Abonné

Etude Les 100 leaders mondiaux et les enjeux de la mondialisation de l’agroalimentaire

- - 7 min

En appui de la présentation de son Top 100 Mondial (sur la base des chiffres d’affaires publiés ou reconstitués), le cabinet Food Intelligence propose une nouvelle approche des stratégies possibles dans un univers agroalimentaire mondial dont le peloton de tête est très hétérogène, fortement concentré sur les Etats-Unis, le Japon et l’Europe avec une centaine de groupes pesant chacun de 2,5 à 60 milliards d’euros. Face à un Wal-Mart dont le CA dépasse 240 milliards !

Les 100 premiers groupes agroalimentaires mondiaux classés par Food Intelligence réalisent un chiffre d’affaires agroalimentaire ( CA AA) cumulé de 772 milliards d’euros pour un CA global, dans et hors de l’agroalimentaire de 893 milliards.

Le CA global est relativement proche du CA AA. La différence observée est à mettre au compte notamment des généralistes des biens de grande consommation (Unilever, Sara Lee, Procter & Gamble et Tchibo). La différence réelle est cependant sensiblement plus importante car plusieurs firmes citées sont des filiales ou des « business units » de groupes plus importants : Altria, Mitsubishi et les grands de la chimie-pharmacie.

On peut rapprocher le chiffre d’affaires de 772 milliards de celui du Top 100 de la distribution généraliste de détail : 1580 milliards d’euros dont 230 milliards pour le seul Wal-Mart (source : Elsevier Food International).

Reflet du poids relatif du secteur

On peut aussi, pour replacer si besoin l’agroalimentaire à sa juste et « modeste » place, rappeler que la valeur cumulée des CA nets des 100 premières entreprises mondiales toutes activités confondues atteint 6767 milliards d’euros selon le classement Fortune Global 500 -2005.

Les 10 premiers groupes agroalimentaires mondiaux (y compris les leaders de l’agribusiness Cargill, ADM et Bunge) totalisent un CA cumulé de plus de 290 milliards d’euros, soit environ le double de celui des 10 premiers groupes européens (parmi lesquels figure un seul groupe français contre 5 anglais). Les 10 premiers groupes mondiaux « consumer » (i.e. sans tenir compte des trois géants de l’agribusiness) réalisent ensemble un CA de près de 220 milliards, ce qui est le minimum (si l’on peut dire !), à condition d’être unis, pour faire bonne mesure face au leader de la distribution, Wal-Mart.

États-Unis, Japon…et la vieille mais toujours robuste Europe

Parmi les entreprises figurant dans le Top 100 Food Intelligence on dénombre 39 groupes US représentant 50 % CA AA total ! Ce seul constat appellerait déjà en soi une réflexion indispensable sur la domination mondiale écrasante des États-Unis dans un domaine plus ou moins attractif économiquement mais hautement stratégique politiquement…N’était la faible internationalisation, jusqu’ici, de la plupart des groupes nord-américains !

Avec 14 groupes totalisant 10 % du CA cumulé du Top 100, le Japon est la deuxième nation agroalimentaire dans ce classement. Les firmes japonaises, dopées à la fois par leur marché intérieur dynamique et par un sens de l’internationalisation poussé qui ne date pas d’hier, frappent l’observateur non seulement par leur puissance mais aussi par leur capacité à anticiper les changements et à accorder une large place à l’innovation dans leur portefeuille d’activités.

Plusieurs firmes japonaises présentes dans ce classement se sont ainsi fortement engagées sur l’axe santé et pas seulement d’un point de vue « marketing » : elles ont voulu et su utiliser leurs savoirs dans l’agroalimentaire et investir intelligemment dans les secteurs émergents des biotechnologies et de la biopharmacie (entre autres)…

L’Europe de l’Ouest (Union Européenne + Suisse) avec 38 groupes appartenant à 9 pays (dont 26 pour le quatuor Royaume -Uni, Pays-Bas, France et Allemagne) pèse 35% du CA total.

Les autres nationalités sont faiblement ou pas du tout représentées. On notera la présence très limitée des pays émergents représentés par un groupe mexicain et un groupe coréen.

Gageons que dans les toutes prochaines années des groupes chinois, brésiliens… apparaîtront dans cette liste.

Un rôle significatif des entreprises familiales et des coopératives

42 groupes privés (27 dont 12 entreprises US) ou coopératifs (15 dont 10 siégeant dans l’UE) se classent dans le Top 100 Food Intelligence des groupes agroalimentaires mondiaux.

Si, très logiquement, 73 des 100 premiers groupes mondiaux sont cotés en Bourse, 27 ne le sont pas : 14 privés et 13 coopératives (le groupe américain CHS et l’allemand Südzucker sont en revanche cotés).

Secteurs d’activités : des spécialistes plus nombreux mais moins puissants

En termes de secteurs 5 types d’opérateurs rassemblent 77 % des firmes et concentrent plus de 85 % de l’activité. Ce sont par ordre d’importance décroissante du CA cumulé :

– l’agribusiness (21,5 % : Cargill...), les diversifiés (21,5 % : Nestlé…), les boissons (20 % : Pepsico…) dont la bière (11,2 % : SabMiller…), le lait (11,2 % : Danone Danone réalise la moitié de son CA dans les produits laitiers élaborés frais....) et la viande (10,4 % : Tyson…). Les groupes produisant des ingrédients/PAI se trouvent essentiellement dans les deux premiers ensembles.

L’ensemble Agribusiness + Diversifiés compte 30 groupes réalisant 43% du CA global. Les 70 groupes restants sont spécialisés dans un (ou un nombre limité de) secteur(s).

Tendances stratégiques

– Tous à l’aval ! si possible avec des marques globales à fort potentiel

L’aval « marketé », parce qu’il permet d’accroître la valeur ajoutée et de mieux contrôler ses marchés, devient incontournable pour tous (y compris dans l’agribusiness et, dans une certaine mesure, dans les ingrédients)…ou presque : Bunge est, en apparence, une exception notable.

Les grands fabricants de produits alimentaires « consumer » tentent en effet de constituer un portefeuille équilibré et cohérent de marques leaders – si possible globales/mondiales – à potentiel de croissance élevé, à forte valeur ajoutée et à forte rentabilité.

Incontestablement Nestlé, Unilever et Kraft sont les virtuoses de la discipline mais il y a d’autres bons solistes (et notamment des français) : Pepsico, Mars, Danone, les grands de la bière, Diageo, Pernod Ricard, Kellog, Barilla, Bongrain,…

– La course à l’international

Le développement des grandes firmes agroalimentaires à l’international (nouveaux marchés, nouvelles ressources) s’inscrit dans une logique de croissance, de rivalité concurrentielle et d’optimisation des activités et des coûts. Cette logique explique la multiplication des prises de positions clés dans des régions telles que l’Asie-Pacifique, le Brésil, la Russie et l’Europe centrale.

Les firmes US évoluant au sein d’un grand marché intérieur (qu’il s’agisse de diversifiés comme Conagra et Kraft, de spécialistes comme Tyson ou Dean Foods, ou de coopératives comme DFA, CHS, Land O’Lakes), sont souvent moins sensibles au virus de l’internationalisation que d’autres historiquement tournées vers l’extérieur ou géographiquement plus proches de marchés émergents (Japon/Asie, Europe de l’Est,…).

Au-delà du Mexique et du Canada c’est sinon l’inconnu du moins le risque excessif pour nombre d’entreprises américaines : la prudence de Smithfield ou de Sara Lee est à cet égard éloquente.

Mais tout le monde est hypersensible aux sirènes chinoises et à la samba brésilienne…

Prochain article : la deuxième partie de la présentation du Top 100 Mondial Food Intelligencce fera l’objet prochainement d’une autre Spéciale portant sur les stratégies développées par les leaders mondiaux, les défis auxquels ils ont à faire face et les risques et opportunités qui en découlent pour les entreprises agroalimentaires françaises.