Abonné

Les racines d’endives, bientôt une alternative aux plastiques pétrosourcés

- - 3 min
Elodie Choque, chercheuse à l’Université Picardie Jules Verne d’Amiens.

Fabriquer des plastiques biodégradables à partir de racines d’endives. Un projet innovant que mène Elodie Choque, chercheuse à l’Université Picardie Jules Verne d’Amiens. Si l’objectif semble en passe d’être atteint, quelques points restent à améliorer.

D’où vous est venue l’idée de travailler les racines d’endives ?

Alors que la loi Agec (Anti-gaspillage pour une économie circulaire) impose, d’ici à 2030, l’interdiction de plastiques pétrosourcés à usage unique pour emballer les aliments, la filière endives s’est tournée vers mon équipe de recherches au sein du laboratoire BioEcoAgro pour savoir s’il était possible de fabriquer des plastiques biodégradables à partir de racines d’endives : 70 % des endives étant vendues emballées. Nous nous étions déjà intéressés à d’autres coproduits comme les pulpes de betterave ou les drêches de bière mais pas à l’endive. Ce projet, circulaire et durable, nous a séduit d’autant que pour 1 kg d’endives consommé, est généré près d’1,3 kg de racines, valorisées jusque-là à hauteur d’à peine 20 %, en méthanisation ou en alimentation animale. Rien que dans les Hauts-de-France, le potentiel de racines est estimé à 150 000 tonnes par an : sachant que pour fabriquer 1 kg de plastique biodégradable, il faudrait entre 2,5 et 3 kg de racines.

Où en sont les travaux de recherche ? 

Les travaux, qui ont débuté en 2022, ont permis de mettre au point un plastique biodégradable uniquement à partir de racines d’endives. Un produit solide mais qui s’avère, à date, pas assez imperméable. En effet, pendant sa conservation, une endive rend beaucoup d’eau. L’enjeu est désormais d’associer un revêtement biosourcé plus imperméable mais pas totalement car il doit laisser passer les gaz pour éviter le verdissement des légumes. Autre point à améliorer : la transparence du plastique. De couleur beige-brun actuellement, il n’est pas translucide et risque, dans les rayons, de rebuter le consommateur. 

Concrètement, quel est le process de fabrication ?

Nous travaillons la biomasse brute et n’utilisons aucun solvant. Les racines d’endives sont tout d’abord découpées en fines tranches, puis séchées pour se débarrasser des 90 % d’eau qu’elles contiennent, avant d’être broyées. La poudre obtenue est traitée pour devenir un liquide visqueux, coulé et séché pour former un film plastique à la dimension souhaitée. Composées majoritairement de fructane - une association de différents fructoses très polymérisés – les racines d’endives sont techniquement très intéressantes à travailler. Mais l’enjeu est aussi d’être le moins impactant possible d’un point de vue environnemental et énergétique, en réduisant par exemple le temps de séchage. 

Et maintenant ?

L’objectif est désormais de breveter le process à l’échelle européenne et de passer à l’étape de l’industrialisation. Mais avant, nous devrons lever le problème de l’imperméabilité. Nous avons déjà identifié une entreprise prête à nous suivre. Cela peut aller très vite et pourrait constituer une réelle avancée pour la filière endives, mais pas seulement. D’autres filières fruits et légumes semblent intéressées, tout comme les spécialistes de l’emballage des jambons par exemple avec là, de nouveaux verrous à lever.