« 2008 restera dans les mémoires comme l’année de toutes les crises : crise des matières premières, de la finance, de l’alimentation et de la faim … », a souligné Philippe Vasseur en ouvrant à Lille le 2ème World Forum la semaine dernière. Consacré cette année aux moyens de produire et de partager différemment les richesses planétaires, le World Forum a permis de faire le tour des initiatives concrètes « qui marchent », à travers des exemples pris sous des cieux très divers et éloignés. Le World Forum a offert l’opportunité à certains grands groupes de l’agroalimentaire de s’exprimer sur leur propre développement et plus timidement, à vrai dire, sur leurs options en matière de développement durable et de responsabilité sociale et environnementale.
Danone, Nestlé, Bonduelle, Coca-Cola ou Roquette : ils ont tous voulu témoigner de leur volonté de conjuguer développement économique et responsabilité sociale et environnementale. C’était à l’occasion de la deuxième édition du World Forum de Lille présidé par Philippe Vasseur, ancien ministre de l’agriculture, président du Crédit mutuel Nord Europe et président du réseau Alliances Le réseau Alliances regroupe dans le Nord Pas-de-Calais depuis 2003 des chefs d’entreprise qui veulent « donner du sens à l’économie », avec une volonté d’internationaliser le débat grâce à un World Forum annuel organisé à Lille. En 2009, le World Forum sera consacré à « la finance responsable. ».
Danone ne produit pas seulement des yaourts, de l’eau minérale ou des produits infantiles : « Il apporte la santé par la nutrition au plus grand nombre », réaffirmait à cette occasion Bernard Giraud, directeur du développement durable du groupe. « Toute notre stratégie en découle », poursuivait-il, justifiant ainsi le travail de ses 800 chercheurs conduisant les essais cliniques pour vérifier toutes les allégations des produits mis sur le marché.
Danone veut dépasser la seule problématique économique liée à une nouvelle implantation : il introduit également un système de mesures environnementales tout au long du cycle de valeur… « et 30% de la prime sur objectifs des directeurs généraux de Danone sont liés à cette empreinte environnementale », explique Bernard Giraud.
Celui-ci en convenait : « Nous sommes néanmoins au centre d’un faisceau de contradictions ». C’est ainsi que Danone a poussé très loin ses recherches pour la mise au point d’emballages biodégradables… « mais nous nous sommes aperçus que notre bilan global n’était pas si positif que cela ».
L’implantation de Danone au BanglaDesh résulte aussi de compromis complexes. « Nous y avons développé un modèle économique basé sur la production de produits laitiers destinés aux enfants à quelques centimes d’euros. Nous avons développé des micro-usines et des réseaux de microfinance. C’est un modèle extrêmement tendu, mais si nous apportons la preuve que nous pouvons réussir au Bangladesh, nous saurons le faire également fonctionner dans des conditions moins complexes », tient-il à souligner.
Préserver l’eau
« Si on poursuit dans la voie actuelle, un tiers de la population mondiale manquera d’eau en 2025 », prévenait de son côté Niels Christiansen, vice-président des affaires publiques de Nestlé et responsable du groupe de travail Obésité à l’OMS, en évoquant tous les efforts du groupe suisse pour réduire la consommation d’eau de ses 500 usines implantées à travers le monde (dont la moitié sont installée dans les pays en voie de développement). « Nestlé a réduit son utilisation en eau de 28% durant la période 1998-2007 et ses gaz à effet de serre de 17% entre 2006 et 2007 ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
« J’ai passé beaucoup de temps en Colombie ou en Ethiopie, ou dans des plantations de cacao en Afrique. A chaque fois nous incitons les paysans à produire plus tout en veillant à ce qu’ils aient une plus grande responsabilité environnementale », a souligné Niels Christiansen.
En Inde, Nestlé a construit sa plus grosse usine dans l’Etat du Punjab. « Toute l’eau qu’utilise l’usine retourne à la nature », affirmait-il tout en précisant : « En Inde comme en Chine, si nous voulons apporter des réponses aux problèmes de l’eau, il faudra sûrement modifier les types de culture et faire payer l’eau à son juste prix ».
S’inscrire dans la durée
Christophe Bonduelle apportait de son côté « son témoignage concret d’une politique d’entreprise inscrite dans la durée ». Quatre axes sous-tendent sa démarche : « La motivation des collaborateurs, la qualité-nutrition (reformulation des recettes, réduction maximale des temps d’attente entre la récolte et la fabrication…), la protection des ressources naturelles et la production agricole ».
Pour la protection des ressources naturelles, Bonduelle a économisé 7000 tonnes d’acier de 2005 à 2008 en réduisant l’épaisseur de ses emballages et s’est engagé dans l’écoconception de ses produits avec Eco-Emballages. « En cinq ans, le groupe a également baissé sa consommation d’énergie de 20% et ses émissions de CO2 de 12% », rappelait Christophe Bonduelle. Le leader mondial du légume a également réduit de 25% sa consommation d’eau par kilo fabriqué.
« Nous investissons 5 millions d’euros par an dans l’ensemble de ces actions que nous estimons rentables à long terme », expliquait-il, tout en rappelant que son groupe avait été précurseur dans la rédaction d’une charte d’approvisionnement avec ses 5000 producteurs dans « cette vision partagée pour un plus grand respect de l’environnement ».
Quant à Marc Roquette (voir encadré), il s’est livré à ce qu’il a présenté lui-même comme « un exercice de pensée » en imaginant la chimie organique de 2100. Une projection dans le futur pour le premier producteur mondial de polyol qui imagine la mise en œuvre du nucléaire de fusion dans la culture de microalgues pour multiplier la productivité par hectare…