Baisse de la consommation, incertitudes quant à l’impact de l’élargissement sur leur activité, rentabilité au plus bas sinon absente, sur laquelle vient peser la charge de la taxe d’équarrissage, les industriels français de la volaille ne voient pas leur horizon se dégager. Devant le nombre de dossiers de restructuration déposés ou en voie de l’être, le ministère de l’Agriculture envisage d’accroître son enveloppe d’aides.
La filière de la volaille doit se donner pour priorités de retrouver de la compétitivité, revaloriser l’image de ses produits, défendre ses intérêts devant les administrations française et bruxelloise et rechercher « une collaboration active » avec les agents économiques, particulièrement les distributeurs. Aux yeux d’Alain Melot, président de la Fédération des industries avicoles (FIA), par ailleurs directeur général du groupe Gastronome, qui s’exprimait le 18 juin devant l’assemblée générale de la profession, les menaces demeurent lourdes.
« Tous les indicateurs sont au rouge », a-t-il déploré. L’an passé, la production hexagonale a reculé de 5,4 %, plus rapidement que dans l’ensemble de l’Union européenne (-4 %) ; les volumes d’exportation ont chuté de 6,5 % en repli de 3,5 % vers les autres pays de l’UE et de 9 % vers les pays tiers ; dans le même temps, les importations se sont accrues d’autant (et de 14,4 % dans l’UE) et ont totalisé 221 000 tonnes. Pour couronner ce sombre tableau, les ménages ont diminué leurs achats de 4,3 % selon Secodip. Ils ont d’ailleurs poursuivi sur leur lancée au début de cette année, réduisant leur consommation de 3,7 % au cours des cinq premières périodes observées par le panel.
Problèmes sociétaux
Victime de la canicule de l’été 2003 et des épisodes de grippe aviaire aux Pays-Bas, puis en Asie, qui ont nui à son image, la viande de volaille souffre aussi de la désaffection des consommateurs pour l’ensemble des produits carnés. Si le nombre de foyers acheteurs reste équivalent, les fréquences d’achat diminuent, remarque Secodip qui en 2000 dénombrait 20 actes d’achat en moyenne par an au rayon des viandes de volaille brutes, et 18 en 2003. Le facteur du prix n’explique pas à lui seul la baisse du marché, nous confiait récemment André Lepeule, délégué général de la FIA Agra Industrie n°65 du 20 mai 2004.
Invité par la Fédération à partager son analyse de l’avenir de la consommation des produits carnés, Louis Orenga, directeur du Centre d’information des viandes (CIV), ne dit pas autre chose. Pour lui, « l’évolution structurelle de la consommation ne peut être conditionnée exclusivement à travers le paramètre du prix ». Les viandes, et la volaille en particulier, doivent relever le défi de la place des productions animales dans notre société, affirme-t-il. Une confusion s’opère aujourd’hui entre les notions de marques, de produits et de systèmes de production. Les professionnels produisent désormais pour un « acheteur-consommateur-citoyen ».
Or aux yeux de ce consommateur-citoyen, le savoir-faire des professionnels ne paraît plus naturel, il doit être prouvé, explique Louis Orenga. Et d’appeler les professionnels à élaborer de nouveaux outils et espaces de communication propres à répondre aux problèmes sociétaux, que la publicité ou le marketing classiques ne permettent pas de résoudre.
Equilibre européen
Si d’aucuns espéraient trouver des opportunités de développer leurs ventes dans les pays nouvellement adhérents de l’Union, le président de la FIA les engage à ne « pas attendre beaucoup » de l’élargissement. Les dix nouveaux Etats membres consomment par habitant plus de volaille que les Quinze (24 kilos par an contre 23). Ils sont compétitifs et développent leurs productions, à l’instar de la Pologne (381 000 tonnes en 1995, 862 000 tonnes en 2003), de la Hongrie (de 341 000 à 435 000 tonnes) ou de la République tchèque (de 120 000 à 313 000 tonnes). De surcroît, ils importent des volailles des pays tiers. Ils ne constitueront donc pas un nouveau marché, mais pourraient être tentés de prendre des parts chez nous, avertit Alain Melot.
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Pour autant, de l’avis de Jacques Risse, président de l’Association européenne de la volaille (AVEC), l’élargissement ne devrait pas bouleverser l’équilibre européen. Ce spécialiste du secteur se montre moins optimiste que Bruxelles dans ses perspectives d’évolution de la consommation de volaille dans l’Union à 25. Il parie au mieux sur une progression de 0,8 à 1 % par an d’ici 2010. A propos du développement des échanges, il pointe du doigt le problème des prix de revient lié aux coûts salariaux et aux contraintes réglementaires dans l’Union. Pour autant, souligne-t-il, les Vingt-cinq ont de nombreux points forts à faire valoir : savoir-faire à tous les échelons de la filière, bonne expérience des échanges internationaux, fort pourcentage de produits frais consommés en Europe et…contraintes réglementaires, qui répondent à une demande des consommateurs et induisent des « contrôles rigoureux aux frontières assortis de sanctions ».
Jacques Risse plaide aussi en faveur du maintien par la Commission européenne d’un système d’aides aux exportations jusqu’en 2010. Bruxelles a encouragé les entreprises à exporter, rappelle-t-il.
Catastrophe potentielle
La France vend aux pays tiers 180 000 tonnes des 200 millions de tonnes qu’elle produit, renchérit Alain Melot. Réagissant à la proposition de l’Union européenne d’arrêter les restitutions sous réserve que les autres pays membres de l’OMC fassent de même, il s’interroge sur les promesses des Etats-Unis, qui « savent détourner les accords quand cela préserve leurs intérêts ». En trois ans, la profession a perdu 300 000 tonnes de production, 1,5 million de mètres carrés de poulaillers, le débouché de 400 000 tonnes de céréales et 5 000 emplois. Si les menaces se concrétisent au niveau des importations et des exportations, les mêmes chiffres risquent de devoir être reconduits, ce qui constitue « une catastrophe potentielle ».
Alors que la baisse de production n’améliore certes pas la productivité, les industriels font face, parallèlement, à une hausse des coûts à laquelle contribue la taxe d’équarrissage. Celle-ci représente une charge de 13 millions d’euros, que les entreprises « ne peuvent payer compte tenu de leur rentabilité », souligne encore Alain Melot.
Parmi les nombreuses actions qu’il préconise de mettre en œuvre, au-delà de la consolidation des outils en cours de réalisation, le président de la FIA souligne la nécessité de promouvoir la volaille française. La nouvelle association créée à cet effet disposera d’un budget de 330 000 euros cette année. Parmi les demandes adressées aux pouvoirs publics, figurent, en plus du maintien d’un volant de restitution « pour permettre à la filière de s’adapter à l’évolution du contexte international », l’obligation d’une indication d’origine de la matière première dans les produits transformés et l’assurance du respect par les pays tiers exportateurs des règles sanitaires et environnementales.