Abonné

Le Roundup, grand oublié du débat

- - 3 min

 

Un des arguments phares de Gilles-Eric Séralini, curieusement peu repris par la presse durant la polémique de l’automne dernier, c’est que la plupart des OGM agricoles, parce qu’ils sont résistants aux herbicides, en sont abondamment arrosés et que nous en consommons donc des résidus. « Les caractères introduits dans les OGM agricoles sont très précis. Ils permettent à la plante alimentaire de contenir davantage de pesticides, de deux manières : 1/ en tolérant et donc en s'imbibant de l'herbicide Roundup (pour le maïs NK603 ou le soja au Roundup par exemple), et 2/ en produisant dans la plante un nouvel insecticide muté (comme pour les maïs Bt). Le risque est donc grand, comme nous l'avons montré, que ces OGM créent des pathologies parce qu'ils sont vecteurs de pesticides dangereux, non biodégradables, comme le Roundup, dans 80% des cas environ », considère Gilles-Eric Séralini.

Seul le principe actif du Roundup est évalué

Gilles-Eric Séralini, et il n’est pas le seul chercheur dans ce cas, a publié plusieurs études qui mettent en doute l’innocuité du Roundup – qui est utilisé en France – et plus généralement des herbicides, dont un certain nombre se comportent comme des perturbateurs endocriniens. En fait, seul le principe actif du Roundup, le glyphosate, a été évalué pour l’autorisation de mise sur le marché du produit. Une lacune que critique sévèrement Gilles-Eric Séralini, qui réclame l’évaluation des herbicides dans leur globalité.
« C’est une bonne critique, relève Pierre Barret. Seul, le glyphosate pénètre lentement dans la plante. Dans le Roundup, il y a des adjuvants destinés à accélérer sa pénétration, qui ont un effet délètère. La difficulté, c’est qu’il faudrait une autorisation de mise sur le marché par formulation, soit autant que de produits en vente. C’est pour cela que le législateur a choisi de tester seulement le principe actif. »

Un modèle économique en question

Le fait qu’une agence comme l’Anses étudie l’effet cocktail est plutôt encourageant sur la capacité des agences sanitaires à s’intéresser aux effets combinés de différents produits, mais il aura déjà fallu attendre longtemps pour en arriver là. On peut donc se demander quand la question des pesticides sera considérée sous le même angle, celui de leur composition chimique globale et des interactions de leurs différentes composantes.
De fait, bon nombre de chercheurs ne sont pas nécessairement ant-OGM mais restent prudents. Une étude de l’Inra de 2008 a ainsi souligné que l’emploi massif de glyphosate entraînait des résistances qui du coup entraînaient le recours à des herbicides plus toxiques. A contrario, des OGM qui résistent à une maladie (mais là aussi peut se poser le problème des résistances) ou qui permettraient d’enrichir certaines plantes en nutriments, par exemple, restent dans les laboratoires parce qu’ils n’assurent pas la même rentabilité… Une partie du monde de la recherche, même convaincue du bien-fondé des OGM, reste très prudente sur le modèle économique qui régit leur développement, mais aussi sur les dérives associées à leur utilisation, avec notamment l’utilisation massive de pesticides et les problèmes environnementaux que cela provoque. Le principe de réalité n’est donc pas invoqué que par les pro-OGM.