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Coopératives/Stratégie Les coopératives doivent changer de taille pour affronter la concurrence

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« Les coopératives sont confrontées à un véritable changement de culture qu’il faut opérer, en termes de rentabilité, de stratégie, et de compétences notamment, car il va leur falloir créer, par exemple, des joint-venture avec d’autres coopératives, pour financer leur projets d’expansion ». Tel est le constat présenté par Yves Pelle, associé chez PwC, responsable de l’activité Coopératives agricoles, lors d’une rencontre organisée par le quotidien économique Les Échos et l’Acooa (Alliance des coopératives agricoles).

Lors de cette rencontre, le cabinet PricewaterhouseCoopers, l’un des « big four » de l’audit mondial, particulièrement présent dans le secteur coopératif (voir Agra Alimentation N° 2208 du 19 juillet), a présenté le premier Top 100 mondial des coopératives agricoles. Celui-ci montre que le paysage coopératif est aujourd’hui en croissance, mais doit faire face à de nouveaux défis. Les coopératives doivent s’internationaliser, se concentrer et étendre leur périmètre d’action en amont comme en aval, pour continuer à s’imposer face aux entreprises privées de l’agroalimentaire, dans un contexte de plus en plus compétitif. Un développement qui les oblige à repenser leur financement et leur modèle de gouvernance pour conserver leur compétitivité.
Avec un chiffre d’affaires en hausse de plus de 10% entre 2007 et 2011, les entreprises privées du secteur agroalimentaire, fortement internationalisées et disposant de moyens financiers supérieurs, représentent une concurrence forte. La dérégulation du secteur – réforme prochaine de la Pac et fin des quotas laitiers en Europe et au Canada – rend les coopératives d’autant plus sensibles à cette rivalité.
 
Prendre des risques
Les coopératives sont un modèle en croissance, confronté à un contexte marché évolutif et concurrentiel, qui devra également faire face à de nouveaux défis économiques, climatiques, sociétaux et réglementaires. « Il leur faudra prendre des risques pour adapter leur activité et s’imposer face à leurs concurrents, notamment privés », recommande Yves Pelle. La quête d’une taille critique devient indispensable face à la concurrence internationale. Des fusions peuvent être une solution, car ces mouvements permettent de regrouper les forces productrices et commerciales, notamment par la fusion des activités de R&D. Il faut toutefois que ce ne soit pas un choix imposé par la nécessité, met en garde Denis Richard, président de Coop-Fédérée, au Québec, qui a initié bon nombre de regroupements et acquisitions. « Si ce sont deux entreprises malades qui fusionnent, leur mort est assurée », prévient-il. Le développement vers l’amont est également une autre voie qui permet aux coopératives d’accroître leur avantage concurrentiel, misant sur leur ancrage historique dans la maîtrise de la production. Elles sécurisent ainsi leurs approvisionnements avec un contrôle de l’accès aux matières premières, atout considérable aujourd’hui où les terres arables sont très recherchées. Ce faisant, elles maîtrisent la R&D pour innover de manière indépendante. Ainsi, les activités de R&D de Limagrain sont centrées sur la semence, permettant à la coopérative d’être en position de leader sur ce segment amont, note l’étude de PwC. L’aval est également un axe de développement qui permet de maîtriser la distribution jusque vers le consommateur. Elles ne sauraient non plus échapper à l’internationalisation qui « permet aux coopératives de diversifier leurs débouchés dans un contexte internationalisé et d’anticiper les évolutions du marché en préemptant de nouveaux territoires ».