Abonné

Le défi des producteurs de pommes de terre, entre compétitivité et surcoûts

- - 6 min

Les producteurs de pommes de terre sont placés devant l’exigence de compétitivité, dans un marché plus ouvert que jamais, tout en faisant face à l’ajout continu de surcoûts. Le congrès de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT), qui s’est tenu le 28 janvier à Paris, constate un élargissement des débouchés et des coûts de production croissants.

À leur congrès annuel, qui s’est déroulé le 28 janvier à Paris, les producteurs de pommes de terre ont évoqué deux logiques qui se contredisent de plus en plus : les marchés s’ouvrent, mais les coûts de production augmentent toujours. La table ronde organisée par l’UNPT en seconde partie de son congrès a mis sur la table ces contradictions et les pistes, pour alimenter des réflexions ultérieures. Le premier constat est que la demande de pommes de terre est dynamique. La conjoncture sur le marché du frais est « très favorable », a indiqué Arnaud Delacour, président de l’organisation. Le rapport d’orientation présenté au congrès a rappelé la persistance d’une tendance relevée par une étude de FranceAgriMer en 2017, selon laquelle les États membres récemment entrés dans l’UE augmenteront fortement leurs importations pour la consommation en frais, à l'exception de la Pologne.

L’industrie belgo-néerlandaise est toujours le moteur de la demande

En outre, l’industrie belge et néerlandaise de la frite est toujours le moteur de la demande de pommes de terre françaises et on ne voit pas à l’horizon d’affaiblissement de cette tendance. L’exportation française, toutes catégories confondues (frais et industrie) est passée de 2,2 millions de tonnes (Mt) il y a moins de cinq ans à 3 Mt. Alors qu’au début des années 2000 la pomme de terre française s’exportait surtout en Espagne, Portugal, Italie et Grèce sur le marché du frais, le débouché principal est désormais l’industrie de la transformation implantée en Belgique et aux Pays-Bas. Au moins une usine de production de frites surgelées devrait être construite encore en Belgique prochainement et, fait nouveau, peut-être une en France, a-t-on appris au congrès. Cette tendance continue sur sa lancée, car les marchés des pays émergents sont loin d’avoir atteint le stade de la maturité. « Sur sept milliards d’habitants dans le monde, seulement un milliard, qui peuplent l’Europe et l’Amérique du Nord, n’augmentent plus leur consommation de frites. Il reste six milliards pour lesquels la consommation de frites peut augmenter », a précisé Bertrand Ouillon, économiste à l’UNPT. L’Amérique du Nord concurrence l’industrie européenne sur les marchés sud-américains (Colombie, Argentine, Brésil), mais l’UE est compétitive, parce que les navires qui expédient des frites surgelées ont un retour de fret tout trouvé, avec l’exportation de viande bovine sud-américaine.

L’industrie de la fécule, quant à elle, manque de pommes de terre, du fait de marchés actifs tant sur le marché intérieur qu’à l’export pour la fécule, qui se vend bien dans l’industrie alimentaire. Mais aussi à cause de bas rendements de pommes de terre féculière ces dernières années sur fond de sécheresses estivales à répétition. Les industriels cherchent des producteurs, mais ceux-ci ne se bousculent pas pour en produire, le prix de vente sortie exploitation (60 à 70 € la tonne) n’étant pas encore assez incitatif, selon l’UNPT.

Les producteurs de pommes de terre peinent à répercuter leurs surcoûts

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Parallèlement à ces appels du marché, les producteurs font face à une « explosion des coûts », a souligné Arnaud Delacour dans son discours de clôture. Ils peinent à répercuter leurs surcoûts en aval dans leurs contrats de récolte 2020. Ces surcoûts sont dus à la fin des défanants historiques, à la hausse de la RPD (redevance pour pollution diffuse), au développement des techniques alternatives et à la mise en œuvre des ZNT (zones de non-traitement), a cité l’organisation dans un communiqué diffusé peu avant le congrès. Elle a mentionné aussi la hausse du coût de l’irrigation et l’augmentation des risques liée notamment au dérèglement climatique et à la suppression de molécules phytosanitaires.

L’UNPT pointe surtout, à partir de juillet, la suppression du CIPC (antigerminatif) pour la conservation des pommes de terre. Sa suppression entraînera, selon le syndicat, un surcoût pouvant atteindre 15 €/tonne de pommes de terre, « sans compter le nécessaire nettoyage des bâtiments, ainsi que leurs mises aux normes ». Sur la base des premières propositions de contrats reçues par les producteurs en ce début 2020, l’organisation constate une « non-prise en compte par certains acteurs de l’aval des hausses massives des coûts de production ». « Nous demandons que les contrats proposés garantissent a minima les coûts de production », a martelé Arnaud Delacour.

Des surcoûts avec la sécheresse, les retraits de molécules, la RPD, les ZNT

Stratégies individuelles : s’agrandir, augmenter les rendements, s’associer, se démarquer…

L’UNPT a organisé une table ronde pour discuter des solutions afin de tenir dans la course à la compétitivité, puisque le marché est ouvert. Il a été question de stratégies individuelles que les exploitants seront conduits à choisir : augmenter les rendements, s’associer, se démarquer ou s’agrandir. Pour Alain Dequeker, producteur dans les Hauts-de-France de pommes de terre destinées à la transformation en frites, chips, purées, etc., l’avenir n’est pas aux grosses structures, car ces dernières font appel à des salariés. Or, il est de plus en plus difficile d’en recruter. En revanche, les Cuma ont un bel avenir, selon lui, parce qu’elles permettent de combiner présence de petites exploitations et économies de matériel. Du matériel d’autant plus indispensable que l’agroécologie nécessitera davantage de travail du sol. Enfin, à long terme, la hausse des coûts de l’énergie donnera un coup d’arrêt à la mondialisation, et quand les marchés sont encombrés, la solution est de se démarquer par la qualité.