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Pierre Feillet (Inra) Les aliments de synthèse ne sont pas près de détrôner l'agriculture

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La nécessité de nourrir 9 milliards d'habitants en 2050 ne se traduira sans doute pas par la généralisation des aliments de synthèse, mais plutôt par le perfectionnement des technologies agronomiques et surtout de logistique, de nutrition et de distribution. Telle est la conviction de Pierre Feillet, chercheur honoraire à l'Inra, qui a présenté le 29 avril à la presse son ouvrage Quel futur pour notre alimentation ?.

AUTEUR d'un livre de 165 pages publié aux Éditions Quæ, Pierre Feillet ne croit pas vraiment, à l'horizon des prochains 35 ans, à l'alimentation aux pilules, aux steaks produits in vitro, ou aux grillades d'insectes.

Nombre de technologies encore dans les cartons réservent suffisamment de possibilités pour que de telles ruptures alimentaires ne voient pas le jour, ne serait-ce que parce qu'elles ne susciteront pas d'engouement massif, tant les facteurs culturels liés à l'alimentation sont déterminants. À l'inverse, les technologies prometteuses qu'il a évoquées sont celles de la relation entre les microorganismes du sol et la plante, la valorisation des sous-produits cellulosiques des plantes pour fabriquer des protéines et des glucides, l'adaptation de la nutrition à chacun en fonction de son génome spécifique. Par ailleurs les technologies attendues sont aussi plus que jamais celles de la logistique, l'urbanisation du monde éloignant les centres de production de ceux de consommation.

Pilules, steak in vitro, insectes : gros problèmes pratiques

Passer de 7 milliards d'habitants actuellement à 9 imposera des bouleversements, qui devront conduire à une agriculture « durablement productive », selon Pierre Feillet. Mais ces bouleversements ne seront pas ceux qu'entrevoient les scénarios de science-fiction. L'auteur cite une prédiction erronée du chimiste Marcellin Berthelot à la fin du XIXe siècle : « En l'an 2000, il n'y aura dans le monde ni agriculture, ni pâtres ni laboureurs, la culture du sol aura été remplacée par la chimie ». Pour remplacer les aliments par des pilules, il faudrait 350 pilules par jour : 50 au petit déjeuner, 150 à midi et 150 le soir. Avec 5 litres d'eau en tout pour la journée. L'ingestion de pilules pourrait se cantonner à des compléments nutritionnels. La culture de tissus musculaires pour remplacer la viande, qui a abouti en 2013 avec succès aux Pays-Bas à l'élaboration du premier steak in vitro, est encore très onéreuse. Elle a coûté 250 000 euros, rapporte l'auteur.

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Vers une nutrition spécifique

Enfin, la solution des insectes en alimentation humaine pour conforter l'approvisionnement protéique mondial n'est pas au point pour l'instant, selon le chercheur honoraire : même les populations les plus habituées à manger des insectes, celles du Congo Brazzaville, n'approvisionnent que 10% de leur besoin de protéines journalier. « Je n'y crois pas. Pour remplacer l'équivalent protéique d'une cuisse de poulet de 100 grammes, il faudrait 50 chenilles ». La production d'insectes pourrait en revanche conforter l'offre mondiale de protéines en alimentation animale, selon l'auteur.

La tendance de l'alimentation mondiale n'est pas à la standardisation, mais à la diversification des produits, poussée par les connaissances du génome humain. Celles-ci sont en train de mettre en évidence qu'à chaque individu correspond une alimentation spécifique idéale, a souligné Pierre Feillet.

Produire des protéines avec de la cellulose : plausible

Enfin, si l'heure ne semble venue de la produire des aliments dans des usines à la place de l'agriculture, la production de protéines dans des usines sur bases cellulosiques pourrait voir le jour. La British Petroleum a montré au début des années 1970 qu'il est possible de fabriquer des protéines sur base pétrolière grâce à des levures. Mais la hausse des prix du pétrole rend plus plausible la fabrication de protéines, à l'aide de levures et de champignons filamenteux, avec des substrats cellulosiques. De plus, cette valorisation de la cellulose va dans le sens de l'évolution qui est en cours : elle offrirait un complément de revenu aux filières du végétal, la plante entière étant utilisée dans des raffineries végétales, comme celles qui sont en train de se mettre en place. Le livre de Pierre Feillet est disponible aux Éditions Quæ au prix de 16 euros.