La FCD s’est appliquée à démontrer les faiblesses d’un rapport sénatorial qualifié de « réquisitoire sans nuance ». Les distributeurs s’inquiètent des suites des recommandations.
La FCD (distributeurs) a pris son temps pour analyser le rapport sénatorial sur les marges des distributeurs et des industriels qu’elle qualifie de « réquisitoire sans nuance ». Treize jours après sa présentation par sa rapporteur Antoinette Guhl, la déléguée générale de la FCD Judith Jiguet a pris la parole le 3 juin pour dire tout le mal qu’elle en pensait. Elle s’est dite « profondément choquée », « abasourdie » et « en colère » au sujet d’un rapport qui finit « par discréditer celui qui l’écrit ». Et qui « donne le sentiment d’avoir choisi son coupable » avant de le rédiger.
Pour soutenir son argumentation, la FCD a publié une « note de décryptage » pointant douze affirmations du rapport qu’elle juge fausses. Parmi elles, la FCD dément que, sur 100 euros de valeur alimentaire, 40 euros reviennent à la grande distribution, avançant plutôt le chiffre de 8,90 euros. La FCD explique que le rapport se base sur une « réinterprétation et une agrégation de données erronées » issues des travaux sur "l’euro alimentaire" de l’économiste Philippe Boyer (données 2018) publiés par l’Office de la formation des prix et des marges (OFPM). Cette étude donne le chiffre de 40 % qui agrège restauration, grossistes, services et commerce alimentaire.
Répliques en chaîne
Le document de la FCD bat en brèche les affirmations clés du rapport sur d’autres thèmes comme la dépendance économique, la concentration des enseignes, les centrales d’achat, y compris européennes ou les péréquations entre les rayons. Mais il ne revient pas sur certaines pratiques dénoncées par la commission comme les diminutions brutales de commandes pour faire pression sur les industriels et les menaces de déréférencements. Ce qui inquiète particulièrement la FCD, ce sont les conséquences que pourraient avoir les recommandations émises par le rapport. Elle craint que certaines recommandations puissent se retrouver dans la loi d’urgence agricole bientôt étudiée au Sénat, ou dans un futur texte législatif, même si elle reconnaît s’interroger sur la constitutionnalité de certaines recommandations.
De son côté, la FCD demande que le législateur prenne en compte plusieurs points : renforcement du rôle de l’OFPM pour exiger des industriels qu’ils lui transmettent leurs données, traitement différencié dans les relations commerciales des PME réalisant un chiffre d’affaires mondial inférieur à 350 millions d’euros, appui aux contrats tripartites pluriannuels en suivant l’exemple de la filière laitière, obligation de faire figurer l’origine des ingrédients dans tous les produits alimentaires et suppression de l’option 3 permettant l’opacité sur la matière première agricole lors des négociations entre transformateurs et distributeurs.
CB