La récolte française 2026 de blé tendre a finalement déçu, tandis que de grosses inquiétudes se portent sur le maïs. Les nouvelles haussières se sont multipliées ces derniers jours. La logistique en zone mer Noire, hautement stratégique pour les céréales, est très affectée.
Récolte française de blé tendre 2026 décevante, reprise des combats entre l’Iran et les USA, perturbations logistiques en mer Noire liées à la guerre entre la Russie et l’Ukraine… Les nouvelles haussières se sont multipliées ces derniers jours. À tel point que les prix du blé tendre sur Euronext ont atteint le 22 juillet en spot 244,25 €/t, soit un niveau plus observé depuis juin 2024. Ceux du maïs s’affichent à 259 €/t, un plus haut depuis… mars 2023. Une accélération du mouvement haussier s’est déclenchée depuis le 10 juillet pour les deux espèces, ayant grimpé d’environ 20-30 €/t.
Le principal facteur haussier est l’intensification des combats entre Ukrainiens et Russes sur la zone mer Noire. Rappelons que c’est par cette mer que deux des plus gros exportateurs internationaux de grains et dérivés (blé tendre pour la Russie, maïs et huile de tournesol pour l’Ukraine) font transiter leurs marchandises. Des deux côtés, avions et drones bombardent navires et infrastructures portuaires céréalières, perturbant le commerce.
Suspension du trafic via le détroit de Kertch
Côté russe, le principal port d’exportation de blé tendre du pays, à savoir celui de Novorossiysk, aurait décidé de suspendre les chargements de nuit, en raison des attaques de drones ukrainiens, rapportent des sources privées au média Reuters le 22 juillet. Ce même jour, les cours du blé tendre grimpaient de 9,5 €/t sur le marché à terme européen. Le cabinet d’analyse Argus Media (ex-Agritel) rappelle de son côté, dans une note du 13 juillet, la suspension du passage dans le détroit de Kertch par les autorités russes. La raison : l’armée ukrainienne frappe fort, ayant attaqué plus d’une centaine de bateaux russes ces neuf derniers jours. Ce détroit s’avère hautement stratégique pour les céréales russes, puisqu’il connecte la mer d’Azov à la mer Noire, par laquelle sont expédiés les grains. Le gouvernement russe avait d’ailleurs déclaré examiner des « routes alternatives de transport » en mer d’Azov.
De son côté, Maksym Kharchenko, analyste du cabinet ukrainien Ukragroconsult, explique dans une note du 21 juillet que la Russie a mené 23 frappes contre les ports maritimes ukrainiens et 17 attaques contre des navires civils durant les deux premières semaines de juillet. Conséquence : les escales de navires dans les ports de la Grande Odessa, par lesquels de grosses quantités de céréales ukrainiennes sont expédiées, « ont quasiment cessé, tandis que les terminaux maritimes suspendent la réception de céréales ».
Illustration des déboires logistiques dans la zone mer Noire, Argus Media rapporte dans une autre note du 21 juillet que la Tunisie est revenue aux achats en posant des conditions particulières : « L’Office tunisien précise que, pour tout chargement en provenance de la mer Noire, le fournisseur devra s’engager préalablement à livrer la marchandise conformément aux termes contractuels, en assumant l’intégralité des responsabilités et des risques. Il ne pourra en aucun cas invoquer un cas de force majeure », peut-on lire.
Autre facteur géopolitique haussier : la reprise des bombardements entre l’Iran et les USA. La circulation par le détroit d’Ormuz est à nouveau très perturbée, sachant que la mer Rouge est également menacée, faisant grimper les cours du pétrole, des engrais et par ricochet des céréales. À l’instabilité géopolitique s’ajoutent des conditions climatiques inquiétantes dans certains bassins de production mondiaux. Nombreux professionnels alertent sur les effets potentiels d’un intense phénomène El Nino.
De mauvais échos des blés de printemps états-uniens…
Des accidents de production sont d’ailleurs déjà survenus dans certains pays. Aux USA, il est de notoriété publique que la récolte 2026 de blé d’hiver sera mauvaise. Ce que l’on connaît moins en revanche, c’est la situation des blés de printemps. Les premiers échos ne sont guère reluisants. D’après un article de Reuters du 21 juillet, des observateurs du Wheat Quality Council, l’organisation de promotion des blés états-uniens, qui organisent chaque année un tour de plaine dans le pays, rapportent des résultats décevants. Dès le premier jour du tour de plaine dans le Dakota du Nord, les analystes estiment un rendement moyen dans le sud de l’État à seulement 45,8 boisseaux par acre, contre 50 boisseaux par acre l’an dernier à la même époque. Le déficit hydrique aux États-Unis commence à inquiéter pour l’état des maïs et des sojas. Ensuite, la sécheresse toucherait des bassins de production de blé au Canada.
En France, c’est également la déception. Alors que le marché tablait en juin sur 32-33 Mt, la récolte 2026 de blé tendre pourrait tomber en deçà des 32 Mt. Le ministère de l’Agriculture l’estime d’ailleurs dans son dernier rapport du 15 juillet 2026 à 31,996 Mt. Des analystes privés et autres professionnels sont plus pessimistes. Le cabinet HSC (StoneX) tablait le 10 juillet sur 31,8 Mt, pendant qu’Argus Media parie le 20 juillet sur… 30,8 Mt ! Les rendements au nord de Paris sont certes meilleurs qu’au sud de la Loire, mais s’avèrent loin d’être mirobolants. Ils compensent moins que prévu les pertes importantes observées dans diverses régions, spécialement l’Ouest.
Pour ne rien arranger, les conditions de cultures sont jugées catastrophiques par les professionnels en maïs. La sécheresse fait des ravages, alors que les plantes sont en pleine période sensible de floraison.
Une récolte française sous les 31 Mt selon Argus Media
KC