrait intervenir plus tard sur des dispositifs bancaires liés à l’installation et la transition. Le coût pour l’État d’un abaissement des taux à zéro aurait été d’une centaine de millions d’euros, selon l’établissement bancaire.
D’autres mesures au cas par cas
La veille, le 15 septembre, à l’occasion du Space (salon de l’élevage de Rennes), le Crédit agricole et Crédit Mutuel Alliance Fédérale avaient annoncé chacun de leur côté de premières mesures au cas par cas. Le Crédit agricole a annoncé qu’il propose de « moduler ou suspendre jusqu’à 12 mois les échéances de prêts en cours, afin d’adapter les remboursements à chaque situation » et de pouvoir « bénéficier d’un financement à court terme sur 12 mois à taux préférentiel pour l’achat de fourrages ». À moyen terme, la banque verte propose aussi de financer les dispositifs de ventilation, brumisation, refroidissement des bâtiments et les changements de pratiques culturales grâce à une offre de crédit jusqu’à 75 000 euros sur 7 ans et à taux préférentiel.
De leur côté, les réseaux Crédit mutuel et CIC renforcent leur dispositif d’urgence, incluant « des simples reports aux modulations d’échéances, au Prêt de soutien agricole bonifié, jusqu’aux restructurations complexes », selon un communiqué. Les facilités de remboursement sont prévues « au cas par cas », pour faire face aux difficultés conjoncturelles. Crédit mutuel Alliance fédérale propose aussi, pour assurer la reprise de production, des solutions de financement « personnalisées ». Un Prêt de soutien agricole (60 mois) est destiné aux exploitations « les plus fragilisées ».
L’intervention du gouvernement sur les prêts bancaires est une demande de tous les syndicats agricoles. D’après la presse locale, des actions syndicales ont eu lieu ces derniers jours dans au moins une dizaine de départements sur ce thème. Des mobilisations principalement menées par le réseau FNSEA-JA, même si l’ensemble des syndicats agricoles ont estimé que le plan d’aide d’urgence présenté le 4 septembre par Annie Genevard ne répondait pas à l’ampleur des pertes.
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Les départements d’élevage sont en première ligne, que ce soit dans le grand Massif central (Lozère, Creuse, Tarn, Aveyron, Loire), dans l’est (Ain, Haute-Saône) et en Bretagne (Côtes-d’Armor). Un rassemblement est prévu en Haute-Vienne mardi 15 septembre, a annoncé la FDSEA dans un communiqué. Les actions des FDSEA visent généralement les préfectures, qui sont en charge de décliner au niveau départemental les aides de trésorerie du « fonds de réarmement », doté de 235 M€.
Du côté des autres syndicats, la Coordination rurale a bâché une dizaine de radars dans le Cher, tandis que la Confédération paysanne a mené une action devant la préfecture à Privas, dans l’Ardèche.
MR, JCD, YG
La Bretagne abonde son aide à l’investissement
Le conseil régional de Bretagne a annoncé, dans un communiqué paru le 14 septembre, qu’il va augmenter de 6 millions d’euros (M€) ses aides à l’investissement pour l’année 2026, pour un total de 34 M€. Ces fonds seront fléchés vers « l’eau, la résilience climatique, le renouvellement des générations et le bocage ». La région estime pouvoir accompagner ainsi 175 agriculteurs supplémentaires. Certaines aides seront revalorisées dès 2026, comme le soutien à l’installation de récupérateurs d’eau de pluie, qui pourra atteindre 32 000 €, contre 24 000 € actuellement. La Bretagne veut aussi renforcer le soutien à « l’adaptation climatique des bâtiments agricoles » en finançant « les systèmes de ventilation qui améliorent le bien-être animal en période de fortes chaleurs » ou « la rénovation des bâtiments existants ». Enfin, le programme Breizh Bocage sera abondé de 500 000 € supplémentaires afin « d’accélérer les plantations d’arbres et de haies ». D’autres régions ont déjà annoncé des efforts pour soutenir les agriculteurs. Le 8 septembre, la présidente de la région Pays de la Loire, Christelle Morançais, a annoncé le lancement d’un appel à projets doté de 12 M€ pour équiper jusqu’à 800 élevages ligériens de dispositifs permettant de faire face à des températures élevées. De son côté, la région Île-de-France a annoncé 5 M€ d’aide à la trésorerie, et un soutien accru à l’irrigation (budget doublé à 2 M€/an, « taux de financement régional relevé à 60 % »).