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Au-delà du secteur laitier, la question de la régulation se pose de façon de plus en plus vive dans l’ensemble de l’agroalimentaire. Elle est le leitmotiv, depuis sa création, du Mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture (Momagri) que préside un agriculteur, Pierre Pagesse, le président du groupe Limagrain. Comme on peut le lire sur le site momagri.org, sous la plume de Paul-Florent Montfort, « à l’origine des difficultés de cette filière lait comme de toutes les autres filières (il y a) l’instabilité structurelle des prix sur les marchés agricoles internationaux et la faiblesse des prix payés aux producteurs. Pourtant, la baisse cyclique du prix de la poudre de lait n’aurait pas eu d’incidence grave sur la filière si la DGCCRF n’avait pas décidé en septembre 2008 de mettre un terme à la négociation collective des prix du lait au niveau interprofessionnel ». D’autant que, au même moment, se sont conjuguées une forte hausse des charges pesant sur les producteurs (+20 % en un an) et la dérégulation progressive prévue par le bilan de santé de la PAC (fin des quotas en 2015), ce qui a rendu invivables les accords temporaires de fin 2008 et de juin 2009 sur les prix du lait. « Signe de la gravité de la crise, poursuit l’expert de Momagri, la Commission est même allée jusqu’à revenir sur ses sacro-saints principes en rétablissant d’urgence le 15 janvier des restitutions et en augmentant les achats publics ». Comme si une crise structurelle pouvait se résoudre avec des moyens conjoncturels !
La question de fond que l’on se refuse à aborder c’est bien celle de la régulation des marchés agricoles, sans laquelle les crises ne pourront que se succéder avec un coût social élevé et même au détriment, quoi qu’on pense, des finances nationales et communautaires. A vrai dire, certains commencent, selon Jacques Carles, délégué général de Momagri, à en prendre conscience dans les services de la Commission et avouent que la facture laitière peut rapidement passer de 300 millions d’euros à …1 milliard. « De même que pour éteindre les incendies de forêt, on dépense de plus en plus chaque année, de même pour les marchés agricoles », commente le délégué général qui aspire à « un système plus durable ». Le travail de pédagogie qu’il déploie pourrait porter bientôt ses fruits, pense-t-il, notamment au Parlement européen où « une trentaine de députés sont déjà prêts à se faire entendre sur cette nécessité d’une véritable régulation ». La prochaine entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, avec son principe de codécision, « regonfle » d’ailleurs les eurodéputés sur ce chapitre comme sur d’autres. Et s’il leur manquait des arguments, Momagri a bâti des indicateurs et un modèle qui se veulent justement au service des objectifs politiques.
Dans la tribune libre qu’il nous a donnée, Jacques Carles montre bien l’inconvénient majeur, pour l’agriculture, l’agroalimentaire et la sécurité alimentaire, de disposer de mesures défectueuses des marchés agricoles.